vendredi 20 août 2010

Histoire des Arméniens : la perte du Zanguezour

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 286-287 :

"La question du Zanguezour, remis à l'Arménie, fut la plus tragique pour les populations azéries. Harcelés par les milices d'Andranik Ozanian en 1918-1919, brutalisés et expulsés sans ménagement de leurs villages, les paysans musulmans virent leur terre occupée par les troupes arméniennes dashnakes, qui firent de ces régions difficiles d'accès un bastion imprenable après les avoir pratiquement dépeuplées. Lors de la chute de l'Arménie dans l'orbite soviétique en décembre 1920, le Zanguezour se déclara indépendant sous les ordres des chefs arméniens dashnaks Dro Khanayan et Garéguine Ndjeh. Durant l'inssurection dashnake contre le nouveau pouvoir bolchevique en février 1921, écrasée à Erevan, le Zanguezour devint un sanctuaire dashnak, nommé d'abord « Siounik autonome », puis « République arménienne de la Montagne » avant d'être battu en juillet par l'Armée rouge venue du Karabagh. Les militants dashnaks s'enfuirent en Iran après avoir précipité leurs prisonniers de guerre soviétiques du haut d'une falaise. La population azérie de la région était passée de 51 % en 1897 à 6 % en 1926, de 71 000 personnes à 4 400, constituant une quasi-épuration ethnique, pendant que les dashnaks en avaient fait une colonie de peuplement pour les réfugiés d'Anatolie. Quand se posa en 1924 le problème du retour des réfugiés, le pouvoir soviétique exigea que les gens restent là où les événements les avaient conduits. Quant à l'établissement d'un statut d'autonomie pour protéger les droits nationaux des résidents azéris en Arménie, réitéré à la fin de la perestroïka, il n'en fut jamais question.

Les quatre années terribles 1918-1921 ont été marquées par une politique d'élimination méthodique des populations musulmanes placées sous les autorités arméniennes successives (plaine de l'Araxe, Sharour, Zanguezour et partiellement Karabagh, entre autres) ; les populations arméniennes, qui ne composaient que 20 à 30 % du peuplement de ces régions au début du XIXe siècle, acquirent une prééminence numérique écrasante. De l'autre côté, les Azéris, qui n'ont pas pratiqué cette politique envers les communautés arméniennes de Bakou ou de Gandja, qui ont prospéré jusqu'à la fin de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, ont été contraints de conférer un régime d'autonomie aux populations arméniennes du Karabagh. Cette inégalité de traitement poussa par précaution les autorités bolcheviques à placer l'Azerbaïdjan sous un contrôle plus étroit du centre."