vendredi 20 août 2010

Le nationalisme arménien : un instrument de l'impérialisme russo-tsariste

Georges Mamoulia, Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales : Le cas de la Géorgie (1921-1945), Paris, L'Harmattan, 2009 :

"Le début de la Première guerre mondiale suscita des réactions variées chez les peuples caucasiens. Les Arméniens saluèrent le déclenchement des hostilités, aspirant, en cas de victoire de l'Entente, à rattacher l'Arménie turque à celle du Caucase. En plus des soldats régulièrement mobilisés, comme chez leurs voisins géorgiens, dans l'armée russe, les Arméniens formèrent également des petits détachements de volontaires au sein de l'armée russe, appelant les Arméniens de Turquie à se soulever contre l'autorité du sultan. Cette politique, déconseillée par les élites arméniennes de l'Empire ottoman, comme par les sociaux-démocrates géorgiens, conduisit aux massacres de 1915 et à l'expulsion en masse des Arméniens de la Turquie. Notons que, même dans les régions arméniennes de l'Empire ottoman occupées par les troupes russes et vidées de leur population, le gouvernement tsariste envisageait d'installer non seulement des Arméniens rescapés mais surtout des cosaques russes. Saint-Pétersbourg envisageait même de créer une armée cosaque au-delà de l'Euphrate. En même temps, le commandement russe supprima les unités de volontaires arméniens en les incorporant dans les divisions impériales sous le ferme contrôle des officiers russes.

Le gouvernement tsariste ne se privera pas de lancer une politique de génocide à l'égard des populations géorgiennes musulmanes qu'il ne jugeait pas fiables. Ainsi en 1915 les troupes russes massacrèrent en masse les Lazes et les Adjars de la région de Batoumi, prétextant aussi leur soulèvement contre le pouvoir impérial. Sur les 52 000 habitants de la vallée du Tchorotkhi seuls 7 000 survécurent au massacre organisé par les troupes du général Liakhov. C'est seulement le mécontentement grandissant des musulmans du Caucase qui força les Russes à mettre fin aux répressions et, finalement, épargna aux Caucasiens musulmans des territoires occupés par l'armée russe le sort des Arméniens de la Turquie." (p. 14)

"Le gouvernement russe avait expulsé de nombreux musulmans du Caucase en Turquie, après les guerres russo-caucasiennes, et les régions vidées avaient été peuplées par les Arméniens, qui, à leur tour, fuyaient les répressions dans l'Empire ottoman. C'est pourquoi dans certaines régions de la Géorgie, de l'Azerbaïdjan et même du Caucase du Nord la population arménienne était devenue prépondérante tandis que dans les régions arméniennes de Turquie s'installaient les musulmans caucasiens expulsés par les Russes, sans compter les musulmans des Balkans chassés à l'issue des guerres balkaniques de 1906-13." (p. 18)