mardi 24 août 2010

Le régime arménien provoque une émigration politique en France



HALLUIN / RENCONTRE

Artaches, enfant de l'exil

Publié le vendredi 13 août 2010 à 06h00
Artaches, 22 ans, a fui l'Arménie en 2008 avec ses parents et sa soeur dans un contexte politique très tendu. Son père a pu bénéficier d'un titre de séjour pour raisons de santé tout comme sa mère. Mais sa soeur et lui sont considérés comme sans-papiers. Ils vivent à Halluin.

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ANGÉLIQUE DA SILVA-DUBUIS >

La vie tend les bras aux garçons de son âge. Mais lui a perdu ses rêves de gosse et son insouciance sur le chemin de l'exil. À 22 ans, Artaches* porte à bout de bras le destin de sa famille avec un courage déconcertant. Il a quitté Érevan, la capitale arménienne, en février 2008 avec ses parents et sa soeur de deux ans son aînée. Son père, cadre dans l'industrie informatique, aurait été victime de pressions en amont des élections présidentielles. Un scrutin ponctué par de violentes répressions dans cette république de l'ex U.R.S.S..

Après un long périple à l'Est, la famille arrive à Paris et rejoint Lille où elle demande l'asile politique. Commence un autre périple, entre espoirs et désillusions. Accueillie dans le cadre de l'autorisation provisoire de séjour délivrée par la Préfecture, la famille sollicite la protection de l'État français via l'OFPRA, l'office chargé d'appliquer les conventions nationales et internationales. La demande de la famille est rejetée. « Nous n'étions pas prioritaires. Le pays n'était pas reconnu comme dangereux à l'époque », explique Artaches. Il le sera six mois plus tard après son retrait de la liste des pays d'origine sûrs (lire l'encadré).
Les parents d'Artaches introduisent dès lors un recours avec l'appui d'un avocat. Prise en charge par le Centre d'accueil des demandeurs d'asile d'Halluin (CADA) ouvert depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte en 2002, la famille entreprend tout un travail social. Mais la maladie vient bousculer le père d'Artaches âgé. Après une opération du coeur, l'homme âgé de 58 ans apprend qu'il est également atteint d'un cancer. Artaches prend alors le destin de sa famille en main comme un vaillant petit soldat. « Mon père a été très bien soigné au CH Dron, dans notre malheur nous avons eu beaucoup de chance » évoque-t-il avec gratitude pour celles et ceux qui ont entouré sa famille. Grâce à ses démarches, son père a obtenu un titre de séjour pour raisons de santé tout comme sa maman dont la présence auprès de son époux a été reconnue nécessaire. Pour les enfants en revanche, c'est plus compliqué. À ce jour, Artaches et sa soeur sont considérés comme sans-papiers et pourraient être invités à quitter le territoire. Un déchirement.

Artaches, qui étudiait la gestion et l'économie appliquées au secteur agricole en Arménie, n'envisage pas une seule seconde d'être séparé de ses parents tout comme sa soeur, diplômée en physique. Tous deux rêvent de poursuivre leurs études dans les universités de la région.

Trouver un emploi et un toit

« L'urgence aujourd'hui c'est de trouver un emploi pour mon père de manière à obtenir un logement décent. C'est injuste, c'est moi qui devrais travailler pour ma famille mais sans titre de séjour, je ne peux pas », soupire Artaches.

En deux ans, la famille a épuisé ses économies. « Je suis avantagé par rapport à d'autres personnes dans ma situation. J'ai la chance d'être avec mes parents. » Dans les prochaines semaines, l'unique refuge de cette famille pourrait être le 115. « Il n'y a pas de place pour des familles dans les foyers, nous serons séparés et ce serait insurmontable. » Artaches suit avec intérêt l'actualité nationale et les récentes expulsions de Roms ne laissent évidemment pas indifférent. « Il y a un certain discours politique... Mais il y a aussi beaucoup de gens tolérants. Personnellement, même si c'est difficile avec l'administration, je ne me sens pas étranger ici. » Le jeune homme qui, outre sa langue maternelle, parle couramment le français, le russe, et assez bien l'anglais fréquente le club d'athlétisme d'Halluin. Il est sprinter. Si Artaches obtient ses papiers, il renouera avec son autre grande passion : la photo.

Pour saisir chaque instant de sa nouvelle vie. Il veut y croire.w Nous l'appelons par son prénom pour préserver son identité.
Source : http://www.nordeclair.fr/Locales/Halluin/2010/08/13/artaches-enfant-de-l-exil.shtml