jeudi 19 août 2010

Les Arméniens et Bagdad

Citations de l'islamologue et turcologue Jean-Paul Roux :

Histoire de l'Empire mongol, Paris, Fayard, 1993 :

"A l'opération [la campagne contre l'Irak menée par le Mongol Hülegü] participaient au moins les Arméniens, et peut-être les Géorgiens : les premiers parce que cette campagne répondait à leurs vœux les plus chers, qu'ils l'attendaient depuis longtemps et qu'ils avaient tout fait pour y décider les Mongols (...)." (p. 339)

"La chrétienté orientale poussa un immense cri de joie [après la prise de Bagdad en 1258]. Il ne manquait pas de nestoriens dans l'armée mongole et les contingents d'Arméniens et de Géorgiens avaient pris une part non négligeable à la conquête de l'Iraq. En outre, l'épouse de Hülegü, Doquz Qatun, était elle aussi chrétienne et accordait sa protection au christianisme, à ses prêtres, à ses édifices : on prétend qu'elle veilla particulièrement aux uns et aux autres après la prise de Bagdad. Quant aux soldats chrétiens, leur présence sous les armes, leurs interventions auprès des chefs suprêmes en faveur de leurs coreligionnaires avaient eu pour conséquence que ceux-ci avaient presque toujours été épargnés. En compensation, on s'était davantage acharné contre l'Islam, qui semblait seul visé par la campagne." (p. 342)

L'Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997 :

"Les alliés chrétiens des Mongols, les Arméniens surtout, qui aux jours de l'invasion [mongole] s'étaient déchaînés contre les musulmans, qui avaient pillé et brûlé les mosquées, cherchaient par tous les moyens à nuire à l'islam." (p. 323)

Histoire des Turcs. Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, 2000 :

"Comme l'avaient fait quelques années plus tôt les Géorgiens, le roi Héthum d'Arménie plaça la Cilicie sous le protectorat de ceux [les Mongols] en qui il voyait avant tout des ennemis de l'islam et avec lesquels il entendait étroitement collaborer." (p. 246)

"Commencèrent alors [suite à l'avènement d'Hülegü] d'étranges négociations entre Mongols et croisés pour la conquête commune de la Syrie et de l'Egypte, que les Arméniens stimulèrent, mais qui n'aboutiraient pas." (p. 247)

Histoire de l'Iran et des Iraniens. Des origines à nos jours, Paris, Fayard, 2006 :

"Ainsi finit cette famille abbasside dont un des ultimes héritiers alla chercher refuge au Caire, où il joua un rôle purement figuratif jusqu'à la conquête ottomane au XVIe siècle. Ce fut une explosion de joie dans toute la chrétienté, et les Arméniens, qui avaient participé à l'assaut contre la capitale [Bagdad] et s'y étaient livrés à de grandes violences, ne furent pas les derniers à se réjouir : « Il y avait cinq cent quinze ans (en fait, quatre cent soixante-seize) que cette ville (...), pareille à une sangsue insatiable, avait englouti le monde entier. Elle fut punie pour le sang qu'elle avait versé, pour le mal qu'elle avait fait », dit l'historien arménien Kiragos." (p. 343)

Un choc de religions : la longue guerre de l'islam et de la chrétienté, 622-2007, Paris, Fayard, 2007 :

"Les chrétiens du Proche-Orient, notamment les Alains du Caucase, les Géorgiens, les Arméniens, mais aussi les iranophones et les arabophones, avaient eu parfaitement conscience de la chance que leur apportaient les terribles conquérants [mongols] et ils s'étaient ralliés à eux d'enthousiasme. Les Arméniens surtout furent efficaces. Tout ennemis qu'ils fussent des musulmans, peut-être l'étaient-ils plus encore des Byzantins, et les Mongols leur apparaissaient comme l'unique porte de salut. « Qui pourrait retracer les malheurs de la nation arménienne, ses douleurs, ses larmes, tout ce qu'elle a eu à souffrir des Grecs ? » demande le chroniqueur arménien Matthieu d'Edesse." (p. 183)