jeudi 19 août 2010

Les Arméniens et Byzance

Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 451-452 :

"Avant les Valaques et les Bulgares, l'ethnie arménienne avait déjà manifesté son hostilité aux Byzantins. La Cilicie avait été administrée par des ducs byzantins, notamment sous Manuel I, mais en dépit du maintien d'une population grecque et d'un fort parti probyzantin dont le représentant le plus influent fut Oshin de Lampros et ses descendants, les Héthoumides, il s'agissait en fait de l'occupation militaire d'un territoire dont les habitants restaient toujours avides de recouvrer leur indépendance à la première occasion favorable. Après la défaite de Myrioképhalon, les sources byzantines ne mentionnent plus la Cilicie qui avait sans nul doute rejeté le joug byzantin et se préparait à devenir un royaume arménien particulièrement prospère à la fin du XIIe siècle et au XIIIe siècle.

Les Arméniens n'étaient pas seulement établis aux marges de l'Empire [byzantin] mais beaucoup étaient regroupés en Troade, en Chypre, dans la région de Philippoupolis. Ils ne furent jamais en mesure de constituer un Etat, étant trop dispersés et partout minoritaires, mais ils ne manquèrent pas de nuire aux Grecs, notamment dès que les Byzantins furent menacés ou maltraités par les Occidentaux. En 1185 lors de la prise de Thessalonique, les Normands trouvèrent en eux, avec les Juifs, de précieux auxiliaires, et Eustathe de Thessalonique note avec amertume qu'avant la prise de la cité, les Arméniens étaient aux côtés des ennemis et se montraient plus enragés qu'eux à nuire aux défenseurs ; qu'après la paix, ils vendirent à un prix exorbitant la moindre nourriture.

Lors de la Troisième Croisade, les Arméniens se placèrent à nouveau aux côtés des Occidentaux, n'hésitant pas à prévenir les Allemands des embuscades tendues par l'armée byzantine et à leur assurer la victoire. A Philippoupolis, eux seuls restèrent, avec quelques Bulgares, pour fournir des vivres aux Croisés. Après 1204 [sac de Constantinople par les croisés], les Arméniens de Troade appelèrent tout naturellement Henri de Flandre et ses Latins qu'ils guidèrent contre Théodore Lascaris. Lorsqu'ils furent privés de la protection latine, les Grecs les massacrèrent jusqu'au dernier. Des Arméniens participèrent aussi au succès de certaines dissidences. En Chypre où leur population avait été accrue par des transferts au temps de Jean II, ils constituaient une partie de l'armée d'Isaac [usurpateur byzantin]."