vendredi 20 août 2010

Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

Paul Dumont, "La mort d'un empire (1908-1923)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 624-625 :

"Il importe cependant de souligner que les communautés arméniennes ne sont pas les seules à avoir été laminées par le fléau de la guerre. Au printemps de 1915, l'armée tsariste s'est avancée dans la région du lac de Van, entraînant dans son sillage des bataillons de volontaires constitués d'Arméniens du Caucase et de la Turquie. Les Ottomans ne parviendront à repousser ces forces russo-arméniennes que vers le début de juillet. Dans l'intervalle, des dizaines de milliers de musulmans (mais aussi, au gré des fluctuations des opérations militaires, un très grand nombre de chrétiens) ont été exterminés ou n'ont trouvé le salut que dans la fuite. Même scénario quelques mois plus tard, lorsque les Russes enlèvent Erzurum (février 1916) et occupent progressivement une bonne partie de l'Anatolie orientale, poussant leurs troupes vers Much au sud et, au nord, jusqu'à Trabzon (prise en avril) et Erzindjan (juillet). Cette fois encore, les populations musulmanes paieront un lourd tribut à l'affrontement intercommunautaire. Les statistiques de l'après-guerre font apparaître, pour chacune des provinces soumises à l'occupation russe et aux actes de vengeance des milices arméniennes, un important déficit démographique (totalisant plusieurs centaines de milliers d'âmes) dû pour une bonne part aux massacres perpétrés par l'ennemi."