vendredi 10 septembre 2010

Grossière duplicité de l'activisme arménien

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

- IIIe Reich : 

" « La FRA [Dachnak], souligne Hraïr Maroukhian (1928-1998), secrétaire général du Parti de 1972 à 1994, se donne la liberté d'avoir des relations avec tous ceux qui peuvent jouer un rôle dans l'évolution du haïtadisme [la "cause arménienne"] », des plus vertueux aux plus vicieux, jusqu'à pactiser avec le diable pour réaliser son idéal, comme ce fut le cas pendant la seconde guerre mondiale où une partie de ses rangs a collaboré avec l'Allemagne nazie pour la révision des traités de paix et le combat contre l'URSS de Staline." (p. 10)

- Droite maronite :

"Au Liban, la FRA maintient son alliance avec les Phalangistes et participe à l'élection de S. Frangié à la tête de l'Etat en 1970." (p. 23)

"(...) la FRA se cache derrière le bouclier de la neutralité positive : ne pas participer au conflit [libanais] et assurer l'autodéfense des quartiers arméniens, tout en favorisant le dialogue entre les belligérants en vue d'obtenir un accord de paix durable. Sur le terrain, cette politique a cependant du mal à s'appliquer. Une partie de la milice dachnak rejoint les forces de C. Chamoun dans les combats de Naba'a en juillet 1976 contre les forces progressistes musulmanes." (p. 42)

"Alors que les députés sunnites boycottent l'élection de septembre 1982, les députés dachnaks assurent une présence de principe à l'élection présidentielle gagnée par B. Gemayel, l'homme de l'opération antiarménienne de 1979. Mais opposée à l'élection de l'ex-président C. Chamoun, profanateur du monument dédié au génocide arménien de Bikfayah, la FRA croit qu'il existe toujours un Etat libanais, même à ces heures les plus noires de la guerre civile. N'ayant, à ses yeux, pas le choix, la FRA apporte ses voix à la victoire de B. Gemayel. La constitution a ses contraintes que la neutralité positive n'est pas en mesure de régler. Après l'assassinat du nouveau président en septembre 1982 et les massacres de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, l'élection d'A. Gemayel à la présidence de la République accélère la création d'un réduit maronite à l'est de Beyrouth." (p. 79)

- Nationalisme arabe :

"Sensible aux idées pan-nationales et étonnée par les réussites du socialisme anticolonial des Etats arabes, la FRA, au nom de sa révolution culturelle haïtadiste, se glisse dans les habits de la neutralité positive et lui accorde une portée à la fois internationale, stratégique, politique, nationale et tiers-mondiste." (p. 39)

"Indignée par les massacres palestiniens de Septembre noir, la jeunesse dachnak associe le destin des Arméniens à celui des Palestiniens, deux peuples sans Etat, même si l'installation massive des Palestiniens au Liban ébranle les bases du Pacte national cher à la FRA." (p. 23)

"Hostile à Israël, pays ami de la Turquie, la FRA condamne l'invasion du Liban par Tsahal. Elle y voit le résultat d'une alliance israélo-phalangiste afin de liquider la question palestinienne et de supprimer l'Etat libanais au profit d'un mini-Etat chrétien, allié d'Israël et rempart contre le monde musulman." (p. 79)

"En Syrie, après plus de dix ans d'interdiction pour espionnage anticommuniste au service des Etats-Unis, la FRA doit son existence formelle à la bonne volonté du nouveau leader, Hafez el Assad, soucieux de préserver un équilibre ethnique dans le pays, en favorisant les minorités les plus dociles à son égard." (p. 23)

"Du côté de la Syrie, Damas reconnaît, après s'en être méfiée, que la stratégie autonomiste et neutraliste des Arméniens du Liban constitue l'un des principaux maillons de la chaîne des minorités favorables à la Syrie qu'elle cherche à fabriquer. Sur l'échiquier arménien, la Syrie occupe une place centrale pour orchestrer les négociations sur le plan politique et militaire. Soutenu par les dachnaks syriens, qui renforcent l'autorité du régime alaouite à Alep, ville syrienne à forte composante arménienne, contre la contestation sunnite, le président Assad sait qu'il peut désormais aussi compter sur les Arméniens de Beyrouth pour orienter à sa guise sa politique au Liban. Sur le plan militaire, le général Kanaan, commandant des forces syriennes au Liban et établi à Andjar, surveille l'action du Dachnak dans la région, mais l'alliance entre la Syrie et le PSP de W. Joumblatt, lui-même proche de l'ASALA, dissuade la FRA de trop s'exposer. Les activités du 2e bureau syrien à Beyrouth comme dans la Bekaa invitent la FRA à la plus grande prudence ; à l'inverse, sachant que la FRA a des connexions avec l'Armée rouge, les officiers syriens au Liban s'en tiennent avec la FRA à des échanges de bons procédés." (p. 63-64)

"La FRA se rapproche de la Syrie et du Hezbollah, hostile à Israël et à la Turquie, qualifiant « le panturquisme et le sionisme d'idéologie raciste qui constituent les deux faces d'une même médaille, celle de l'impérialisme ». Jamais, depuis la création d'Israël, la FRA n'a eu une position si dure à l'égard de l'Etat hébreu. En août 1997, la Syrie appelle à donner des garanties de sécurité aux Arméniens du Haut-Karabakh tandis que la FRA demande le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, après que le général Cohen, ministre de la Défense américain, a déclaré que la Syrie, la Libye, l'Iran et l'Irak stockent de grandes quantités d'armes chimiques et bactériologiques. (...) Le principal enseignement que la FRA tire de cette complication des enjeux stratégiques, c'est que le post-haïtadisme est indissociable du conflit israélo-arabe et trouve paradoxalement sa vitesse de croisière dans sa riposte à la consolidation de l'axe israélo-turc. Convaincue que l'Arménie finira par signer des accords militaires avec la Syrie et l'Iran, sur la base de ceux signés avec la Grèce et la Russie en 1997, la FRA soutient ouvertement les Etats arabes et iranien.

Pour se développer au Liban, le post-haïtadisme a dû s'émanciper de la tutelle du Premier ministre R. Hariri dont les relations avec Damas s'enveniment à mesure que Beyrouth cherche un accord de paix séparée avec Israël alors que Damas souhaite une paix globale dans la région." (p. 251-252)

- Iran :

"En Iran, alliée du Shah, la FRA s'appuie sur cinq vice-ministres et deux députés arméniens au parlement iranien pour contrôler les affaires communautaires." (p. 23)

"(...) l'islamisme iranien ne manque pas de séduire la communauté chiite libanaise divisée entre la milice Amal, pro-syrienne, et la milice du Hezbollah, pro-iranienne. Ce qui ne simplifie pas les affaires de la FRA, qui doit désormais tenir compte du facteur iranien dans sa politique à l'égard de la milice du Hezbollah.

Or, en 1983, Téhéran organise une rafle d'arrestation de dachnaks, après que les Gardiens de la révolution ont découvert des stocks d'armes dans leurs appartements. En même temps, fidèle aux préceptes éducatifs formulés par le guide de la révolution, l'Ayatollah Khomeyni, le gouvernement impose les règles de l'Islam dans les écoles communautaires arméniennes, ferme écoles et centre sportif arméniens. L'attaque contre la FRA participe de l'entrée de la révolution iranienne dans sa phase de thermidorisation. Elle atteste également d'un changement tactique de la part du régime des Mollahs. Il ne s'agit plus, comme en 1979-1981, de réprimer la FRA en tant qu'ancien soutien au régime du Shah, mais plutôt de la faire plier puis de l'instrumentaliser au bénéfice de sa politique de surveillance communautaire. Vraisemblablement, la découverte d'un arsenal militaire sert de prétexte à la reprise en main de la FRA et à l'amorce d'un dialogue secret entre les dachnaks et le gouvernement islamique. Dans cette perspective, la FRA compte sur Karekine II, Catholicos de la Maison de Cilicie et ancien archevêque arménien à Téhéran, pour obtenir un assouplissement du régime iranien à son égard et s'aménager une politique de respect mutuel avec le Hezbollah." (p. 80)

- Grèce : 

"Par solidarité avec la nation hellène, la FRA ne s'exprime pas sur la responsabilité de la Grèce des colonels dans le renversement du régime de Makarios et s'en tient à une ligne antiturque." (p. 36)

"A cheval sur l'Occident et l'Orient, la Grèce, membre de la CEE, est l'ennemie traditionnelle de la Turquie et soutient le monde arabe dans sa lutte contre Israël. Proche du PASOK, le Parti socialiste grec au pouvoir, H. Maroukhian entretient de bonnes relations avec le Premier ministre, A. Papandréou." (p. 105)

- Internationale socialiste :

"(...) une motivation, se donner toutes les chances d'adhérer à l'IS [Internationale socialiste], réunie en congrès en 1976 à Genève, au cours duquel la FRA présente sa candidature, une nouvelle fois rejetée officiellement pour raisons statutaires. Mais les relations avec ces partis socialistes occidentaux ou autonomes par rapport à Moscou illustrent l'enracinement de la FRA à gauche, même si sa collaboration avec le régime des colonels en Grèce et des Phalangistes au Liban reste en travers de la gorge des socialistes." (p. 41)

"Le soir de la victoire du 10 mai 1981, les dachnaks participent, en France ou à l'étranger, à l'ivresse populaire qui gagne le peuple de gauche et scandent eux aussi le slogan : « On a gagné. » A la lecture du discours de F. Mitterrand à Mexico, certains voient même dans la France socialiste une terre dachnak favorable aux peuples en lutte. Le gouvernement de Pierre Mauroy compte plusieurs ministres arménophiles. Le PS de Lionel Jospin prête une oreille attentive à la FRA dont les démarches auprès des socialistes transitent par un poids lourd du gouvernement, C. Hernu. Les changements sont immédiats en matière de justice. L'Assemblée nationale vote, le 4 août 1981, une loi d'amnistie destinée à « permettre à ceux que la passion politique avait égarés de réintégrer la communauté nationale »." (p. 70)

- Etats-Unis et URSS :

"Le détonateur de 1965 est passé par là et plus rien ne peut arrêter l'inflexion stratégique de la FRA d'un antisoviétisme vers un neutralisme d'inspiration tiers-mondiste." (p. 19)

"Soutenu par H. Maroukhian qui lui accorde plus d'intérêt à mesure que les négociations avec l'URSS avancent, E. Hovannessian critique la dissidence en RSS d'Arménie. Mais alors pourquoi se présente-t-il lui-même comme un dissident déchu de sa citoyenneté soviétique auprès de ses interlocuteurs ? Pourquoi se réclamer des idées du dissident Soljenitsyne alors que sa famille, restée en URSS, n'a jamais été menacée par le KGB ? Comment peut-on être le directeur du département arménien de Radio Free Europe alors que son fils, Vahan, a pu poursuivre ses études d'archéologie à Moscou sans connaître le moindre ennui avec le KGB ? Enfin comment peut-il être crédible lorsque, de Munich, il critique le régime communiste mais jamais le premier secrétaire du PCA, alors que sa femme est une amie intime du couple Demirdjian à Erevan ?" (p. 98)

"Considérant que les Etats-Unis ont beaucoup à perdre dans ce conflit [chypriote] opposant deux Etats membres de l'OTAN, Washington maintient la pression sur Ankara qui depuis 1973 est aux mains du Premier ministre, Bülent Ecevit, un nationaliste de gauche. Ankara autorise la culture du pavot en dépit des objections américaines et voit dans la guerre du pavot une manière pour les Turcs de dire non aux Etats-Unis. En riposte, le Département d'Etat reçoit l'ensemble des dachnaks américains réunis en congrès fédéral. En 1975, le Congrès américain déclare le 24 avril 1915 « Journée de l'inhumanité de l'homme envers l'homme », sans utiliser toutefois le terme de génocide. Enfin, pour désapprouver l'invasion de Chypre, Washington impose un embargo sur les livraisons d'armes à la Turquie en 1975." (p. 36)

"(...) Américains et Soviétiques ont-ils une responsabilité dans ce tournant terroriste ? En froid avec la Turquie, les deux grands ont-ils, sans se concerter, accepté que la FRA plonge dans le terrorisme ? Et qui à Washington et à Moscou a plus intérêt à voir Arméniens et Turcs s'empoigner ? Pour les Américains, la réactualisation de la cause de l'Arménie turque et le terrorisme arménien sont deux moyens de pressions sur Ankara, à la condition que ce dernier se limite à la reconnaissance du génocide et renonce à frapper la Turquie sur le sol américain. Pour les Soviétiques, fragiliser la Turquie, bastion de l'OTAN dans la Méditerranée orientale, c'est affaiblir la stratégie américaine en Europe et au Moyen-Orient, a fortiori quand cette puissante Turquie fait de l'ombre aux Etats arabes battus par Israël. En poussant les Arméniens au terrorisme, Moscou contraindrait la Turquie à ne s'occuper que des menaces intérieures kurde et arménienne et réduirait l'influence de la Turquie, donc de l'OTAN, dans la région. Il est encore trop tôt pour attribuer une quelconque responsabilité américaine ou soviétique dans le terrorisme arménien, même si, pour ne pas laisser libre cours aux bras militaire de leur Etat respectif intéressé par la problématique du terrorisme dachnak, la CIA a suivi avec curiosité l'évolution de l'ASALA et le KGB a coopéré avec le FPLP-COSE, autorité de tutelle de l'ASALA au Liban. Détail étonnant cependant : Soviétiques et Américains n'ont pas réagi aux premiers attentats arméniens." (p. 37-38)