vendredi 10 septembre 2010

Guerre de clans entre Arméniens et Géorgiens ou entre Arméniens d'Arménie et Arméniens de Géorgie ?

9 juin 2010 09h15
Par Aude Ferbos

La guerre de clans avait fini dans le sang

Un Arménien condamné à six ans de prison hier, pour sa participation au sanglant règlement de comptes du 7 juin 2001 à Campet-et-Lamolère (Landes).

C'est une vieille - et sanglante - affaire qui était à nouveau convoquée à la barre du tribunal correctionnel de Mont-de-Marsan, hier, pour une audience spécifique.

L'histoire remonte au 7 juin 2001. Ce soir-là, un véritable règlement de comptes entre Arméniens et Géorgiens se solde par un bilan tragique : Otto Amirov, 46 ans, père de trois jeunes enfants, est proprement égorgé dans un bois de Campet-et-Lamolère, tandis que son compatriote géorgien, Davit Ourassian, est grièvement blessé.

À l'origine de ce crime, une véritable guerre des clans oppose les ressortissants des deux communautés installées à Mont-de-Marsan, sur fond de racket et de trafic de drogue. Même si les relations entre les uns et les autres ne sont pas si claires, les ennemis d'un jour étant aussi les amis de la veille. Et vice-versa. Mais dans un contexte de livraison de cannabis en retard, la tension monte et une première altercation éclate le 5 juin 2001. L'Arménien Armen Iskanderov est blessé d'un coup de couteau dans les fesses. Un affront que le clan veut venger.

Vengeance

C'est ainsi que l'expédition punitive est organisée par les Arméniens qui, avant d'en découdre, appellent des renforts de Paris, Pau et d'Allemagne. Et convoquent les deux Géorgiens à une fausse « cérémonie de paix », qui dégénère en « tribunal sauvage » et règlement de comptes au couteau.

Une affaire difficile à dénouer pour les enquêteurs. Faute d'avoir suffisamment d'éléments sur la scène de crime et sur les auteurs de cette vendetta, l'affaire est finalement ouverte et jugée pour association de malfaiteurs : cinq Arméniens sont renvoyés devant le tribunal en mars 2007. Deux seulement assistent à l'audience : Vardan Avagian et son fils Vagram Avakian. Ils sont condamnés à quatre ans de prison, tandis que les trois absents écopent de sept ans.

Ces trois-là restent introuvables malgré un mandat d'arrêt international. Jusqu'à ces derniers mois : Armen Tsakanyan est interpellé par la police espagnole lors d'un banal contrôle d'identité et extradé en France pour exécuter sa peine. Sauf qu'il fait opposition de son jugement. Et comparaissait donc à nouveau hier pour « participation à une association de malfaiteurs ». Ainsi a-t-il pu expliquer sa fuite, à l'issue de ce 7 juin 2001. Disparaissant complètement du paysage montois, il a refait sa vie à Barcelone où sous une fausse identité, il a monté un commerce de « télécommunications » et fait venir sa famille.

Mais s'il a en effet été jugé coupable d'avoir participé à l'entreprise, à laquelle l'audience a permis d'établir qu'il n'avait pas un rôle d'exécutant, sa comparution n'a pas permis de faire toute la lumière sur ce règlement de comptes sanglant. Dans la salle, la veuve d'Otto Amirov n'a rien appris de plus sur le déroulement de cette tragique soirée, pas plus que sur les raisons précises pour lesquelles son mari, respecté des deux communautés et considéré comme le patriarche pacificateur, est mort. « Ce n'est pas moi qui décidais, c'est Armen Iskanderov. Moi je faisais ce qu'il disait parce que j'avais peur », se défausse, en russe, Armen Tsakanyan. « À longueur de procédure, les deux Armen sont cités comme étant les organisateurs des violences ayant dégénéré en crime », oppose le procureur Jean-Pierre Laffite, requérant cinq ans de prison.

Le tribunal ira au-delà, condamnant Armen Tsakanyan à six ans de prison.
Source : http://www.sudouest.fr/2010/06/09/la-guerre-de-clans-avait-fini-dans-le-sang-112179-3324.php