vendredi 10 septembre 2010

Les troubles sanglants provoqués par les comités arméniens sous Abdülhamit II

Jacques Jeulin, note dans Avec mon père le sultan Abdulhamid : de son palais à sa prison d'Ayşe Osmanoğlu, Paris, L'Harmattan, 1991, p. 288-289 :

"Dès juillet 1895, l'ambassade de Grande-Bretagne faisait savoir au Foreign Office que : "les comités arméniens étaient résolus à provoquer un massacre et qu'ils préparaient des soulèvements en divers points du territoire". Ceci fut confirmé.

Dans la seconde moitié de 1895, une trentaine d'assassinats, de soulèvements et d'incidents graves eurent lieu dans diverses villes de l'Est du pays. Il semble que, cette année-là (en dehors de la révolte de Zeytoun, évoquée ci-dessous), il y eut un total d'une dizaine de milliers de morts, dont plus de 1.000 à 2.000 musulmans.

La révolte de Zeytoun (appelé aujourd'hui Suleymanli), district situé dans la province de Marach (180 kilomètres au nord d'Alep), fut provoquée entièrement par les Arméniens, qui refusaient de payer leurs impôts. Plusieurs révoltes y avaient déjà éclaté dans le passé, mais celle de 1895 fut organisée sur une grande échelle par le comité Hentchak, avec des hommes venus de l'extérieur, qui armèrent et organisèrent la population. Des milliers de musulmans, gendarmes, militaires et civils, furent tués, y compris des soldats faits prisonniers par les rebelles. L'insurrection commença le 24 octobre, et s'acheva le 28 janvier 1896, par la reddition et la capture de la plupart des insurgés. Sur l'intervention des puissances, notamment de la Grande-Bretagne, les insurgés furent traités avec mansuétude. Il n'y eut pas de condamnation à mort. En réalité, c'est surtout après la révolte que les Arméniens moururent en grand nombre, du fait des épidémies de typhus, de dysenterie et de variole. Bien entendu, l'épidémie n'épargna pas les villages musulmans. Les villages arméniens détruits furent reconstruits grâce à l'aide des missionnaires américains. Mais personne ne s'intéressa aux villages musulmans.

L'échec de cette insurrection fut la fin du parti Hentchak ; après 1896, ce fut le parti Dachnak qui commença à occuper le terrain en Anatolie.

Une révolte à Van éclata le 14 juin 1896, elle aussi préparée bien à l'avance, surtout par les Dachnaks. Le consul britannique de l'époque à Erzéroum écrivit qu'elle débuta par l'attaque, par des Arméniens, de soldats et gendarmes turcs, et aussi de villageois musulmans, à Van et dans les villages des alentours. Au total, cette révolte aurait fait environ cinq cents morts musulmans, et mille morts arméniens."