samedi 4 septembre 2010

Milieu arménien : l'assassinat de Félix Margarian

ASSISES DE L'AIN
Cinq seconds couteaux pour un meurtre mafieux

publié le 07.06.2010 04h00

Ils auraient dû être huit à comparaître aujourd'hui devant la cour d'assises de Bourg-en-Bresse. Trois manqueront à l'appel. Et ces absences ne donneront pas à ce procès l'ampleur qu'il aurait dû avoir, avec des questions qui risquent de rester sans réponses.

Ces huit hommes ont plusieurs points en commun. Ils sont tous Arméniens et gravitaient dans un monde maffieux ou l'omerta règne. Félix Margarian qui était leur complice ou leur ami en a fait les frais, retrouvé sans vie par un chasseur le 19 novembre 2006, dans un bois de Dompierre-sur-Veyle. Mort par strangulation, avec aussi une plaie au visage par arme blanche. Visiblement, on avait tenté de l'intimider avant de le tuer.

Cet assassinat, car il y a bien eu préméditation, les gendarmes sont parvenus à l'élucider dans ses grandes lignes en mars 2007. En recherchant dans son entourage, ils comprenaient vite que Félix Margarian n'était pas un ange, qu'il se livrait entre autre à un trafic de cigarettes à grande échelle. En recoupant l'utilisation des téléphones portables de ses « amis », les enquêteurs étaient parvenus à établir une liste de meurtriers possibles et de complices. Entendus, ils ont peu parlé, mais les gendarmes ont réussi à établir, dans les grandes lignes, la pyramide des responsabilités.

Car le meurtre avait été prémédité. Trois personnes avaient repéré l'endroit du crime, trois réunions s'étaient tenues dans un bar de Rillieux-la-Pape (Rhône) pour mettre en place l'exécution. Et certains impliqués ont été plus locaces, expliquant que si Felix Margarian avait été tué, c'est parce qu'il devait une somme importante, 350 000 euros, et qu'en l'exécutant, on devançait un meurtre que lui-même aurait pu commettre contre ses amis.

Mais voilà, depuis les conclusions de l'enquête, il s'est passé des choses. Àrtur Grigorian, le meurtrier présumé, s'est donné la mort en prison à Corbas (Rhône). Ses deux plus proches collaborateurs, Arsèn Rananyan et Artur Mkrtchyan sont en fuite, ayant bénéficié du silence des seconds couteaux lors de leurs auditions.

Par conséquent, ces derniers pourraient bien, à l'audience, jouer les naïfs, rejeter sur le disparu et les deux fuyards l'ensemble des responsabilités. Certains, tout au plus, risquent de supporter la seule accusation d'association de malfaiteurs, voire de séjour irrégulier.

Olivier Leroy

Ain - Justice
Assises : un assassinat sur fond de règlement de comptes
publié le 08.06.2010 04h00
Un cadavre retrouvé à Dompierre-sur-Veyle, au sud de Bourg-en-Bresse, un mobile, un contexte plus ou moins mafieux, mais pas d'assassins ! Le procès qui s'est ouvert hier devant la cour d'assises de l'Ain ne concerne que des « seconds couteaux », qui de plus nient leur participation.
Des trois assassins présumés, l'un, Artur Grigorian, dit « Artur de Nice » s'est suicidé à la prison de Corbas (Rhône) le 23 janvier dernier. Les deux autres, Arsène Rananyan, et Artur Mkrtchyan, ont fait leurs valises quand les gendarmes ont lancé les premières interpellations en mars 2007. Ils seraient en Arménie. Une fuite qui sonne évidemment comme un aveu.
Le corps de Félix Margarian avait été retrouvé par un chasseur dans un bois, le 19 novembre 2006. Poignardé au visage, et surtout étranglé par-derrière avec une cordelette, son corps avait aussi été transporté a expliqué à la barre le médecin légiste.
Pour retrouver ses assassins, les gendarmes ont effectué un laborieux travail de recoupement à partir du téléphone portable de cet Arménien de 29 ans. Ils ont aussi passé au crible tous les appels téléphoniques de la zone.
Très vite, l'enquête s'est resserrée autour de la communauté arménienne du Rhône, et surtout de Décines, et de son bar communautaire le Panam. Malgré la peur, et l'omerta, quelques langues se sont déliées : Margarian donnait dans le trafic de cigarettes importées de Saint-Pétersbourg avec Arman Grigorian, dit « Arman le Grand », qui lui avait échappé à une tentative de meurtre le 6 décembre à Décines. 300 cartons d'une valeur de 300 000 euros qu'ils n'auraient pas payés.
Et il aurait menacé Artur Grigorian et surtout sa famille, qui finalement « aurait pris les devant » en lui réglant son compte avec ses deux compatriotes en fuite. Reste les trois hommes jugés aux assises. Ashot Panossian, 35 ans, est poursuivi pour complicité. Il aurait abandonné la voiture de Margarian à la Verpillère (Isère). « C'est faux, j'y suis passé mais c'était pour aller voler dans un supermarché de Bourgoin » s'est défendu l'accusé. Son téléphone, là encore, montre qu'il aurait été en contact avec les assassins présumés : « Mais des fois au bar je le prête ».
Au rythme d'une lente traduction en arménien qui alourdit les débats, le procès s'enlise dans des questions et réponses autour de la téléphonie. Les deux autres, Artur Akopian, 35 ans, et Édouard Panossian, 40 ans, frère aîné d'Ashot, sont accusés d'association de malfaiteurs, pour avoir été présent lors de « réunions » à Décines avant l'homicide, et à Valence après. Mais la seconde n'était « qu'une fête » et pour la première ils n'ont fait selon eux que croiser de loin les assassins présumés.
Frédéric Boudouresque
 
COUR D'ASSISES DE L'AIN
De la guerre en Arménie au règlement de comptes entre Arméniens
publié le 09.06.2010 04h00
La seconde journée du procès de trois hommes pour complicité d'assassinat ou association de malfaiteurs a été consacrée aux témoignages sur la victime, Félix Margarian, et à la personnalité des trois accusés.
Tous sont Arméniens, dont certains originaires de la minorité vivant en Azerbaïdjan, et ont fui la guerre dans leur pays, laissant souvent tout derrière eux, leur maison et parfois des parents tués.
La victime était impliquée dans un trafic de cigarettes. Il aurait « détourné un camion de cigarettes et des caïds de Géorgie lui ont réglé son compte pour faire passer le message », a raconté un témoin. Un autre évoquant « cette jeune génération venue en France pour voler ou faire des trafics, au profit de chefs qui dirigent tout depuis l'Arménie. »
Un contexte mafieux qui éclaire l'assassinat de l'homme qui avait été retrouvé mort en novembre 2006 à Dompierresur-Veyle.
On connaîtra ce soir le verdict pour les trois hommes, ainsi que pour les deux assassins présumés jugés par défaut.

ASSISES DE L'AIN
Deux relaxes sur trois, et deux accusés en fuite

publié le 10.06.2010 04h00

Des trois hommes jugés aux assises de Bourg pour leur implication dans l'assassinat d'un Arménien, deux ont été relaxés. Deux accusés absents ont été condamnés par défaut à 20 ans de réclusion

Après trois jours d'audience de la cour d'assises de l'Ain, le procès de trois hommes d'origine arménienne pour leur implication dans l'assassinat d'un de leur compatriote a tourné au fiasco judiciaire.

Principaux accusés en fuite, témoins absents, enquête et surtout instruction lacunaires, assassin présumé qui a mis à ses jours en prison en janvier, le bilan est sévère.
Et les avocats de la défense n'ont pas eu à se donner beaucoup de mal pour pointer les failles béantes du dossier.

Le 19 novembre 2006, le cadavre de Félix Margarian, un Arménien de 29 ans, avait été retrouvé dans un bois de Dompierre-sur-Veyle, au sud de Bourg-en-Bresse. Il avait été étranglé à l'aide d'une cordelette.

Très vite l'enquête allait identifier les assassins présumés, trois autres Arméniens : Artur Grigorian, dit le Niçois, qui s'est suicidé, Arsène Rananyan, dit Zolo, et Artur Mkrtchyan. Ce dernier avait débarqué en France quelques jours auparavant et il s'était rapidement volatilisé. Zolo, lui, a eu le temps de fuir en Arménie quand il a appris les premières interpellations. Le mobile allait également rapidement être découvert. La victime aurait détourné un semi-remorque de 300 cartons de cigarettes contrefaites d'une valeur de 300 000 euros. Un de ses complices avait échappé à une tentative de meurtre le 6 décembre à Décines.

Au sein de la communauté arménienne, qui se retrouve au bar le Panam de cette commune de la banlieue lyonnaise, beaucoup en savaient long sur le meurtre de Dompierre. Mais l'instruction n'avait pas retenu la non-dénonciation de crime, mais « l'association de malfaiteurs » contre Artur Akopian et Edouard Panossian, et la « complicité » contre Ashot Panossian, soupçonné d'avoir abandonné la voiture de la victime à la Verpillère.

Mais l'accusation reposait en grande partie sur la localisation des accusés à l'aide de leur portable et leur participation supposée à des « réunions » préparatoires. Akopian par contre ayant reconnu avoir joué les bons offices entre les assassins présumés et la victime la veille du crime.

L'avocate générale, Marie-Gabrielle Ratel, a requis 18 à 20 ans de réclusion contre Mkrtchyan et Rananyan, jugés par défaut, qui ont finalement écopé de 20 ans. Et 5 ans, ferme contre Ashot Panossian, et la même peine dont du sursis contre son frère aîné, et Artur Akopian. Seul ce dernier a été condamné à quatre ans dont un an avec sursis.

Les deux autres ont été relaxés. Me Gossweiler a notamment dénoncé ces « localisations téléphoniques à 20 km près » qui ne donnaient pas la certitude de la présence des accusés lors des fameuses « réunions ». « Ce ne sont même pas des lampistes mais des boucs émissaires » a ajouté Me Laurent, dénonçant « une enquête bâclée et basée sur des extrapolations téléphoniques. ».

Frédéric Boudouresque
Source : http://www.leprogres.fr/fr/videos/buzz/article/3289051/Deux-relaxes-sur-trois-et-deux-accuses-en-fuite.html