lundi 29 novembre 2010

D'après Wikileaks, l'Arménie a livré des armes à l'Iran

Armenia in alleged arms transfer to Iran
One of the most interesting Wikileaks cables about Armenia is undoubtedly the 24 December, 2008 letter from U.S. Deputy Secretary Negroponte to Armenia’s President regarding a 2003 Armenian Arms procurement for Iran.
"Dear Mr. President:
We value our positive relationship with your government, as we explore a range of shared interests, especially an agreement on Nagorno Karabakh and normalization of Armenia’s relations with Turkey. At the same time, we are dismayed by a serious and, indeed, deadly – arms re-export case.
Secretary Rice, Assistant Secretary Fried, Deputy Assistant Secretary Bryza, and Ambassador Yovanovitch have raised with you our deep concerns about Armenia’s transfer of arms to Iran which resulted in the death and injury of U.S. soldiers in Iraq.
Notwithstanding the close relationship between our countries, neither the Administration nor the U.S. Congress can overlook this case. By law, the transfer of these weapons requires us to consider whether there is a basis for the imposition of U.S. sanctions. If sanctions are imposed, penalties could include the cutoff of U.S. assistance and certain export restrictions.
To avoid such sanctions, it is essential that you present compelling evidence that your government is now in partnership with us to ensure such transfers do not occur in the future.
To convince the United States that this will not happen again, we seek a written agreement from Armenia, memorializing its intent to implement measures that will prevent Armenia from becoming a source of weapons for Iran or other states or groups involved wit terrorism and/or weapons proliferation.
[read more on specific measures proposed here]
Sincerely,
John D. Negroponte"
S) Background: In 2003, Armenia facilitated Iran’s purchase of rockets and machine guns. In 2007, some of these weapons were recovered from two Shia militant attacks in which a United States soldier was killed and six others were injured in Iraq. The Secretary discussed our concerns with President Sargsian on the margins of the UN General Assembly, but he denied any transfer occurred. The direct role of high-level Armenian officials and the link of the weapons to an attack on U.S. forces make this case unique and highly troubling. These transfers may provide a basis for sanctions pursuant to U.S. legal authorities. We propose a series of steps that Armenia will need to take to prevent future transfers, which will be weighed in the consideration of sanctions. We hope to use the threat of sanctions as a tool to generate Armenian responsiveness so that we will not be forced to impose sanctions measures.
Source : http://ditord.com/2010/11/29/wikileaks-on-armenia-and-the-caucasus/

mardi 9 novembre 2010

Le transfert des Arméniens d'Anatolie durant la Première Guerre mondiale

Bernard Lewis, Histoire du Moyen-Orient. Deux mille ans d'histoire de la naissance du christianisme à nos jours, Paris, Albin Michel, 1997 :

"En 1914, les Russes créèrent quatre unités de volontaires arméniens, et trois autres l'année suivante. Bien qu'essentiellement recrutées en Arménie russe, ces unités comprenaient des Arméniens ottomans, au nombre desquels on comptait des déserteurs mais aussi des personnalités publiques. L'une de ces unités était commandée par un ancien député au Parlement ottoman. Des bandes armées entretenaient un peu partout l'agitation ; en Anatolie orientale et en Cilicie, la population arménienne prit les armes, notamment à Van et à Zeytoun.

Au printemps 1915, alors que les rebelles arméniens avaient repris le contrôle de Van, que les Russes attaquaient à l'est et que les Britanniques étaient non seulement dans les Dardanelles mais avançaient sur Bagdad, le gouvernement décida de déporter la population arménienne d'Anatolie, selon une pratique hélas familière dans la région depuis les temps bibliques. Mis à part certaines catégories qui en furent exemptées, telles que les catholiques, les protestants, les ouvriers des chemins de fer et les hommes servant dans les armées du sultan, ainsi que leurs familles, cet ordre s'abattit sur l'ensemble des Arméniens d'Anatolie, bien au-delà de ceux qui vivaient dans des régions contestées, ou qui appartenaient à des groupes suspects.

Les déportés subirent d'effroyables épreuves. A feu et à sang, combattant sur tous les fronts, l'Empire ne disposait ni de soldats ni de gendarmes pour les escorter ; cette tâche fut confiée à des détachements hâtivement recrutés sur place. Les estimations varient considérablement, mais il ne fait pas de doute qu'au moins des centaines de milliers d'Arméniens, plus d'un million peut-être, trouvèrent la mort. Beaucoup moururent de faim, de maladie ou des rigueurs du climat ; quantité d'autres furent sauvagement assassinés en chemin par des villageois et des nomades, leurs gardiens, sans solde, sans nourriture et indisciplinés, fermant les yeux ou participant eux-mêmes aux massacres.

Le gouvernement ottoman semble avoir essayé de contenir de tels excès. Les archives contiennent de nombreux télégrammes où les plus hautes autorités centrales manifestent leur souci de prévenir et de punir les violences commises à l'encontre des Arméniens. On y trouve également les minutes de mille trois cent quatre-vingt-dix-sept procès en cour martiale de civils et de militaires ottomans inculpés de voies de fait contre les déportés et condamnés à la réclusion ou parfois à mort. Mais ces interventions eurent peu d'effets, d'autant que des décennies d'antagonismes ethniques et religieux entre les Arméniens et leurs voisins jadis pacifiques avaient généré une grande amertume. Istanbul et Izmir n'étaient pas concernés par l'ordre de déportation, de même que la plus grande partie des provinces ottomanes de Syrie et d'Irak, où les survivants furent contraints de s'installer."

Source : http://www.scribd.com/doc/13947683/Bernard-Lewis-HISTOIRE-DU-MOYENORIENT-Deux-mille-ans-dhistoire-de-la-naissance-du-christianisme-a-nos-joursbook

(p. 133)

Les Mureaux : scandaleux traitement d'une famille de réfugiés politiques arméniens

dimanche 25 juillet 2010, 20:07
Réfugié politique : c'est non pour une famille arménienne des Mureaux !
Par Troll de Mantes - Lien permanent

La famille H., arrivée clandestinement en France s'est vue refuser le statut de réfugié politique car l'Arménie est un pays sûr selon l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA). Qu'en est-il vraiment ?

En réalité, depuis la fusillade du parlement arménien le 27 octobre 1999, le président Robert Kotcharian et son avatar devenu président Serge Sargsian procèdent à une véritable répression de l'opposition. Le conseil de l'Europe dénonce cette situation, notamment dans sa résolution 1643 (2009) portant sur la "Mise en œuvre par l’Arménie des Résolutions 1609 (2008) et 1620 (2008) de l’Assemblée" :

"5. L’Assemblée note que des doutes ont été émis (...) sur le procès à l’encontre des personnes reconnues coupables en relation avec les événements des 1er et 2 mars 2008. Par conséquent, l’Assemblée considère que, dans ces conditions, les charges retenues contre un grand nombre de personnes, (...) qui reposaient uniquement sur des témoignages de police, auraient pu être politiquement motivées. L’Assemblée est profondément préoccupée par les conséquences de cette situation, si l’on n’y remédie pas."

C'est après avoir participé aux manifestations des 1er et 2 mars 2008, que la famille H. a fuit vers la France. Monsieur H., partisan de Levon Ter-Petrossian a été arrêté à plusieurs reprises, et a subi des violences de la part de la police arménienne ainsi que des menaces de mort. Arrivé en France le 9 mars 2008, Monsieur H. entame le jour même, à Versailles, les démarches pour obtenir le statut de réfugié politique. Lui et sa famille ont très rapidement été orientés vers Les Mureaux, sans doute pour ne pas troubler la tranquillité des bourgeois versaillais. Depuis, ils vont d'hôtels en foyers, quand ce n'est pas dans la rue ! Ils ont ainsi vécus deux mois à quatre (dont deux enfants de quatre et deux ans) dans leur voiture sur le parking d'un supermarché ! Après le rejet de sa demande, et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, la famille vie dans la peur d'être arrêtée et reconduite à la frontière. Monsieur H. s'est rendu à la préfecture jeudi dernier pour y déposer sa demande de réexamen de son dossier, mais après trois heures d'attente, il lui a été signalé de revenir la semaine suivante. Seules cinq ou six demandes étant acceptées par semaine ! Ce jeudi, monsieur H. attendra l'ouverture de la préfecture la veille pour être certain de pouvoir déposer son dossier... dans l'espoir qu'il lui soit donné une suite positive.

Le système est particulièrement inhumain et c'est grâce à l'action militante d'organisations (DAL, LDH, RESF, RESEL, Attac, PCF, PG, NPA, etc) que la famille H., et tant d'autres, arrivent à survivre. La France doit redevenir une terre d'asile pour les opprimés ! Espérons que la décision du conseil d'état d'annuler le classement de l'Arménie dans la liste des pays d'origine sûrs permette à la famille H. d'obtenir l'asile politique qu'elle mérite.
Source : http://www.troll-de-mantes.com/index.php?post/2010/07/25/Refugie-politique-c-est-non-pour-une-famille-armenienne-des-Mureaux

Saint-Junien : le courageux dissident arménien Hayk Mkrtchyan demande l'asile politique




SAINT-JUNIEN
Immigration Politique
jeudi 5 août 2010 - 06:17

Un réfugié arménien à Saint-Junien

En cette période où beaucoup ne pensent qu'au farniente sur des plages exotiques, d'autres, venus d'ailleurs, pensent d'abord à subsister. A se faire aussi une place dans notre société. Un jeune Arménien témoigne.
Son nom est imprononcable pour un Français mais Hayk Mkrtchyan ne désespère pas de s'installer en France. Et pourquoi pas à Saint-Junien où il vit depuis le début de l'an dernier.

Âgé de 29 ans, le jeune homme assure avoir quitté son pays, l'Arménie, pour des raisons politiques.
Depuis la fin de son service militaire, il a vécu des années particulièrement agitées. Dans son propre pays d'abord où il s'est opposé au régime gouvernemental. Puis en Allemagne, en Italie, et en France, à Limoges, où il a partagé le quotidien des Sans Domicile Fixe, pendant une dizaine de mois.

Hayk aurait pu mener l'existence tranquille d'un petit bijoutier, métier qu'il a appris à Erevan, la capitale du pays. Mais le pouvoir en place, en Arménie, ne correspond pas à l'idée qu'il se fait de la démocratie. Alors il participe à des manifestations qui dégénèrent souvent en combats de rue avec la police.

Un jour, après des affrontements, très sérieusement blessé, il ne peut se relever. "Je suis resté 48 h dans le coma" , se souvient-il. "J'ai perdu beaucoup de sang". Pourtant il refuse d'être hospitalisé. "J'aurais été emprisonné aussitôt ". Son frère, dentiste, et des amis médecins lui apportent les soins nécessaires.
Mais il ne se sent plus en sécurité. Il décide, le coeur gros, de fuir l'Arménie, sa famille, ses amis, ses racines...

En décembre 2006, muni d'un visa italien, il prend l'avion à destination de l'Allemagne, avec une délégation de députés d'opposition.

A Cologne, il ne parvient pas à attendrir la police allemande qui l'envoie pendant 4 jours en prison où il entame une grève de la faim. Trois mois plus tard, il est expédié manu militari en Italie.

Pendant 3 semaines, il séjourne à Milan et à Rome. Il y voit surtout l'envers du décor. Enfin, il reçoit un peu d'argent de sa famille et file vers la Géorgie, avec l'idée de rentrer en Arménie.

Ses parents le persuadent du contraire et l'aident financièrement à monter une expédition vers la France, pays de la liberté, à bord d'un camion géorgien. Destination Limoges.

Le 19 avril 2007, il dépose un dossier de demande d'asile politique à la préfecture de la Haute-Vienne et reçoit le soutien d'un avocat.

Hayk n'est pas sauvé pour autant. Sans argent, sans domicile et sans travail, il dort dans la rue et sollicite l'aide des services sociaux.

Le jeune homme, au physique de pilier de rugby, sombre peu à peu dans une sévère dépression.
Après des mois de galère dans la capitale régionale, on lui dit qu'il serait peut-être mieux à Saint-Junien... Et depuis il n'a pas quitté la cité gantière.

Il y trouve un hébergement, une écoute attentive auprès du GEM (groupe d'entraide mutuelle) et un soutien auprès des services sociaux municipaux.

Aujourd'hui Hayk n'est pas encore tiré d'affaire mais, dans un contexte favorable, de petits boulots en petits boulots, il reprend goût à la vie et s'invente un avenir.

Jean-Marie Misset

Arménie :
La presse arménienne rend compte, depuis le début de l'année, d'une augmentation de la criminalité, liée généralement à des affaires mafieuses. Les touristes sont priés d'être extrêmement prudents.
Par ailleurs, des zones du pays sont à éviter. En particulier vers les frontières avec l'Azerbaïdjan où des incidents ont lieu régulièrement depuis la violation du cessez-le-feu. Les mines anti-personnelles constituent un réel danger à l'Est du pays.
Source : http://www.lepopulaire.fr/editions_locales/saint_junien/un_refugie_armenien_a_saint_junien@CARGNjFdJSsGExMCBho-.html

Chalon : triste situation d'une famille arménienne sans-papiers

chalon. Le Réseau éducation sans frontières a installé des tentes symboliques hier en ville.

Alerte sur le logement

Pour dénoncer les situations de trois familles sans papiers, bientôt expulsées de leur logement et d’une famille régularisée mais sans toit, le RESF a planté des tentes au centre-ville de Chalon.
«Sanoussy, 16 mois, né à Chalon. Mes parents viennent de Guinée Konakry. La préfecture n’a pas renouvelé la carte de séjour de mon père. Donc mon père a perdu son travail. Pas de travail = pas de logement. Où vais-je dormir ? »

« Christian, j’ai 5 mois. Micha, j’ai 2 ans. Maman est régularisée, pourtant, mon frère et moi attendons un toit depuis cinq mois. »

« Salima, j’ai 4 mois, je suis née à Chalon. Azamat, j’ai 4 ans, je viens d’Ingouchie. La France nous met dehors. Notre père a été torturé. Retourner en Ingouchie = danger de mort. Dans un mois, nous serons à la rue. »

« Luiza, j’ai 4 ans, je viens d’Arménie. Vatzgen, j’ai 6 mois, je suis né à Chalon. Notre père a été tabassé en Arménie. Nous devons quitter notre logement. » Pour symboliser ces situations, le Réseau éducation sans frontières (RESF), avait installé, hier, des tentes sur la place de Beaune à Chalon. « Des logements pour tous, avec ou sans papiers. » C’était le message que les membres du réseau souhaitaient faire passer, en prenant l’exemple des difficultés rencontrées par quatre familles à Chalon. Trois familles déboutées de leur demande de carte de séjour qui vont se retrouver à la rue. Une famille régularisée, mais sans solution pour se loger. L’initiative a été bien accueillie par certains passants : « Ce n’est pas digne d’une société démocratique de se comporter de la sorte » déplorait l’un d’entre eux, « avec ces méthodes, la France se taille une très mauvaise réputation à l’étranger. Qu’on traite les sans-papiers comme des criminels me scandalise. »

Mais d’autres avaient à cœur d’exprimer leur désaccord par rapport aux actions du RESF : « Qu’on s’occupe d’abord de la misère en France » protestait une passante en déployant moult arguments. S’en est suivi un échange verbal musclé avec Martine Courbon, ajointe au maire, présente sur les lieux : « En tant que vice-présidente du CCAS, je peux vous dire que la misère en France, on s’en occupe tous les jours. Ce n’est pas une raison pour être égoïste ! Si ces personnes sont ici, c’est qu’elles ne pouvaient pas vivre dans leur pays. »

Valérie Monin
Publié le 07/11/2010
Source : http://www.lejsl.com/fr/accueil/article/4098482,1293/Alerte-sur-le-logement.html

lundi 8 novembre 2010

Le défunt Hrant Dink : estime pour Atatürk, hostilité à l'instrumentalisation de la question arménienne

Quand l'"historien" arménien Gérard Chaliand critiquait les lourds préjugés racistes anti-turcs de sa communauté

Gérard Chaliand, 1915, le génocide des Arméniens, Bruxelles, Complexe, 2006, p. 191-192 :

"L'expérience montre que tout peuple doit d'abord compter sur ses propres forces. Trop souvent, l'absence d'une tradition étatique a mené les Arméniens à confondre, hier comme aujourd'hui, chez leurs alliés, calculs stratégiques et prise de position morale. C'est aussi ne pas reconnaître l'ampleur de la réussite de Mustapha Kémal parvenant aux forceps à donner naissance à la Turquie moderne. Ce n'est pas par hasard qu'il est surnommé père des Turcs : Atatürk. Le changement de rapport de forces sur le terrain : échec des Grecs, échec français dû à la lassitude de la Grande-Guerre, échec arménien, a amené à reconsidérer les réalités nouvelles en Anatolie à l'heure où la Russie bolchevique est perçue par l'Occident comme le danger majeur. On ne peut, par ailleurs, que souligner la sous-estimation par les Arméniens en général des élites ottomanes et turques et de leur longue tradition étatique, diplomatique et militaire."

dimanche 7 novembre 2010

Histoire des Arméniens : élimination de la minorité azérie au Karabagh

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002 :

"La question du Karabagh revint au-devant de la scène avec la mort de plusieurs officiels russes et azéris dans l'hélicoptère qui fut abattu le 20 novembre 1991 au-dessus de l'enclave. La délégation à son bord faisait partie d'une de ces missions de conciliation qui se succèdent depuis l'effondrement de l'Union. Encore rivaux à ce stade, Eltsine et Gorbatchev proposent chacun leur médiation dans le litige. La présence militaire russe au Karabagh est d'ailleurs de plus en plus intenable : les cantonnements sont régulièrement attaqués par des miliciens arméniens qui s'emparent de l'armement. En 1990, douze soldats russes sont tués, ils sont quatorze dans les quatre premiers mois de 1991. Leur impuissance est patente. Les quantités d'armement s'accumulent, enrichies de celles acheminées par les filières clandestines du parti Dashnak.

Le 24, le commandement des troupes russes annonce leur prochaine évacuation du territoire. Le lendemain, plusieurs centaines de combattants arméniens s'emparent d'armes et de véhicules de l'armée russe, sans qu'on sache bien si elles ont été prises ou données... ou vendues. En ce début de l'année 1992, le rapport de forces est favorable aux séparatistes arméniens motivés, bien encadrés et armés tandis que la partie azérie reste paralysée par une étonnante désorganisation chronique. Attendant une solution de Moscou qui ne viendra plus, Moutalibov et les communistes de Bakou seront plus tard jugés coupables de défaillance dans la création d'une armée nationale. Ecartés traditionnellement des unités combattantes de l'Armée rouge, les Azéris, à l'inverse des Arméniens, disposaient de peu de soldats et d'officiers formés au combat. Des petites unités presque spontanées, mal équipées ou mal dirigées, opéraient sans réelle coordination. Craignant même que certains de ces groupes ne deviennent des outils de politique intérieure et ne menacent son pouvoir, Moutalibov exigea leur dissolution au cœur de l'incendie, tandis que quatre ministres de la Défense se succédaient en cinq mois. Dès lors, Bakou opposa une bien mince résistance au mouvement de liquidation générale de la présence azérie au Karabagh engagée dès le début de l'année 1992, dont les étapes les plus emblématiques furent les villes de Khodjalou [Khodjaly] à l'est et Shousha à l'ouest. (...)

Le 23 février commença l'offensive arménienne contre la ville de Khodjalou, située entre Stepanakert et Aghdam, qui abrite le seul aéroport de l'enclave. Appuyées par le 366e régiment motorisé de l'armée russe qui stationnait toujours dans la région, dont la majorité des officiers étaient d'origine arménienne, les milices de Stepanakert se lancèrent à l'assaut de ce gros bourg (6 000 habitants), seconde ville à population azérie, au sein de laquelle quelques centaines de réfugiés meshkhèts chassés d'Ouzbékistan deux ans plus tôt. La partie arménienne du Karabagh les prit même comme exemple d'une immigration encouragée par Bakou, destinée à terme à inverser les rapports démographiques dans l'enclave et remettre en question son statut d'exception.

La chute de la ville eut lieu le 26. La faiblesse de sa défense, surprenante pour un site aussi stratégique que celui d'un aéroport en période de blocus, conduisit certains à Bakou à y voir le résultat de luttes intestines. Investie par l'assaillant, la ville fut le lieu d'une indescriptible boucherie au cours de laquelle la population civile fut passée au fil de l'épée. Plusieurs centaines de corps, dont certains sauvagement mutilés, de femmes, d'enfants et de vieillards furent laissés sans vie sur les lieux. Ce véritable crime de guerre provoqua un tel émoi que le gouvernement d'Ayaz Moutalibov ne survécut pas politiquement à cette crise. Ce crime gratuit est souvent interprété comme un avertissement envoyé à ceux qui rechignaient à intégrer la CEI, comme venait de le faire Bakou en confirmant son refus d'une union militaire régionale lors du sommet de Minsk du 14 février. Une réunion extraordinaire du Parlement et une manifestation houleuse à ses abords eurent l'effet inverse, en poussant le président à la démission le 7 mars. Ainsi, pendant que les combats continuaient s'ouvrait à Bakou une période d'instabilité intérieure qui eut des conséquences funestes sur le cours de la guerre. Le pouvoir fut remis temporairement à Yacoub Mammedov, directeur de la faculté de médecine, élu jusqu'aux prochaines élections présidentielles.

Shousha tomba le 9 mai au terme d'une série d'assauts infructueux depuis le mois de janvier ; de ses hauteurs, l'artillerie azérie harcelait Stepanakert, en contrebas, en faisant une ville-martyre assiégée. Citadelle azérie au Karabagh, elle tomba presque sans combats, poussant 25 000 Azéris à l'exode. Le jour même de la prise de la ville, les présidents d'Azerbaïdjan et d'Arménie, sans représentants du Karabagh, se trouvaient à Téhéran pour négocier une trêve sous les auspices du gouvernement iranien. L'assaut eut lieu à ce moment précis avec l'aval et le soutien de la Russie. Les ingérences diplomatiques étrangères n'étaient pas les bienvenues dans les affaires du Caucase... A cet égard, le massacre de Khodjalou eut lieu le jour même où le ministre des Affaires étrangères iranien, Velayati, était en visite officielle au Karabagh. Deux jours après la chute de Shousha, les forces arméniennes s'emparaient de la ville de Latchine le 11 mai, hors des limites de la région autonome, et établissaient un corridor terrestre reliant le Karabagh à l'Arménie. Environ 50 000 Azéris de la région furent chassés de leur domicile et prirent à leur tour le chemin de l'exil." (p. 341-344)

"Sur le front du Karabagh, les choses tournèrent à la catastrophe. On se souvient qu'Eltchibey voulut inaugurer sa présidence par des succès militaires en lançant une offensive générale à la mi-juin 1992 ; il ne parvint à restaurer la souveraineté azérie que sur le tiers nord de l'enclave. Ses hommes piétinaient à Latchine et à Khodjavend (Martouni). Le Karabagh avait été vidé de sa minorité azérie et les forces arméniennes occupaient le corridor de Latchine, un territoire de peuplement azéri hors du Karabagh. Une contre-attaque arménienne dans le nord, dès août 1992, repoussée avec peine, révéla la faiblesse de son dispositif militaire. On soupçonna le commandement de ladite région d'une manœuvre politique à son encontre. L'affaire s'envenima. Le responsable militaire de la zone fut révoqué et le ministre de la Défense, Rahim Gaziev, limogé en février 1993. La discorde et la désorganisation s'amplifiaient. Les forces arméniennes profitèrent de la situation pour reconquérir la partie nord du Karabagh perdue l'été précédent, bloquant le soutien logistique azéri à la région de Kelbadjar. Le 2 avril 1993, la poche de Kelbadjar, encerclée par les troupes ennemies et coincée par de hautes montagnes, fut investie par les forces arméniennes. Sous l'assaut, les populations civiles se lancèrent dans une fuite éperdue vers les montagnes enneigées. La guerre était dès lors clairement portée bien au-delà des limites de la région autonome et devenait une cruelle guerre de conquête sur des zones dépourvues de populations arméniennes mais que, par contre, on dépeuplait méthodiquement de sa population azérie. Les villes et les villages furent pillés et brûlés." (p. 348-349)

Récente épuration ethnique des Azéris par les Arméniens

"Depuis 1998, l’expulsion massive des Azéris de la région autonome du Haut-Karabakh et de l’Arménie s’est traduite par une véritable épuration ethnique de toute la population non arménienne."

Source : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/Haut-Karabagh.htm

mercredi 3 novembre 2010

France : 2.300 demandeurs d'asile arméniens en 2009

De plus en plus de demandeurs d'asile AFP
03/04/2010 | Mise à jour : 15:39
L'Office français des réfugiés et apatrides (Ofpra) devrait annoncer cette semaine une forte augmentation du nombre de demandeurs d'asile en France en 2009, avec 47.000 demandes déposées contre près de 42.600 l'année précédente, a rapporté aujourd'hui le JDD.

Le Journal du dimanche précise que les Kosovars ont été les plus nombreux à demander l'asile en France en 2009 (3.453) suivis par les Arméniens (2.300). Le JDD ne mentionne en revanche ni le taux d'acceptation des demandes, qui a été en 2008 de 36%, ni le nombre de déboutés (21.525 personnes en 2008).

La France est redevenue le premier pays destinataire de demandeurs d'asile en Europe en 2008 et était la même année la troisième destination mondiale pour la demande d'asile, derrière les Etats-Unis et le Canada.

La tutelle de l'Ofpra est passée depuis novembre 2007 du ministère des Affaires étrangères à celui de l'Immigration.
Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/04/03/97001-20100403FILWWW00441-nombre-de-demandeurs-d-asile-en-hausse.php

mardi 2 novembre 2010

Missak Manouchian : patriote français ou terroriste stalinien sans envergure ?

Roland Gaucher, Histoire secrète du Parti communiste français : 1920-1974, Paris, Albin Michel, 1974, p. 398 :

"Arrêté au début de la guerre, il est emprisonné à Fresnes. Relâché, c'est seulement à la fin de 1942, semble-t-il, qu'il entre dans les rangs des FTP où il tient rapidement une place importante."

Antoine Porcu, Héroïques : ils étaient communistes, Lille, Le Geai Bleu, 2004, p. 79 :

"De 1934 à 1939, Manouchian mène son activité en direction de la main-d'œuvre immigrée, tout particulièrement de la diaspora arménienne. La guerre venue, il est aussitôt interné parce qu'il est « étranger », et affecté dans une usine à Rouen. Il revient à Paris après la défaite, retrouve la communauté arménienne et reprend le contact avec le Parti communiste."

Jean Sauvageon, allocution à Romans, 27 février 2010 :

"En 1939, il n’est pas mobilisé puisque étranger mais affecté dans une usine de la région de Rouen. Après l’armistice de juin 1940, il revient à Paris où il reprend ses activités militantes, devenues clandestines puisque le parti communiste est interdit. Il est arrêté une première fois le 22 juin 1941. Interné au camp de Compiègne, il est libéré au bout de quelques semaines, aucune charge n’étant retenu contre lui."

Source : http://lefilrougeromanais.over-blog.com/article-commemoration-missak-manouchian-45792434.html

Anahide Ter Minassian, "La diaspora arménienne", Hérodote, n° 53, 2e trimestre 1989, p. 147 :

"Pour lui, lutter contre les Allemands signifie lutter contre le fascisme et défendre « sa patrie », l'Arménie soviétique, confondue avec l'URSS, la « patrie de la classe ouvrière »."

Stéphane Courtois, cité par Lefigaro.fr, 16 septembre 2009 :

"c'est un héros parce qu'il était courageux, mais un héros malheureux qui n'avait pas la compétence pour être un chef militaire. Il était un intellectuel et un poète."

"Il s'agissait de jeunes de 18 ou 19 ans [le groupe Manouchian] qui allaient au cinéma, à la piscine, sans se soucier des règles de sécurité. Ils étaient des amateurs qui avaient en face d'eux une police française parfaitement professionnelle, spécialisée dans les filatures. Ils ont ainsi été suivis pendant des mois."

Source : http://www.lefigaro.fr/cinema/2009/09/16/03002-20090916ARTFIG00398-stephane-courtois-manouchian-fut-une-erreur-de-casting-.php

Sylvain Boulouque et Stéphane Courtois, ""L'armée du crime" de Robert Guédiguian, ou la légende au mépris de l'histoire", Le Monde, 15 novembre 2009 :

"La vérité historique établit que le fondateur et le chef des FTP-MOI parisiens depuis avril 1942 était le vieux communiste roumain Boris Holban (en réalité Bruhman), qui avait été démis de ses fonctions par Rol-Tanguy en juillet 1943, précisément parce qu'il refusait d'appliquer des directives qui, pour les besoins du communiqué de la direction du PCF, risquaient d'envoyer les combattants à la catastrophe. C'est Manouchian qui a remplacé Holban d'août à novembre 1943 et appliqué les directives sans discuter. Et c'est lui qui, filé durant des semaines, a mené les policiers à son chef, Joseph Epstein.

Enfin, dans la scène de l'arrestation, le cinéaste montre un Manouchian désarmé et un Epstein le revolver à la main. Or les rapports de police sont formels : Manouchian était armé d'un 6.35, une balle engagée dans le canon, et ne s'est pas défendu ; Epstein, non armé, a tout fait pour échapper aux policiers, sans y parvenir.

Tout ceci a été exposé il y a déjà vingt ans, en détail et sur la base des archives des FTP-MOI et de la justice, par des historiens (Le Sang de l'étranger, Fayard, 1994) et par Boris Holban (Testament, Calmann-Lévy, 1989). A force de vouloir, pour des raisons idéologiques et communautaristes, construire une légende et donner force à un mythe, Robert Guédiguian n'a pas rendu hommage à la mémoire de ces résistants en méprisant aussi ouvertement leur propre histoire."

Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, Paris, Pygmalion, 1995, p. 237 :

"Longtemps, les écrits consacrés à la Résistance ont porté au crédit du « groupe Manouchian » (FTP-MOI) l'exécution à la grenade du général Schaumburg, commandant du Gross Paris, le 28 juillet 1943. Or, dans Le Monde du 27 février 1965, M. Pierre Bourget, auteur d'une Histoire secrète de l'occupation de Paris, a démontré que le général Schaumburg ne se trouvait pas à Paris en juillet 1943. D'autre part, quand bien même l'eût-il été, il serait sorti indemne de l'attentat, car la grenade lancée par Rayman explosa après le passage du véhicule où se trouvait l'aide de camp du général, interrogé en chair et en os par M. Bourget... !"

Charles de Gaulle, message radiodiffusé du 23 octobre 1941 :

"(...) actuellement, la consigne que je donne pour le territoire occupé, c'est de ne pas y tuer ouvertement d'Allemands. Cela, pour une seule mais très bonne raison, c'est qu'il est, en ce moment, trop facile à l'ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l'attaque, vous recevrez les ordres voulus."

Henri Amouroux, "Affaire Manouchian : j'ai vu le film, voici ce que j'en pense", Le Figaro Magazine, 29 juin 1985, p. 84 :

"Opposé aux consignes de De Gaulle qui après les premiers attentats de l'automne de 1941 et les premières exécutions d'otages, a demandé que l'on ne tue pas encore d'Allemands, le parti a, en effet, depuis longtemps enclenché le cycle attentats-représailles-attentats. Pour soulager quelque peu l'armée soviétique en retenant en France un certain nombre d'unités allemandes ; pour faire régner un climat d'insécurité chez les « collaborateurs » et aussi, car il ne faut pas être dupe, pour prendre des options politiques sur l'avenir."

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 31 :

"L'Arménien, de surcroît dachnak, glisse facilement dans le terrorisme."