mardi 2 novembre 2010

Missak Manouchian : patriote français ou terroriste stalinien sans envergure ?

Roland Gaucher, Histoire secrète du Parti communiste français : 1920-1974, Paris, Albin Michel, 1974, p. 398 :

"Arrêté au début de la guerre, il est emprisonné à Fresnes. Relâché, c'est seulement à la fin de 1942, semble-t-il, qu'il entre dans les rangs des FTP où il tient rapidement une place importante."

Antoine Porcu, Héroïques : ils étaient communistes, Lille, Le Geai Bleu, 2004, p. 79 :

"De 1934 à 1939, Manouchian mène son activité en direction de la main-d'œuvre immigrée, tout particulièrement de la diaspora arménienne. La guerre venue, il est aussitôt interné parce qu'il est « étranger », et affecté dans une usine à Rouen. Il revient à Paris après la défaite, retrouve la communauté arménienne et reprend le contact avec le Parti communiste."

Jean Sauvageon, allocution à Romans, 27 février 2010 :

"En 1939, il n’est pas mobilisé puisque étranger mais affecté dans une usine de la région de Rouen. Après l’armistice de juin 1940, il revient à Paris où il reprend ses activités militantes, devenues clandestines puisque le parti communiste est interdit. Il est arrêté une première fois le 22 juin 1941. Interné au camp de Compiègne, il est libéré au bout de quelques semaines, aucune charge n’étant retenu contre lui."

Source : http://lefilrougeromanais.over-blog.com/article-commemoration-missak-manouchian-45792434.html

Anahide Ter Minassian, "La diaspora arménienne", Hérodote, n° 53, 2e trimestre 1989, p. 147 :

"Pour lui, lutter contre les Allemands signifie lutter contre le fascisme et défendre « sa patrie », l'Arménie soviétique, confondue avec l'URSS, la « patrie de la classe ouvrière »."

Stéphane Courtois, cité par Lefigaro.fr, 16 septembre 2009 :

"c'est un héros parce qu'il était courageux, mais un héros malheureux qui n'avait pas la compétence pour être un chef militaire. Il était un intellectuel et un poète."

"Il s'agissait de jeunes de 18 ou 19 ans [le groupe Manouchian] qui allaient au cinéma, à la piscine, sans se soucier des règles de sécurité. Ils étaient des amateurs qui avaient en face d'eux une police française parfaitement professionnelle, spécialisée dans les filatures. Ils ont ainsi été suivis pendant des mois."

Source : http://www.lefigaro.fr/cinema/2009/09/16/03002-20090916ARTFIG00398-stephane-courtois-manouchian-fut-une-erreur-de-casting-.php

Sylvain Boulouque et Stéphane Courtois, ""L'armée du crime" de Robert Guédiguian, ou la légende au mépris de l'histoire", Le Monde, 15 novembre 2009 :

"La vérité historique établit que le fondateur et le chef des FTP-MOI parisiens depuis avril 1942 était le vieux communiste roumain Boris Holban (en réalité Bruhman), qui avait été démis de ses fonctions par Rol-Tanguy en juillet 1943, précisément parce qu'il refusait d'appliquer des directives qui, pour les besoins du communiqué de la direction du PCF, risquaient d'envoyer les combattants à la catastrophe. C'est Manouchian qui a remplacé Holban d'août à novembre 1943 et appliqué les directives sans discuter. Et c'est lui qui, filé durant des semaines, a mené les policiers à son chef, Joseph Epstein.

Enfin, dans la scène de l'arrestation, le cinéaste montre un Manouchian désarmé et un Epstein le revolver à la main. Or les rapports de police sont formels : Manouchian était armé d'un 6.35, une balle engagée dans le canon, et ne s'est pas défendu ; Epstein, non armé, a tout fait pour échapper aux policiers, sans y parvenir.

Tout ceci a été exposé il y a déjà vingt ans, en détail et sur la base des archives des FTP-MOI et de la justice, par des historiens (Le Sang de l'étranger, Fayard, 1994) et par Boris Holban (Testament, Calmann-Lévy, 1989). A force de vouloir, pour des raisons idéologiques et communautaristes, construire une légende et donner force à un mythe, Robert Guédiguian n'a pas rendu hommage à la mémoire de ces résistants en méprisant aussi ouvertement leur propre histoire."

Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, Paris, Pygmalion, 1995, p. 237 :

"Longtemps, les écrits consacrés à la Résistance ont porté au crédit du « groupe Manouchian » (FTP-MOI) l'exécution à la grenade du général Schaumburg, commandant du Gross Paris, le 28 juillet 1943. Or, dans Le Monde du 27 février 1965, M. Pierre Bourget, auteur d'une Histoire secrète de l'occupation de Paris, a démontré que le général Schaumburg ne se trouvait pas à Paris en juillet 1943. D'autre part, quand bien même l'eût-il été, il serait sorti indemne de l'attentat, car la grenade lancée par Rayman explosa après le passage du véhicule où se trouvait l'aide de camp du général, interrogé en chair et en os par M. Bourget... !"

Charles de Gaulle, message radiodiffusé du 23 octobre 1941 :

"(...) actuellement, la consigne que je donne pour le territoire occupé, c'est de ne pas y tuer ouvertement d'Allemands. Cela, pour une seule mais très bonne raison, c'est qu'il est, en ce moment, trop facile à l'ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l'attaque, vous recevrez les ordres voulus."

Henri Amouroux, "Affaire Manouchian : j'ai vu le film, voici ce que j'en pense", Le Figaro Magazine, 29 juin 1985, p. 84 :

"Opposé aux consignes de De Gaulle qui après les premiers attentats de l'automne de 1941 et les premières exécutions d'otages, a demandé que l'on ne tue pas encore d'Allemands, le parti a, en effet, depuis longtemps enclenché le cycle attentats-représailles-attentats. Pour soulager quelque peu l'armée soviétique en retenant en France un certain nombre d'unités allemandes ; pour faire régner un climat d'insécurité chez les « collaborateurs » et aussi, car il ne faut pas être dupe, pour prendre des options politiques sur l'avenir."

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 31 :

"L'Arménien, de surcroît dachnak, glisse facilement dans le terrorisme."