samedi 1 janvier 2011

Auvergne : une famille d'exilés arméniens n'est pas reconduite en Arménie

CLERMONT-FERRAND

mardi 28 décembre 2010 - 12:05
L'Auvergne, terre d'exilés

84,33% de hausse en trois ans, contre 26,51 % au niveau national. L'Auvergne est fortement touchée par l'afflux des demandeurs d'asile. Avec, à la clé, de vrais drames humains.

Ils s'appellent Pierre, Jacques et Paul (*) et sont arrivés à Clermont-Ferrand, au milieu de l'été, en provenance du Congo où ils militaient contre le régime de Joseph Kabila.

Elle était journaliste d'investigation en Mongolie. A la suite d'agressions, elle a débarqué en France en janvier 2009. Aujourd'hui, elle dort dans un bureau, en attendant mieux.

Ils s'appellent Rafayel, Nune et Harutyun, ont fui l'Arménie où le père, Rafayel, avait été placé en détention de manière arbitraire pour une sombre affaire de drogue. En novembre, cet ancien élu de l'opposition a vu sa demande d'extradition vers Erevan refusée. Depuis, la petite famille vit à trois, « dans une chambre de six mètres carrés » et risque de retrouver à la rue dans trois jours.

Tous les sept appartiennent à la vague de demandeurs d'asile qui a déferlé sur l'Auvergne depuis 2006. Les chiffres sont impressionnants : + 84 %, alors que l'augmentation au niveau national sur la même période s'établit autour de 26 %. Après une baisse en 2004-2005, on a retrouvé un niveau comparable à celui du début des années 2000, époque de l'immigration tchétchène massive.

Si les demandeurs d'asile sont désormais plutôt Kosovars, Mongols, Arméniens ou Congolais, la tendance reste la même : l'Auvergne est pour eux une terre d'accueil. Pour certains travailleurs sociaux, « il existe un effet d'appel, comparable à celui de l'immigration économique : quand les gens sont bien reçus à un endroit, ils en parlent ».

Problème, aujourd'hui cette hospitalité a du plomb dans l'aile. Avec la régionalisation de la demande d'asile et la mise en place du DNA (dispositif national d'asile) en 2008, « la tâche est de plus en plus compliquée, souligne Emmanuel Bouhier, président de la Cimade 63. On a l'impression que tout est fait pour que ça se passe mal ». Ces difficultés, les histoires de Pierre, Jacques, Altantuya ou Rafayel viennent les confirmer. Aucun d'eux n'a, pour l'instant, obtenu le droit d'asile. Pourtant, les taux d'acceptation de dossiers restent stables : autour de 15 % devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra), 25 % en appel devant la commission nationale du droit d'asile (CNDA).

Mais, derrière le rose des chiffres, qui placent la France au deuxième rang mondial des terres d'asile, c'est bien la noirceur de la situation qui saute aux yeux des associations de défense des droits de l'homme. « On se demande même comment on fait pour être deuxième, s'interroge Marie-Luce Pouchard, de la LDH. On a l'impression du plus total arbitraire ». « Certains bons dossiers ne passent pas, d'autres qui le sont moins sont acceptés, ajoute Emmanuel Bouhier. C'est incompréhensible ».

De cette situation naît une incertitude, qui plonge les demandeurs au c?ur de véritables drames humains. Peu de ressources, pas de logement, problèmes de santé et ce doute qui grandit sans cesse. « S'ils le pouvaient, je crois qu'ils repartiraient chez eux », avance Marie-Luce Pouchard. « Je ne m'attendais pas à ça, confirme Pierre, exilé du Congo éprouvé par la faim. C'est comme si j'étais toujours en prison ».

(*) Prénoms modifiés.
Illustration : dessin d'un enfant du centre d'accueil de demandeurs d'asile de Bussières-et-Pruns (Puy-de-Dôme) => lire notre reportage

Sébastien Dubois
Source : http://www.lamontagne.fr/editions_locales/clermont_ferrand/l_auvergne_terre_d_exiles@CARGNjFdJSsBFB0ABxo-.html