jeudi 6 janvier 2011

Cemal Paşa (Djemal Pacha), figure majeure de l'arménophilie turque

Cemal Paşa, Hatıralar, Istanbul, Çağdaş Yayınları, 1977, p. 404 :

"Nous préférons davantage les Arméniens, et les révolutionnaires arméniens en particulier, aux Grecs et aux Bulgares. Parce qu'ils sont un élément plus brave et héroïque. Ils ignorent l'hypocrisie. Fidèles à leurs amitiés, fidèles à leurs inimitiés. Surtout, nous avons la conviction que la politique de la Russie est la cause principale de l'hostilité entre les éléments arménien et turc."

Guenter Lewy, The Armenian massacres in Ottoman Turkey : a disputed genocide, Salt Lake City, University of Utah Press, 2005, p. 112-113 :

"En ce qui concerne Djemal Pacha, commandant de la Quatrième armée turque en Syrie et en Palestine et un autre haut dirigeant du CUP, il y a des preuves fiables qu'il a pris des mesures pour prévenir la violence contre les Arméniens et punissait effectivement les transgresseurs. Le consul allemand à Alep, Walter Rossler, rapportait le 1er avril 1915, qu'un décret pris par Djemal Pacha le 29 mars avait interdit aux particuliers de s'ingérer dans les affaires gouvernementales. Tous les musulmans qui attaqueraient un Arménien feraient face à une cour martiale. Plus tard, au cours de cette année, Djemal Pacha prouva qu'il avait l'intention de faire respecter cet ordre. Deux officiers turcs, Cerkez Ahmed et Galatali Halil, furent impliqués dans des atrocités contre des déportés arméniens dans le vilayet de Diarbékir et furent tenus responsables de l'assassinat de deux Arméniens membres du parlement (Krikor Zohrab et Seringulian Vartkes). A la demande de Djemal, ils furent arrêtés au moment où ils entrèrent dans le territoire sous sa juridiction, jugés par une cour martiale à Damas, et condamnés à être pendus.

Il y a d'autres exemples des efforts de Djemal Pacha pour punir les responsables d'atrocités contre les Arméniens. Après que le camp de transit à Islahia (au nord d'Alep) eut été le théâtre d'attaques répétées par les Kurdes et que des femmes et des enfants eurent été tués, Djemal ordonna des mesures sévères contre les coupables ; plusieurs Kurdes attrapés furent pendus. Le 15 février 1916, le consul d'Autriche à Damas, Karl Ranzi, indiqua que grâce à l'intervention de Djemal Pacha un officier de la gendarmerie fut exécuté pour des infractions graves contre l'honneur et les biens des réfugiés arméniens là-bas. Même Dadrian, qui ne fait généralement pas l'éloge des dirigeants du CUP, admet que Djemal Pacha fut l'un des quelques leaders ittihadistes qui "refusaient d'embrasser l'agenda génocidaire secret des hauts dirigeants du parti et quand ils le pouvaient essayaient de résister et de décourager les massacres en découlant". L'autre personne créditée par Dadrian pour un tel rôle est le commandant de la Troisième armée turque, le général Vehib Pacha, qui, en février 1916 a, dit-on, traduit en cour martiale et pendu le commandant d'une unité de gendarmerie et son complice responsables du massacre de deux mille Arméniens dans un bataillon de travail."

Fuat Dündar, Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question (1878-1918), New Brunswick, Transaction Publishers, 2010, p. 114 :

"Le vrai danger, cependant, consistait dans la majorité arabe dans la région [la Syrie]. C'est dans cette équation ethno-religieuse, une fois que la question de Zeytun et de Dörtyol avait été réglée, que les Arméniens ne constituaient pas un grave problème démographique pour la zone Sud. Parlant de sa stratégie, Cemal Pacha notait : "Les masses nuisibles d'Arméniens en Anatolie se sont transformées en bagatelles inoffensives à Suriye [Syrie]". C'est assez vrai, Haleb [Alep] était un point de passage reliant Istanbul aux pays arabes, et une province où le plus gros problème était sa population arabe et le nationalisme arabe. Les Arméniens qui avaient été déportés d'Anatolie étaient une population utile du point de vue de Cemal Pacha en raison de la majorité démographique arabe dans cette région. En plus de cela, les aptitudes des Arméniens comme artisans et commerçants auraient servi à réduire l'influence économique des Arabes dans la région. Comme Kamuran Gürün l'a également affirmé, Cemal Pacha devait souhaiter "que les Arméniens déportés lui soient remis afin qu'il puisse les installer dans les parties intérieures de Suriye, acquérant ainsi une garantie contre l'extrémisme nationaliste arabe"."