lundi 3 janvier 2011

Clermont-Ferrand : une famille de réfugiés politiques arméniens risque de se retrouver à la rue



CLERMONT-FERRAND
Réfugiés
lundi 3 janvier 2011 - 06:30
Une famille arménienne, en attente d'asile à Clermont-Ferrand

Rafayel, réfugié arménien, est toujours en attente de l'asile. Même si la demande d'extradition vers Erevan a été rejetée par la France, sa demande tarde à aboutir. Lui et sa famille pourraient se retrouver à la rue d'ici peu.

La rencontre remonte à quelques semaines, dans un bar clermontois. Dans un coin, une famille, tirée à quatre épingles, lui en costume-cravate, elle vêtue d’un épais manteau.

Le fils, Harutyun, blouson de cuir sur le dos, est le seul à parler français. « Un peu, dit-il. Je suis en CAP ». Avec ses parents Rafayel et Nune, il est demandeur d’asile. En France. En 2010.

Si l’on en croit les associations, la réforme du droit d’asile, menée en 2008, ne facilite pas vraiment l’intégration, surtout quand la France comme l’Auvergne font face à un afflux massif de demandeurs. + 84 % en trois ans, sur la région, par exemple (voir notre édition du 28 décembre).

Nombre d’entre eux sont basés à Clermont, où les dossiers sont désormais enregistrés.

Conséquence : peu ou pas de places disponibles dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), et l’embouteillage qui guette, face à la vague de déracinés.

En bout de course, les demandeurs se retrouvent rejetés vers le SAMU social, déjà surchargé. Exactement comme toute la petite famille, qui selon son avocat Laurent Rauzier, « est censée dépendre du 115, à partir du 31 décembre (vendredi dernier, N.D.L.R.) ».

Un coup du sort, auquel ni Harutyun, ni ses parents Rafayel et Nune, n’étaient préparés.

Dans leurs pays, ils font plutôt partie des notables, Rafayel, étant chef d’entreprise et élu national d’opposition, depuis 2004.

D’après ce dernier, ce statut constitue même le déclencheur du drame qui est en train de se nouer.

Depuis 2008, Rafayel est poursuivi dans osn pays pour trafic de drogue. « 8,45 grammes d’opium, explique son avocat. Vous voyez, c’est un grand trafiquant ».

Mais en Arménie, la quantité suffit pour le placer en détention, lui, un opposant assidu au régime en place.


« C’est une machination pour pouvoir me persécuter », dit-il. Il ne serait pas non plus le seul dans ce cas, la présidence de Serge Sargsian étant soumise à caution.

La preuve, en juillet dernier, le Conseil d’État a retiré le pays de la liste des « pays sûrs », ce qui a joué en faveur de Rafayel, qui a vu la demande d’extradition de son pays natal, rejetée par la France, en novembre.

« La seule chose, c’est que nous ne voulons pas vivre à la rue »

Autre conséquence de ce déclassement, la procédure de demande d’asile de la famille, n’est plus classée comme prioritaire, ce qui contrairement aux a priori, est plutôt une bonne chose : la procédure « normale » en cours empêche toute expulsion.

Au niveau humain, par contre, les problèmes sont loin d’être réglés. Jusqu’à la fin décembre, Rafayel, Nune et Hurutyun vivaient « à trois, dans une chambre de 6 m2 », et avec 300 euros par mois, pour toutes ressources.

Pour l’instant, la demande d’asile a été rejetée en première instance par l’Office Français pour les Réfugiés et les Apatrides (OFPRA). Comme près de neuf fois sur dix.

Un appel est en cours devant la Commission nationale du Droit d’Asile (CNDA), mais il faudra attendre « au moins un an », explique Laurent Rauzier.

« D’ici là, poursuit le juriste, même si on a gagné au plan pénal, ils n’ont pas véritablement de statut ».

Malgré tout, reconnaissent Nune et Rafayel, « la France nous a apporté la paix et la tranquillité. Notre fils, qui ne voulait pas aller à l’école à Erevan, y retourne aujourd’hui avec plaisir. La seule chose, c’est que nous ne voulons pas vivre à la rue ».



Sébastien Dubois
Source : http://www.lamontagne.fr/editions_locales/clermont_ferrand/une_famille_armenienne_en_attente_d_asile_a_clermont_ferrand@CARGNjFdJSsBFBIDBB8-.html

Cas déjà mentionné ici.