mardi 25 janvier 2011

Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Bernard Lewis, The Emergence of Modern Turkey, Londres-Oxford-New York, Oxford University Press, 1968, p. 217 :

"Le dimanche suivant l'entrée des libérateurs [l'"Armée d'Action" formée par les officiers jeunes-turcs pour mater la mutinerie réactionnaire de 1909] dans Istanbul, une cinquantaine d'hommes qui étaient tombés dans les combats furent solennellement enterrés, avec une cérémonie publique, dans une fosse commune. Dans un discours prononcé au-dessus de la tombe, Enver Bey "soulignait... que les musulmans et les chrétiens étaient couchés côte à côte en signe qu'ils sont désormais, vivants ou morts, des compatriotes qui ne connaissent pas de distinction de race ou de croyance"."

Enver Paşa, rapport n° 671 du 12 janvier 1914, cité par Odile Moreau dans L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007, p. 50 :

"Je suis d'avis que les non-musulmans doivent comme les musulmans le service militaire. On les incorporera en nombre tel que leur effectif ne dépasse jamais le 10ème de l'effectif total de l'unité. Je sais par l'expérience de la dernière guerre qu'ils peuvent faire d'excellents soldats et j'ai vu des Ottomans de race bulgare se battre vaillamment contre leurs frères de race. Ceux qui ne seront pas incorporés pour faire leur service normal paieront la taxe d'exonération mais le taux de celle-ci ne sera pas le même pour tout le monde. Chacun paiera proportionnellement à sa fortune. Ceux que leur mauvaise constitution fera dispenser du service militaire paieront aussi. La taxe ne dispensera pas de tout service, car tout le monde doit passer sous les drapeaux pour être en mesure en temps de guerre de participer à la défense du pays."

Odile Moreau, ibid., p. 305 :

"Autre mesure disciplinaire, il [Enver] interdit aux officiers de s'attabler dans les cabarets [en 1914]. En effet, la fréquentation de ces endroits et l'absorption de boissons alcoolisées nuisait, selon lui, au prestige militaire et était contraire à la religion. La transgression de cet interdit entraînerait immédiatement la mise à la retraite ou en disponibilité des coupables. Enver publia un autre ordre relatif à la religion, dans lequel il disait qu'une armée sans foi ni religion ne réussissait jamais. La foi serait la force morale qui assurerait la discipline dans l'armée et raffermirait l'union nationale. Il recommandait aux supérieurs qu'ils veillent à ce que les soldats musulmans et non-musulmans [lesquels étaient alors en grande partie arméniens, étant donné la perte de la Macédoine ottomane en 1913] suivent les prescriptions religieuses."

Geoffrey Lewis, "An Ottoman officer in Palestine, 1914-1918", in David Kushner (dir.), Palestine in the late Ottoman Period. Political, Social and Economic Transformation, Leyde, Brill, 1986, p. 407 :

"Il [Falih Rıfkı Atay] consacre un chapitre [de ses mémoires] à une visite qu'il a effectuée à Médine [probablement en 1915] en compagnie de Cemal et Enver Pachas, une poignée d'officiers d'état-major, quelques Mevlevis dans leur grands chapeaux et un serveur arménien. L'Arménien est allé avec eux dans le train d'Amman jusqu'à Mada'in Salih. Là, il a dû quitter le train, les chrétiens n'étant pas autorisés à Médine."

Fuat Dündar, Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question (1878-1918), New Brunswick, Transaction Publishers, 2010, p. 105-106 :

"La deuxième catégorie [la première étant les artisans et marchands] de familles [arméniennes] à être exemptées de la déportation furent les familles de soldats. C'étaient les soldats arméniens dont les armes avaient été confisquées en août 1914 [en fait février 1915], qui travaillaient dans des emplois nécessitant de la maîtrise technique et des compétences spécialisées au sein de "bataillons de travail". Dans un ordre du 16 août 1915, envoyé aux commandants des première, troisième et cinquième armées, Enver Pacha demanda que les familles de soldats exemptées de la déportation soient envoyées dans les villages avoisinants si il y avait plus de cinq familles arméniennes dans leur propre village, de sorte que le nombre de familles arméniennes ne dépasserait jamais la proportion de 5 % dans un seul village. Il était indiqué que ces cinq familles avaient été décidées selon la proportion de 5 %, et que si il y avait 20 familles dans un village, pas plus d'une famille arménienne ne pourrait être autorisée à y rester. En ce qui concerne les endroits où il y avait plus de 100 ménages, il ne pouvait pas y avoir plus de cinq familles arméniennes. Une liste de toutes les familles de soldats a dû être préparée et présentée aux autorités locales."

En ce qui concerne Cemal Paşa : Cemal Paşa (Djemal Pacha), figure majeure de l'arménophilie turque