vendredi 21 janvier 2011

Gor Abrahamyan et sa famille seront-ils renvoyés en Arménie, pays non-sûr ?




Expulsion: le bout du tunnel pour Gor, petit espoir venu d’Arménie?
Publié le jeudi 20 janvier 2011 à 08H14

Cheveux noirs et mâchoire carrée, Gor Abrahamyan n’a pas dix-huit ans et déjà une « carrure à la David Douillet ». Sur le banc du tribunal administratif de Nice, ce colosse d’origine arménienne courbe l’échine face au président qui statuait hier sur son sort et celui de toute sa famille. Car Gor, son frère, sa petite sœur et ses parents installés à Grasse depuis 2008, après avoir fui la répression policière arménienne, ne sont plus les bienvenus dans ce pays. Pourtant Gor n’aspire aujourd’hui qu’à une chose : porter haut les couleurs de la France.

La « sympathie » du tribunal

Ce jeune homme partage en effet bien plus que son allure de géant avec David Douillet. Gor est lui aussi un sportif de haut niveau. Il vient de décrocher le titre de champion de France de lutte, dans la catégorie cadet, et ses entraîneurs dijonnais le voient déjà « aux JO de 2016 ». Sauf que la France veut renvoyer cet espoir de médaille dans son pays d’origine.

En juin dernier, le préfet des Alpes-Maritimes a signifié aux Abrahamyan qu’ils devaient partir. Le père, ancien boulanger reconverti en préparateur de meubles sur la Côte d’Azur, s’est vu débouter du droit d’asile. Dont acte, les services de l’État lui ont signifié l’heure du retour au pays. Tant pis si l’Arménie vient d’être retirée de la liste des « pays sûrs » par le Conseil d’État. C’est la loi ! Et hier le tribunal administratif de Nice, tout en mettant en délibéré sa décision, semblait acquiescer... Sans pour autant approuver.

Drôle d’audience que celle-ci ! C’est le rapporteur public qui, tout en entérinant la décision préfectorale, « au regard du droit », sort de son chapeau une jurisprudence qui pourrait la contourner. Et le président va jusqu’à « conseiller » aux Abrahamyan de déposer une nouvelle demande de titre de séjour. « En cas de refus, vous pourrez toujours revenir devant cette juridiction...» Juridiction dont Gor et sa famille ont manifestement la « sympathie ». Le mot est prononcé. Il brille comme une lueur d’espoir. « Aujourd’hui, je suis confiant », lâche sur les marches du tribunal Me Joseph Ciccolini. L’avocat décrypte à ses clients l’audience qui vient de se dérouler. « Vous avez compris, il va falloir déposer une demande de séjour...»

Au-delà même de la décision du tribunal qui ne sera rendue que dans quinze jours, est-ce enfin le bout du tunnel pour Gor et les siens ?

À Grasse, on veut y croire. Car le sort réservé à cette famille n’avait pas manqué d’indigner des habitants de Grasse. En juin, les élèves du collège Saint-Hilaire, où Gor le colosse était scolarisé, ainsi que ses professeurs, avaient même manifesté contre la mesure de reconduite à la frontière. « Or, il ne faudrait pas oublier que le peuple est souverain dans ce pays », concluait hier Me Ciccolini.
Source : http://www.nicematin.com/article/faits-divers/expulsion-le-bout-du-tunnel-pour-gor-petit-espoir-venu-d%E2%80%99armenie