mardi 25 janvier 2011

Moulins : pudeur d'une famille de réfugiés arméniens quant aux "problèmes" en Arménie

LILLE / MOBILISATION
« On n'a pas envie de les voir partir »

Publié le samedi 22 janvier 2011 à 06h00

À Fives, à l'école Lakanal, comme à Moulins, à l'école Saint-Exupéry, les élèves connaissent des copains et copine de classe qui pourraient se voir expulser du territoire avec leurs parents. Deux situations qui ont mobilisé hier soir.


JULIA MÉREAU ET JULIEN GILMAN > lille@nordeclair.fr
À l'école Lakanal de Fives : « On ne veut pas les voir partir ! » Cinq chaises vides dans une cour d'école. Et des prénoms sur chacune d'entre elles. Chiab, Mouhamad, Mohamed, Rada et Mouad. Soit une fratrie de cinq enfants scolarisés à Fives, à l'école Lakanal et à la maternelle Brasseur.
Hier soir, de nombreux parents d'élèves, militants associatifs (LDH et RESF) et politiques étaient mobilisés : « On n'a pas envie de les voir partir ! » a confié Marc bouvier, le directeur de l'école Lakanal. « Ces enfants sont intégrés, acceptés. » Et visiblement bien appréciés. Des camarades de classe avaient préparé des affiches, « Non, non, non à l'expulsion de Mohamed et de sa famille ». Parmi la foule rassemblée dans l'école, il y a leur maman, la gorge nouée. Et leur papa un peu rassuré de voir autant de monde. « Sinon j'ai peur. Je ne sors pas de chez moi. » Fahd Mohamed Ali est né sous la nationalité française, à Djibouti, avant l'indépendance de 1977. « Mon père a travaillé 37 ans, jusqu'à son dernier jour, pour ce pays », insiste Fahd Mohamed Ali. Sauf qu'au jour du décès de ce dernier, Fahd s'est vu déchu de sa nationalité. Son père avait pourtant entamé les démarches pour la conserver, même après l'indépendance, mais il est mort avant. « Et là-bas, on a conseillé à Fahd de venir s'installer en France avec sa famille pour la récupérer. » De fait, ce père de famille a tout vendu sur place, et a fait le voyage avec sa famille. Arrivé en France en 2009, Fahd a fait les démarches nécessaires pour demander des titres de séjour. Lesquels lui ont été refusés sans le sésame de sa réintégration dans la nationalité, qu'il aurait dû obtenir à Djibouti. « C'est Kafka », résume Annick Batalan pour la LDH. En attendant, cette famille est sous le coup d'une expulsion. Fahd a formulé un recours avec son avocat. Il attend. « Je demande juste un geste humanitaire au préfet », a-t-il glissé hier, ému.


À l'école Saint-Exupéry de Moulins : « Chez nous, c'est chez vous ». Depuis avril 2008, les Voskanyan vivent dans l'incertitude du jour le jour. Sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), cette famille est dans l'incapacité de s'établir, de trouver un logement et, le père, de travailler légalement. Natela arrive d'Arménie en 2003 avec Julia, sa fille de sept mois. Voskan, son époux, les rejoint en mars 2004. Lui est mécanicien, « mais j'ai fait plein de choses », explique-t-il dans un français hésitant. Ils ont fui l'Arménie parce qu'ils y rencontraient « des problèmes ». Les mots sont simples, les regards gênés de livrer l'intimité à un inconnu.
À Lille, ils trouvent à se loger au centre d'hébergement et de réinsertion sociale « Sara », dans le quartier de Moulins. Julia est scolarisée et sa maman apprend le français à l'association La Clé. C'est là qu'elle rencontre Thérèse Capron, bénévole, avec qui elle se lie d'amitié. À tel point qu'il y a deux ans et demi, quand naît la seconde enfant de la famille, on la prénomme Tereza. En un mot, la famille s'intègre. Voskan assure pouvoir compter sur trois promesses d'embauche, qu'il ne peut satisfaire sans papier. Et, à 8 ans, Julia est une élève intégrée à Saint-Exupéry. « Sa vie d'enfant, de camarade d'école et de grande soeur s'est faite ici depuis qu'elle est bébé, argumente son enseignante Marie Bernard. Il serait inacceptable qu'on la renvoie en Arménie, un pays qu'elle ne connaît pas. » Hier soir, l'institutrice s'est réunie avec des collègues, des parents d'élèves, des travailleurs sociaux de Sara, des membres du Réseau éducation sans frontière (RESF) et des élus dans la cour de l'école afin d'alerter sur la situation des Voskanyan, qui risquent à tout moment l'expulsion. À la demande de RESF, Dalila Dendouga, adjointe au maire en charge de la lutte contre les discriminations, s'est engagée à organiser prochainement une cérémonie de parrainage républicain de la famille. La veille, Martine Aubry avait déjà écrit au préfet afin de réclamer la régularisation des Voskanyan. Présent hier, Le député Bernard Romand a également fait part de son soutien : « On va faire en sorte que le plus vite possible on vous donne des papiers pour que chez nous, ce soit chez vous ! » Une situation qui est déjà une évidence pour les jeunes parents : « C'est notre vie ici », lance Natela. « C'est notre pays, ici, poursuit son mari. L'Arménie, c'est le deuxième ! » Au lycée Jean-Monnet. Nelo Pedro, ex-enfant soldat, a fui l'Angola et rejoint la France en 2009. Bien que scolarisé, avec le soutien du Conseil général du Nord, au lycée Jean-Monnet, il est, selon RESF, sous le coup d'une OQTF et est retenu au centre de rétention administrative de Lesquin.
Il devrait être présenté au juge des libertés et de la détention ce matin. Les militants de RESF se mobilisent pour lui à 10 h, devant le Palais de justice de Lille.w
Source : http://www.nordeclair.fr/Locales/Lille/2011/01/22/on-n-a-pas-envie-de-les-voir-partir.shtml