mardi 1 février 2011

Arméniens et mafias étrangères en France : un état des lieux par Dimitri Zoulas

3 Questions à…
Dimitri Zoulas est à la tête du service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (SIRASCO).

Civique : Le rapport annuel du SIRASCO relève « la structuration de certaines bandes de cités en véritables entreprises criminelles ». Quelle est la situation ?
Dimitri Zoulas : Ce phénomène est constaté par les services de la DCPJ sur l'ensemble du territoire. Lié au développement du trafic de résine de cannabis importé du Maroc, il représente la principale source de revenus criminels alimentant l'économie souterraine en périphérie des agglomérations. Plusieurs dizaines de groupes criminels organisent des importations massives de résine de cannabis marocain vers l'Espagne. De là se ravitaillent des équipes intermédiaires qui fournissent le marché français, dont la consommation est estimée à 300 tonnes par an, pour un « chiffre d'affaires » avoisinant le milliard et demi d'euros. Les enjeux de ce trafic engendrent des rivalités. Le potentiel de violence de ces groupes, composé d'individus jeunes et déterminés, est aggravé par la possession d'armes de guerre. De ce fait, la coopération avec l'Espagne est très forte et les relations avec le Maroc ont été largement renforcées afin de mieux combattre ce trafic de drogue.

Civique : Comment s'organise le grand banditisme français ?
Dimitri Zoulas : Si les voyous de la banlieue sud n'occupent plus le devant de la scène, les organisations criminelles corses sont pérennes : la recomposition du milieu s'est accentuée en 2009 avec vingt et un règlements de comptes dans l'île de Beauté. De même, la région de Marseille abrite des parrains, souvent associés aux Corses, historiquement impliqués dans les braquages de fourgons, le trafic de stupéfiants, le racket, l'exploitation de machine à sous et les règlements de comptes. Il convient d'ajouter au titre du grand banditisme traditionnel les extensions du milieu marseillais dans la région de Montpellier et de Nice, ainsi que les activités de certains membres du milieu lyonnais ou grenoblois, néanmoins supplantés par des groupes plus jeunes issus des banlieues. Enfin, plusieurs groupes criminels issus de la communauté des gens du voyage implantés en région parisienne font partie du grand banditisme.

Civique : Qu'en est-il des mafias étrangères ?
Dimitri Zoulas : Plusieurs oligarques ou chefs de clan russes, géorgiens ou arméniens séjournent régulièrement en France ou y possèdent des biens immobiliers, à Paris ou sur la Côte d'Azur. Certaines rivalités donnent lieu à des règlements de comptes en France, ces violences s'inscrivant dans un contexte international. Quelques mafieux italiens sont intégrés au tissu économique et social français. Implantés en région PACA, parfois associés aux milieux français, ils sont actifs dans certains secteurs économiques : bâtiment et immobilier (blanchiment, corruption), distribution, restauration, opérations immobilières. Si l'activité de membres des triades chinoises en France n'est pas judiciairement démontrée, de nombreux groupes criminels agissent dans le domaine du trafic d'êtres humains, y compris la prostitution asiatique, en plein développement, la contrefaçon, le blanchiment, la cybercriminalité. Les organisations balkaniques sont très impliquées dans les trafics d'armes, de produits contrefaits, de stupéfiants, notamment les mafias albanaises, ou d'êtres humains. Une partie des groupes criminels est issue des « Roms » ayant récemment migré de Roumanie, de Bulgarie ou des Balkans occidentaux.
Source : http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_la_une/toute_l_actualite/articles-civique/nouveau-service-lutte-anti-mafia

A noter que plusieurs indices laissent à penser que de nombreux mafieux dits "russes" ou "géorgiens" sont en fait ethniquement arméniens, un peu comme les trafiquants de drogue kurdes de nationalité turque.