mardi 8 février 2011

Châlons : avenir incertain d'une famille ayant fui l'Arménie intolérante

société vendredi 4 février

Demandeurs d'asile arméniens
La perspective d'avenir, elle est à un mois...

Fin novembre et début décembre dernier, nous vous racontions l'histoire de la famille d'Arpi, 14 ans, élève exemplaire du collège Nicolas-Appert à Châlons. A l'époque, leur dernier recours possible de demande d'asile ayant échoué, Arpi, ses parents et son grand frère avaient été expulsés du foyer d'accueil d'urgence des demandeurs d'asile. Aujourd'hui, ils sont toujours dans l'attente. Mais de quoi ?

L'histoire est malheureusement banale. Les parents d'Arpi sont issus d'un mariage mixte en Arménie entre chrétien et musulman. Et les musulmans, en Arménie, ont la vie dure... Les chrétiens qui les épousent aussi. Brimades, enrôlement de force dans les milices chrétiennes, vol des papiers d'identité, impossibilité, donc, de travailler... Après avoir passé de nombreuses années en Russie, qu'ils ont dû fuir, puis quelque temps en Allemagne, la famille d'Arpi est arrivée à Châlons-en-Champagne, en passant par Lyon. Ils vivent dans la ville-préfecture de la Marne depuis quatre ans. Ils ont vécu le parcours traditionnel des demandeurs d'asile. L'Ofpra, la CNDA, retour à l'Ofpra (lire par ailleurs le parcours du demandeur d'asile). Fin novembre, les recours étaient épuisés. Et la famille d'Arpi a été priée de quitter l'Auda de Châlons. Ils sont sous le coup d'une OQTF, la fameuse obligation de quitter le territoire français. Il faisait un peu froid, à ce moment de l'année, souvenez-vous. Grâce au réseau de sympathisants, la famille a trouvé refuge dans un foyer de femmes battues à Reims. Des « amis » ont permis à Arpi de poursuivre sa scolarité, en l'emmenant chaque matin au collège, à Châlons, et en la ramenant chaque soir auprès de ses parents à Reims. Le proviseur du lycée que fréquente son grand frère lui a proposé d'intégrer l'internat de l'établissement. Inutile de dire que ses parents n'avaient pas les moyens de payer l'internat.
Début janvier, Arpi et sa famille ont pu trouver un autre logement à Châlons. La cellule familiale s'est recomposée. Le père est sérieusement malade, il ne peut pas travailler (de toute façon, en situation irrégulière, il ne peut pas travailler légalement). Cette situation a permis de demander un sursis auprès de la Préfecture. Un nouveau rendez-vous devant une commission ad hoc, fin janvier, a été repoussée à fin février.

Expulsion ou régularisation ?


Arpi et son frère ont été récompensés au concours de la langue française, organisé par l'Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques, en 2009. Ils ont des amis, fréquentent des associations, vivent. Cette famille est un modèle d'intégration, qui, vue sa situation, ne peut retourner vivre en Arménie sans craindre le pire. Et pourtant, sans éléments probants, pas d'asile. Ils sont expulsables à tout moment, mais pour l'instant, on les laisse tranquilles. Cependant, leur condition d'irréguliers ne peut pas durer, c'est intenable. Alors demain, quoi ? L'expulsion ? Ou la régularisation, à titre exceptionnel, que seul le Préfet peut permettre.

Tony Verbicaro
Source : http://www.lhebdoduvendredi.com/?typepage=article&id=2206

Cas déjà évoqué avec celui d'autres réfugiés d'Arménie ici : Châlons : des familles de réfugiés hemşinli chassés d'Arménie ?