lundi 28 mars 2011

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"En Syrie, après plus de dix ans d'interdiction pour espionnage anticommuniste au service des Etats-Unis, la FRA doit son existence formelle à la bonne volonté du nouveau leader, Hafez el Assad, soucieux de préserver un équilibre ethnique dans le pays, en favorisant les minorités les plus dociles à son égard." (p. 23)

"Du côté de la Syrie, Damas reconnaît, après s'en être méfiée, que la stratégie autonomiste et neutraliste des Arméniens du Liban constitue l'un des principaux maillons de la chaîne des minorités favorables à la Syrie qu'elle cherche à fabriquer. Sur l'échiquier arménien, la Syrie occupe une place centrale pour orchestrer les négociations sur le plan politique et militaire. Soutenu par les dachnaks syriens, qui renforcent l'autorité du régime alaouite à Alep, ville syrienne à forte composante arménienne, contre la contestation sunnite, le président Assad sait qu'il peut désormais aussi compter sur les Arméniens de Beyrouth pour orienter à sa guise sa politique au Liban. Sur le plan militaire, le général Kanaan, commandant des forces syriennes au Liban et établi à Andjar, surveille l'action du Dachnak dans la région, mais l'alliance entre la Syrie et le PSP de W. Joumblatt, lui-même proche de l'ASALA, dissuade la FRA de trop s'exposer. Les activités du 2e bureau syrien à Beyrouth comme dans la Bekaa invitent la FRA à la plus grande prudence ; à l'inverse, sachant que la FRA a des connexions avec l'Armée rouge, les officiers syriens au Liban s'en tiennent avec la FRA à des échanges de bons procédés." (p. 63-64)

"La FRA se rapproche de la Syrie et du Hezbollah, hostile à Israël et à la Turquie, qualifiant « le panturquisme et le sionisme d'idéologie raciste qui constituent les deux faces d'une même médaille, celle de l'impérialisme ». Jamais, depuis la création d'Israël, la FRA n'a eu une position si dure à l'égard de l'Etat hébreu. En août 1997, la Syrie appelle à donner des garanties de sécurité aux Arméniens du Haut-Karabakh tandis que la FRA demande le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, après que le général Cohen, ministre de la Défense américain, a déclaré que la Syrie, la Libye, l'Iran et l'Irak stockent de grandes quantités d'armes chimiques et bactériologiques. (...) Le principal enseignement que la FRA tire de cette complication des enjeux stratégiques, c'est que le post-haïtadisme est indissociable du conflit israélo-arabe et trouve paradoxalement sa vitesse de croisière dans sa riposte à la consolidation de l'axe israélo-turc. Convaincue que l'Arménie finira par signer des accords militaires avec la Syrie et l'Iran, sur la base de ceux signés avec la Grèce et la Russie en 1997, la FRA soutient ouvertement les Etats arabes et iranien.

Pour se développer au Liban, le post-haïtadisme a dû s'émanciper de la tutelle du Premier ministre R. Hariri dont les relations avec Damas s'enveniment à mesure que Beyrouth cherche un accord de paix séparée avec Israël alors que Damas souhaite une paix globale dans la région." (p. 251-252)

"Au Moyen-Orient, plusieurs rebondissements s'ajoutent à la guerre civile, compliquent davantage les lignes de forces et redistribuent les alliances locales. Il s'agit de l'invasion du Liban par Tsahal, de la guerre israélo-syrienne, du conflit Iran-Irak, des divisions du camp maronite, de l'arrivée de la force multinationale et de l'apparition de la milice chiite du Hezbollah, le parti de Dieu, pro-iranien, au Liban. Alors que l'armée israélienne détruit les structures de l'ASALA au Liban-Sud, H. Hagopian [le chef de l'ASALA] trouve refuge chez son ami Abou Nidal. Celui-ci, privé de l'appui du FPLP, offre à H. Hagopian logistique et moyens financiers dans la Bekaa sous contrôle syrien. Abou Nizar et Abd Al Rhaman Iza, deux hommes d'A. Nidal, mettent en contact H. Hagopian avec le colonel Haitham Saïd, responsable du Département d'intelligence de l'Air Force syrienne, ce qui procure à H. Hagopian des facilités en Syrie et par ficelles interposées entre l'ASALA et le KGB." (p. 78-79)

"L'enquête démontre que H. Hagopian est le chef d'orchestre de l'opération [l'attentat de l'aéroport d'Orly]. Lui qui avait simulé sa mort le 31 juillet 1982, pour éviter de tomber entre les mains du Mossad et du MIT, a été repéré en France, par la DST, dès avril 1983, de passage à Paris pour réorganiser son réseau après que le MNA a commencé à s'émanciper de son autorité. La DST y apprend que H. Hagopian prépare un attentat contre la Turquie sur le territoire français. Mais comme les agents du contre-espionnage français manquent d'informations sur l'organisation clandestine, ils le laissent circuler librement en France. Puis l'enquête remonte la filière jusqu'à la piste syrienne : en frappant la France, l'ASALA rend service à la Syrie qui proteste contre la présence française au Liban. L'attentat d'Orly serait donc le premier d'une longue série d'attentats contre la présence de la Finul au Liban." (p. 89)

"Du côté arménien, Erevan se sert dans les stocks d'armes laissés par les forces russes sur place. La Grèce a livré des armes et la FRA a affrété un avion d'Ossétie du Nord rempli de plusieurs containers de carburant. Une navette aérienne Erevan-Beyrouth-Damas s'est mise en place pour acheminer instructeurs et matériels. Plusieurs vendeurs d'armes arméniens s'investissent également dans cette course à l'armement." (p. 194)

Gaïdz Minassian, Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Paris, Autrement, 2007 :

"L'Arménie privilégie ses relations avec la Grèce, la Syrie et l'Iran, trois pays frontaliers de la Turquie." (p. 74)

"Réhabilitée par Robert Kotcharian, la FRA a rejoint la coalition gouvernementale en 1999 et adhère à l'Internationale socialiste dont elle est à ce jour le seul parti de la CEI membre à part entière. Elle compte quatre ministres et un groupe parlementaire en Arménie, un « ministre » au Haut-Karabakh (celui des « Affaires étrangères ») et des députés aux Parlements libanais, iranien, syrien et canadien. Proche de la Syrie depuis les accords de Taïf ayant mis fin en 1989 à quinze ans de guerre au Liban, la FRA a cautionné dans les années 1970 et 1980 le terrorisme contre la Turquie commis par les Commandos des justiciers du génocide arménien, devenus l'Armée révolutionnaire arménienne." (p. 92)

Voir également : Grossière duplicité de l'activisme arménien