mercredi 23 mars 2011

L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie

Turquie – Arménie : Les Accords de Zurich et le parti pris des médias

Posté le 12/10/2009 09:50:30

On savait déjà le triste état dans lequel se trouvaient les médias français, dont l’autocensure critique à l’égard du régime en place est entré dans la normalité, n’ayant plus rien à envier à la liberté de presse en Italie, complètement inféodée au diktat gouvernemental. Avec les accords sur la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie, signés samedi 10 octobre à Zurich, la presse française à fait un pas de plus dans la médiocrité, prenant une fois encore le parti contre la Turquie en entrant bêtement dans le jeu des lobbys arméniens de la diaspora ultranationaliste.
Or, si l’on résume clairement la situation, il apparaît nettement que ce sont les Arméniens qui sont responsables de la fermeture de la frontière il y a 16 ans et de l’isolement du pays depuis lors.

L’Arménie internationalement isolée
La Turquie a toujours été claire sur les conditions d’ouverture de la frontière entre les deux Etats. Il s’agit avant tout du retrait des Arméniens du territoire azéri occupé par eux à près de 30%, incluant le Haut Karabakh, région azérie peuplée majoritairement d’Arméniens.
Car aussi incroyable que cela puisse paraître, à peine son indépendance proclamée en 1991, l’Etat le plus pauvre d’Europe a envahi une partie du pays voisin, l’Azerbaïdjan allié traditionnel de la Turquie qui a immédiatement fermé sa frontière avec l’agresseur.
De fait, l’Arménie n’a plus que deux frontières ouvertes, dont l’une avec la Géorgie, avec qui les relations diplomatiques ne sont pas non plus des meilleures (question de la Djavakhétie). Il ne reste donc que l’Iran, seul voisin avec lequel l’Arménie n’a pas encore trouvé un motif de brouille.
Ce splendide isolement n’est pas sans conséquence sur l’économie du pays qui est dans un état catastrophique, et qui s’ajoute encore aux difficultés liées à la corruption généralisée. L’ahurissante arriération de l’Arménie entraîne inévitablement une forte émigration vers l’Europe Occidentale et la Russie, mais aussi vers la Turquie, où vivent des dizaines de milliers d’Arméniens à la recherche de jours meilleurs et qui trouvent parfois une aide auprès de la communauté arménienne turque et de l’Eglise grégorienne de Turquie. A l’émigration économique, s’ajoute l’émigration forcée. En effet, si le désintérêt des pays occidentaux à l’égard des minorités d’Arménie est flagrant, il n’en reste pas moins un sujet de litige en Europe Orientale. Les Turcs et les Azéris ont été expulsés de la République d’Arménie et des territoires occupés par son armée, tandis que les Russes et les Géorgiens ont fait l’objet de pressions pour qu’ils partent eux aussi. Entre 1991 et 2007, la quasi-totalité de la population des villages doukhobors et moloques (des sectateurs de l’orthodoxie) a été expulsée vers la Russie qui a ouvert des camps de réfugiés. Les Yézidis kurdes sont la seule minorité qui reste plus ou moins tolérée en Arménie, mais naturellement, aucun poste administratif ne leur est attribué et leurs écoles ont été fermées dès la fin de l’Union Soviétique.
Cette épuration ethnique organisée en Arménie, se vérifie dans tout le pays. Les mosquées ont été rasées y compris dans la capitale Erevan traditionnellement multiconfessionnelle, et où il ne reste qu’une discrète petite mosquée en fonction, principalement fréquentée par des étrangers (surtout iraniens).


Que reproche-t-on à la Turquie ?
Dans le contexte actuel des frictions transcaucasiennes, le principal reproche que les médias français font à la Turquie, est de ne pas reconnaître le « génocide » commis en 1915 par les Ottomans. C’est peu dire que la mentalité de ces médias est aussi arriérée que la situation économique de l’Arménie !
De plus, il est toujours fait mention dans la presse (voir Le Monde, Libération, etc.), que la Turquie ne reconnaît pas le « génocide », ce qui est naturellement faux en soi. En effet, la Turquie reconnaît les événements de 1915 dans l’Est de l’Empire ottoman et les qualifie de  « massacres ». Les dirigeants ottomans responsables ont d’ailleurs été condamnés à mort pour cela, avant même la proclamation de la République Turque (1923).
Pour prouver sa bonne volonté, la Turquie demande depuis des années, la nomination d’une Commission mixte, chargée d’étudier les faits et les causes de la disparition de 75% de la population des six provinces ottomanes peuplées par 25% d’Arméniens. Cette proposition turque a été rejetée autant par les milieux ultranationalistes de la diaspora arménienne, que par le gouvernement de la République d’Arménie, sous prétexte qu’il n’est nullement besoin d’établir des vérités, puisque ce génocide existe de fait, selon eux.
C’est avec cet « esprit d’ouverture » que les Arméniens comptent établir des relations diplomatiques avec la Turquie. C’est dire, s’il y a encore du chemin à parcourir. D’autant plus que ni la République d’Arménie ni les ultranationalistes de la diaspora, ne sont prêts à reconnaître les massacres des musulmans tombés sous le contrôle russo-arménien à la même époque. Pas un mot, sur le massacre de la totalité de la population musulmane de la ville de Van, ce qui a été l’élément « déclencheur » de l’ordre de déportation des Arméniens ottomans. Pas un mot non plus sur l’extermination des musulmans d’Erzurum ou de ceux des villages des alentours du lac de Van et de la région d’Hakkari.
On pourrait également s’interroger pour quel motif les médias français, mais aussi d’autres pays, se font les pourvoyeurs de la défense de la cause arménienne en ignorant intégralement les autres massacres et déportations qui ont eu lieu à grande échelle, dans la même région du Caucase entre 1864 et 1941. Peut-être est-ce parce que la longue liste des massacrés comporte peu de peuples chrétiens ?

Le pompon à TV5
La légendaire médiocrité de TV5 s’est encore vérifiée avec leur journal télévisé du samedi 10 octobre. L’invité était un éminent ultranationaliste de la diaspora arménienne de Paris, directeur du journal « Nouvelles d’Arménie » consacré essentiellement aux massacres de 1915, et qui rassemble l’essentiel des journalistes turcophobes de France, mais aussi d’autres personnalités, comme le très controversé « historien » Yves Vernon.
L’édition était en grande partie consacrée à l’échec des accords de Zurich dont la signature a eu lieu avec 3 heures de retard, juste à la fin du journal télévisé. Sous l’angle de la polémique, la journaliste et son invité, ont passé en revue toutes les causes possibles de l’échec, en rejetant la responsabilité invariablement aux Turcs. L’invité, de bonne éloquence, a démontré qu’il était dans l’intérêt de la Turquie à ouvrir sa frontière sans effleurer la cause de la fermeture. Un exercice digne du plus rusé des diplomates habitués à faire avaler les couleuvres au plus grand nombre.
Tous les malheurs de l’Arménie étaient systématiquement dus aux Turcs. Une propagande digne des discours hitlériens, destinée à berner le public autant que la journaliste qui d’ailleurs, rajoutait de l’huile sur le feu.
La fin de cette mascarade favorisait la suspicion à l’égard des Turcs qui étaient certainement les responsables (encore) de l’échec des accords, alors qu’un peu plus tard on apprenait de sources plus sérieuses que celles de  TV5, que c’était la délégation arménienne qui avait retardé la signature. 

A qui profite l’ouverture de la frontière ?
Contrairement a ce qui a été dit sur TV5, c’est l’Arménie qui est gagnante dans cette prochaine ouverture de la frontière. En effet, la Turquie peut très bien faire abstraction de ce minuscule Etat tiers-mondiste, sans préjudice. L’Arménie par contre n’a que quatre voisins et n’a de bonnes relations qu’avec la République Islamique d’Iran. Il est donc essentiel pour elle d’avoir des échanges avec le pays qui a le plus haut niveau de vie de la région et ça, malgré l’opposition quasi-unanime de toute la diaspora arménienne et d’une partie de la population du pays.

Article signé par : Rinaldo Tomaselli
Source : http://istanbulguide.aceboard.fr/312203-1009-2999-0-Turquie-Armenie-Accords-Zurich-parti-pris-medias.htm