vendredi 11 mars 2011

Revin : portrait d'une demandeuse d'asile arménienne

Journée de la femme / Une oasis pour demandeuses d'asile
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Publié le mercredi 09 mars 2011 à 10H04

Vingt et une femmes,  en attente  d'une réponse  à leurs demandes d'asile à Revin,  ont rompu  avec l'angoisse , hier, grâce  à une journée bien-être.

KNANOUM, 56 ans, a fui l'Arménie. Elle s'est réfugiée en Russie, puis a dû de nouveau quitter ce pays. Elle est arrivée en France, il y a un an et demi, et a fait une demande d'asile politique. L'Arménienne vit avec son mari, à Revin, dans l'ancien foyer Sonacotra, aujourd'hui appelé Adoma, en attendant la réponse à sa demande d'asile.
Elle va sûrement devoir replier bagages. Car les demandes d'asile politique provenant des personnes de nationalité arménienne aboutissent rarement, sauf si Dame Chance est de son côté.
Hier, comme vingt et une autres femmes demandeuses d'asile politique du Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada), Khanoum a rompu, pour quelques heures, avec l'attente.
Séance de maquillage, coupe de cheveux, brushing, gommage de peau, l'Institut Cléopâtra de la rue Gambetta de Revin a installé ses quartiers dans le foyer à l'occasion de la journée internationale de la femme.
Une journée offerte par le Cada.
Radieuse après les soins prodigués par l'esthéticienne-coiffeuse, Cinthia Guénot, Khanoum arbore des cheveux blancs courts et des sourcils bien épilés.
Cette femme parle facilement, même si elle doit parfois chercher ses mots en français. Derrière son sourire, on perçoit tout de même la tristesse qui l'habite.
« Je ne sais pas où se trouve mon fils que j'ai laissé en Russie. Il est marié et a un fils que je n'ai jamais vu. Tous les jours, je pleure. Je passe mon temps à réfléchir », raconte-t-elle.

Son beau-père assassiné

A ses inquiétudes quotidiennes s'ajoutent des problèmes de santé. Elle a subi, à son arrivée en France, deux interventions chirurgicales au genou et au dos. Ses lombaires l'a font toujours souffrir.
Sur son vécu en Russie : silence. Son regard se fait fuyant. Elle croise et décroise ses mains. Elle dira juste qu'elle a connu de « gros problèmes » là-bas.

Zyrafète, 25 ans, est visiblement fière de ses épais cheveux noirs fraîchement lissés. Mais malgré sa belle coiffure, son regard est comme éteint, sans la moindre lueur de joie.
Elle a fui le Kosovo avec Bolem son mari de 31 ans et son enfant Vébi, 4 ans qui souffre d'épilepsie. Ils sont arrivés en France en août 2009. « Catastrophe, si je dois repartir au Kosovo », répète-t-elle.
Dans un français entremêlé de quelques mots d'anglais, elle explique que certains membres de sa fratrie auraient assassiné le père de son mari.
Et que leurs prochaines cibles seraient son époux Bolem et son fils Vébi. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) a rendu un avis défavorable à sa demande d'asile politique. Elle a saisi la Cour nationale du droit d'asile pour un recours. Et son affaire sera examinée le mardi 22 mars.
Elle aura une chance sur quatre de voir la décision de l'Ofpra annulée. En effet, selon les derniers chiffres de 2008, la Cour nationale du droit d'asile avait annulé 25 % des décisions de l'Ofpra.
Cinquante personnes - hommes, femmes et enfants - sont en attente d'une décision sur leurs demandes de droit d'asile au foyer Adoma de Revin. Quatre nationalités sont représentées : des Kosovars, Arméniens, Mongols et Russes.

Arlyne JEANNOT
Source : http://www.lunion.presse.fr/article/societe/journee-de-la-femme-une-oasis-pour-demandeuses-dasile