vendredi 8 avril 2011

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002 :

"L'année 1941 connut les premiers déplacements forcés de population. Les 30 000 à 35 000 Allemands vivant en Azerbaïdjan, tant à Bakou que dans les régions agricoles occidentales de Qazakh ou de Tovouz prirent le chemin d'un exil forcé vers l'Asie centrale. Dans un mouvement inverse, on déportait en silence tout aussi brutalement 10 000 Azéris d'Arménie pour les installer sur ces terres laissées vacantes." (p. 302)

"En 1948 commence une nouvelle vague de déplacement de populations azéries expulsées d'Arménie vers l'Azerbaïdjan. Une puissante propagande soviétique, relayée par les canaux communautaires et l'Eglise arménienne, appelle au retour des Arméniens de la diaspora dans la mère-patrie avec pour arrière-pensée de réveiller la question territoriale et la restitution à l'URSS des provinces d'Anatolie orientale. Après avoir remis en question en 1945 le traité d'amitié soviéto-turc, l'URSS en déposa la demande par la voix de Vichinsky devant l'ONU en 1947. Quelque 150 000 d'entre eux (200 000 selon les Soviétiques) affluèrent du Liban, d'Egypte, d'Irak, d'Iran, de France et d'Europe entre 1946 et 1948 pour s'installer en Arménie soviétique. L'URSS sortait juste de la guerre, sûre de sa force, et ne craignait pas le séparatisme éventuel d'une Arménie monoethnique. L'espace manquait pour accueillir ces immigrants, aussi le pouvoir central décida-t-il de déporter les Azéris installés à Erevan, dans la plaine de l'Araxe et surtout sur le pourtour du lac Göytcha (Sevan) vers les régions agricoles de l'Azerbaïdjan. Le développement de la culture intensive du coton dans la plaine de la Koura servait de prétexte pour recourir à une main-d'œuvre qui manquait en raison des pertes humaines dues à la guerre. Ainsi, entre 1948 et 1952, des dizaines de milliers d'Azéris habitués à la montagne furent déplacés vers des zones de plaines inhospitalières et surchauffées du Shirvan, du Mil ou du Moughan. Beaucoup ne purent s'adapter à ces nouvelles conditions et périrent de tristesse ou de maladies. D'autres furent orientés vers le centre industriel de Soumqaït." (p. 312-313)

Voir également : Un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921

Le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique

Le prétendu "pogrom nationaliste azéri" de Soumgaït en 1988 : une manipulation communisto-mafieuse ?