vendredi 8 avril 2011

La côte égéenne et la Syrie sous les Jeunes-Turcs : les Arméniens comme rempart démographique contre les nationalismes grec et arabe

Fuat Dündar, Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question (1878-1918), New Brunswick, Transaction Publishers, 2010 :

"Le problème "essentiel" dans ce cas [la province d'Aydın] était la présence des Grecs, qui constituaient une force importante en termes de population et d'économie. Le gouverneur, Rahmi Bey, craignant probablement que la déportation des Arméniens ne conduise à la domination complète de la province par les Grecs, arrêta la déportation des Arméniens de cette province." (p. 113)

"Le vrai danger, cependant, consistait dans la majorité arabe dans la région [la Syrie]. C'est dans cette équation ethno-religieuse, une fois que la question de Zeytun et de Dörtyol avait été réglée, que les Arméniens ne constituaient pas un grave problème démographique pour la zone Sud. Parlant de sa stratégie, Cemal Pacha notait : "Les masses nuisibles d'Arméniens en Anatolie se sont transformées en bagatelles inoffensives à Suriye [Syrie]". C'est assez vrai, Haleb [Alep] était un point de passage reliant Istanbul aux pays arabes, et une province où le plus gros problème était sa population arabe et le nationalisme arabe. Les Arméniens qui avaient été déportés d'Anatolie étaient une population utile du point de vue de Cemal Pacha en raison de la majorité démographique arabe dans cette région. En plus de cela, les aptitudes des Arméniens comme artisans et commerçants auraient servi à réduire l'influence économique des Arabes dans la région. Comme Kamuran Gürün l'a également affirmé, Cemal Pacha devait souhaiter "que les Arméniens déportés lui soient remis afin qu'il puisse les installer dans les parties intérieures de Suriye, acquérant ainsi une garantie contre l'extrémisme nationaliste arabe"." (p. 114)

Voir également : Cemal Paşa (Djemal Pacha), figure majeure de l'arménophilie turque