mercredi 20 avril 2011

Le XIXe siècle, l'âge d'or des Arméniens d'Istanbul

Jean-François Solnon, Le turban et la stambouline : l'Empire ottoman et l'Europe, XIVe-XXe siècle, affrontement et fascination réciproques, Paris, Perrin, 2009, p. 484-485 :

"Pénible aux Juifs, le XIXe siècle fut l'âge d'or des Arméniens d'Istanbul. Ceux que le sultan lui-même appelait « la nation fidèle », parce qu'ils n'avaient pas accompagné les Grecs dans leur révolte des années 1820, servaient loyalement l'empire, notamment comme banquiers, fonction où ils avaient concurrencé victorieusement les Juifs. Un diplomate anglais a écrit vers 1830 combien ils étaient indispensables. « Les Arméniens ont été et sont encore le peuple le plus riche et le plus commerçant de tout l'empire, aussi sont-ils les meilleures cautions aux yeux de la Porte [...] Le sultan voit leur prospérité d'un œil favorable, car leur argent ne se prodigue pas dans des habitudes extravagantes, ne se dépense pas dans des tentatives de révolte, mais reste soigneusement enfermé dans leur coffre-fort, jusqu'à ce qu'une demande ou un besoin du gouvernement l'en fasse sortir pour venir accroître les recettes du Trésor. »

Les Arméniens étaient collecteurs d'impôts et « très industrieux dans le commerce », mais aussi médecins, professeurs ou fonctionnaires, ingénieurs ou avocats. Les plus zélés étaient récompensés du titre héréditaire d'amira qui leur valait honneurs et prérogatives. Quelques grandes familles bénéficiaient de véritables monopoles accordés par des sultans arménophiles. Les Balian occupèrent la fonction d'architecte de la Cour de 1788 à 1911 et l'un d'eux obtint du sultan le privilège de se coiffer d'un fez portant le monogramme impérial tandis que, pour la mort de son fils, architecte talentueux mais disparu prématurément, Sa Hautesse ordonna d'observer un deuil de trois jours, ce qu'aucun dignitaire chrétien n'avait jamais obtenu. Les Dadian se succédaient à la tête des poudreries ottomanes depuis 1795, les Duz dirigeaient l'Hôtel des monnaies et l'orfèvrerie impériale. La connaissance des langues étrangères, les contacts répétés avec l'Europe firent de cette nouvelle aristocratie les relais de la culture occidentale dans l'empire. Ainsi les amiras étaient-ils tout à la fois d'appartenance arménienne, sujets ottomans et de culture française."

Voir également : Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

Abdülhamit II (Abdul-Hamid II), un sultan entouré d'Arméniens

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895