jeudi 28 avril 2011

Peut-on qualifier le Dachnak et l'ASALA d'organisations terroristes "chrétiennes" ?

"Q – Vous ne croyez pas à la menace djihâdiste, en Libye, je veux dire ?

Jacques Borde – Oui, Oui Mais et, Non. Décryptons : Oui, dans la mesure où des voix, notamment celle, ô combien exercée à traiter de ces problèmes dans la régions qui nous préoccupe, du président tchadien, Idriss Déby Itno, ont rappelé le rôle de groupes comme l’Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya (Groupe islamique combattant) sont effectivement présents en Libye.

Oui mais, ensuite. Parce qu’il ne faut jamais oublier que derrière tout terrorisme djihâdiste, comme vous l’appelez, se cachent, aussi, des motivations locales et intrinsèques aux acteurs du pays. C’est ce qu’a clairement expliqué n°2 du Foreign Office, David Miliband lorsqu’il déclarait que « L’idée d’une « guerre contre la terreur » a donné l’impression d’un ennemi unifié et transnational incarné dans la figure d’Ossama Bin-Laden et Al-Qaïda. La réalité est que les motivations et les identités des groupes terroristes sont disparates. Le Laskhkar-é-Toïba a ses racines au Pakistan et dit que sa cause est au Cachemire. Le Hezbollah dit qu’il existe pour résister à l’occupation des hauteurs du Golan. Les groupes insurgés chi’ites et sunnites en Irak ont une myriade de demandes. Ils sont aussi différents que les mouvements européens des années 70 comme l’Ira, Baader-Meinhof et l’Eta. Tous ont utilisé le terrorisme et se sont parfois aidés entre eux, mais leurs causes n’étaient pas unifiées et leur coopération était opportuniste. Il en est de même aujourd’hui (…). La « guerre contre la terreur » a aussi impliqué que la réponse correcte était primairement militaire. Mais le général Petraeus m’a dit et à d’autres en Irak, que la coalition ne pouvait tuer pour sortir du problème de l’insurrection et du conflit civil »(7). Pour quelles raisons les choses seraient-elles différentes en Libye, où le morcellement et l’attachement tribaux sont omniprésents ?

Non, parce qu’il serait temps de ramener cette menace à de plus justes proportions. Comme l’a rappelé Nicolas Gauthier, nous avons « …peur d’un terrorisme islamistes qui depuis le 11 Septembre, a fait bien moins de morts que celles occasionnées par les piqûres de serpents en Inde… »(8).

Q – Un peu fort tout de même ?

Jacques Borde – Oui, mais, outre que la formule n’est pas de moi, je dirai qu’une forme de distanciation est nécessaire sur ce sujet. En quoi un djihâdiste qui n’est reconnu comme islamiste par pratiquement aucun dignitaire musulman de renommée internationale devait être labellisé du terme de terroriste « musulman » ou même « islamiste » ? Les membres de l’Óglaigh na hÉireann (Irish Republican Army, IRA) sont-ils pour autant qualifiés de « combattants chrétiens » ou « terroristes catholiques », alors que l’attachement de la majorité de ses membres à l’Église catholique romaine & apostolique ne saurait être niée ? Et ils ne sont pas les seuls(9). Quid de l’Euskadi Ta Askatasuna (Eta) et de l’Asala(10). Comment comptez-vous qualifier des groupes comme les Cadwyr Cymru(11) et le Byddin Rhyddin Cymru Y Gweriniaethwyr 12gallois ? Le Dachnak arménien ? Et le Phineas Priesthood, mouvement radical chrétien US, spécialisé dans les attaques de banque et de cliniques pratiquant l’avortement ? D’ailleurs, avant de vouloir régenter le monde en matière de terrorisme, les États-Unis seraient bien inspirés de, d’abord, faire le ménage chez eux…"

Source : http://www.geostrategie.com/verbatim/libye-vers-limpasse-selon-le-patron-des-forces-us/3220