jeudi 14 avril 2011

Une hypothèse plausible : Staline a-t-il envisagé la déportation du peuple azéri sous l'influence de son camarade arménien Anastase Mikoyan ?

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 308-309 :

"En 1943, Staline tourna son regard vers la Turquie. S'inquiétait-il là aussi que la fragile neutralité de ce pays ne l'amène à se ranger du côté allemand ou s'apprêtait-il à lancer une attaque en Anatolie comme l'indiquerait plus tard sa revendication des territoires de Kars et d'Ardahan ? La question est ouverte. Cette année-là, un plan de déportation de la population azérie fut prémédité afin de prévenir une éventuelle réaction de celle-ci. Le premier secrétaire du PC azéri, Mir Djafar Baghirov, avec le soutien de Béria, se serait alors opposé fermement à cette éventualité. En gage de bonne foi, ou plutôt à titre de garantie, Baghirov s'engagea à augmenter la proportion de conscrits azéris et à en envoyer au front plus que n'en avaient requis les planificateurs militaires, limitant ainsi les risques de fraternisation. Aux yeux de Moscou, le nombre non négligeable de turcophones (du Caucase et d'Asie centrale) et de musulmans passés des camps de prisonniers dans les rangs de l'armée allemande constituait un risque.

La population meshkhète n'eut pas cette chance. Petit peuple installé entre l'Adjarie géorgienne et l'Arménie, le long de la frontière avec la Turquie, Géorgiens turcophones islamisés selon les Géorgiens ou Turcs établis dans le Caucase selon la Turquie, ils vivaient dans une région rude et difficile d'accès qui porte leur nom, la Meshkhétie. En novembre 1944, des bataillons du NKVD, ancêtre du KGB, prirent position dans la région et déportèrent toute la population meshkhète vers les steppes de l'Ouzbékistan. Sur une population d'environ 200 000 personnes, 30 000 à 50 000 décédèrent avant d'arriver à destination. Avec eux, des Azéris, des Kurdes turquisés, des Arméniens musulmans (les Khemsins), des Karapapakhs (petite tribu turcophone semi-nomade longtemps établie sur le territoire actuel de l'Arménie et dont les représentants dans l'ouest de l'Azerbaïdjan se sont depuis fondus dans la population azérie). Musulmans chiites, comme les Azéris, auxquels on a imposé l'azéri comme langue d'enseignement en 1936, ils portaient la mention « Azéri » sur leur passeport après avoir dû porter la mention « Turc », comme leurs cousins de Bakou."

Citations connexes du même auteur : Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris