lundi 30 mai 2011

1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman

Fuat Dündar, Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question (1878-1918), New Brunswick, Transaction Publishers, 2010, p. 129, note 30 :

"Le 20 février 1915, la branche bulgare de la FRA proposa au British War Office de débarquer des unités militaires arméniennes sur la côte cilicienne, composées chacune de 20 hommes. La proposition fut rejetée, la réponse étant : "Le schéma est impraticable et vous devez éviter de donner tout encouragement au comité arménien", FO 371/2484, cp. 28172/15. Une proposition similaire fut faite par "les Comités Arméniens Assemblés d'Europe" à Sir Edward Grey, avec "le désir du peuple arménien d'être définitivement libéré du joug turc", le 21 avril 1915 (FO 371/2485, conf. 48472.) Plus tard, les Arméniens vivant dans différentes parties du monde proposèrent aux Alliés de former un groupe de volontaires et de participer à la guerre. (FO 371/2485, conf. 49516 et conf. 51438.)"

Voir également : Les racines positivistes du nationalisme révolutionnaire arménien

dimanche 29 mai 2011

Européanocentrisme et racisme biologique au sein de l'intelligentsia nationaliste arménienne

Anahide Ter Minassian, Histoires croisées : diaspora, Arménie, Transcaucasie, 1880-1990, Marseille, Parenthèses, 1997, p. 120-121 :

"Porteuse des Lumières (si modestes soient-elles), l'intelligentsia [arménienne] a une vocation messianique, nationale et révolutionnaire : arracher le peuple arménien à ses « ténèbres asiatiques » et à l'arriération économique, lui rendre une dignité perdue durant des siècles d'asservissement et de misère, lui inculquer conscience nationale et conscience politique. Elle s'insurge contre tous les aspects du despotisme oriental et aspire à créer une société démocratique civilisée. Elle tire ses convictions du progrès économique et culturel des Arméniens passés sous obédience russe, en 1828 et 1878, et malgré son horreur de toute oppression, reconnaît les aspects civilisateurs de l'autocratie tsariste (règne de la loi, développement de l'enseignement, développement du capitalisme).

L'européanotropisme qu'elle manifeste dans tous les domaines porte encore la marque d'un inusable sentiment d'appartenance à la communauté chrétienne et occidentale, face à l'Orient islamique. Il se vérifie dans le domaine idéologique par l'association du socialisme à la Question arménienne."

Article dans le journal Hayasdan (publié à Sofia), n° 56, 19 août 1914 :

"La race mongole [les Turcs], funeste et traîtresse, attaque une fois encore, mais avec plus de violence, un des peuples les plus purs et les meilleurs de la race arienne [aryenne]. Ces luttes qui continuent depuis des siècles sous différentes formes ne sont autre que l'assaut d'une nation restée dans les ténèbres contre une autre qui ayant déjà parcouru le cycle des progrès sociaux, s'avance vers la lumière."


Ironie du sort, les Turcs anatoliens, si abhorrés par les nationalistes arméniens, sont, dans leur ensemble, génétiquement plus proches des Européens que ne le sont les Arméniens (ce qui n'a évidemment rien à voir avec le devşirme, les harem, etc., dont l'importance est éhontément gonflée par les turcophobes actuels dans un but de discrédit de l'identité turque), mais aussi moins "mongols" que les Russes (les alliés des mêmes nationalistes arméniens contre l'Empire ottoman), ce qui en dit long sur l'absurdité de la dinguerie nationalitaire arménienne :

Les "surprises" de la génétique : les Turcs anatoliens sont une population intermédiaire entre Balkaniques et Caucasiens

A noter que, contrairement aux allégations arméniennes (passant sous silence le racisme sans fard de leurs précurseurs nationalitaires), les Jeunes-Turcs n'ont jamais prétendu appartenir à une "race pure", concept qui leur était totalement étranger (il n'est pas inutile de rappeler que le jacobinisme est par définition fondamentalement opposé au nationalisme völkisch). Voici ce qu'écrivait P. Risal (pseudonyme de l'unioniste Tekin Alp) dans le Mercure de France du 16 août 1912 :

"Il sera nécessaire de répéter aux Turcs, sans se lasser, qu'ils sont des Turcs, qu'ils ont un passé glorieux et un avenir riche de promesses ; que l'essentiel est qu'ils soient unis, solidaires en tout. Peu importe que la race ne soit point pure, qu'elle soit hybride, bigarrée, que des mélanges constants aient brassé sans trêve le sang des Osmanlis. Ce qui constitue un peuple, ce n'est pas autant la communauté réelle, historique d'origine, que l'illusion de cette communauté. La formation des nations ne relève pas de l'anthropologie." (p. 700)

"Quoique le Yeni Hayat soit dépourvu de tendances assimilatrices, il conquiert peu à peu toutes les minorités musulmanes allogènes de Turquie. Les Kurdes nomades, les Lazes indociles au joug, les Valaques, les Grecs et les Bulgares islamisés de Turquie d'Europe, dont la foi mahométane est très tiède, seront absorbés à brève échéance par les Turcs, si toutefois la conscience collective turque continue à se renforcer. Ces populations sont sans passé historique connu d'elles, sans culture ni élite. Jusqu'ici, les Turcs, désorganisés eux-mêmes, n'ont pas tenté de les assimiler. Dans les villes, où leurs représentants sont isolés, ces musulmans non turcs prennent tout à fait le caractère du conquérant, abandonnent leur idiome, leurs moeurs, tout comme les Albanais déracinés de leur terroir et devenus fonctionnaires ou commerçants. On ne peut les distinguer des Turcs. Mais, dans les campagnes, le paysan n'a pas été entamé. Cependant il n'est pas réfractaire à l'influence turque. Il accepte volontiers les écoles de l'Etat et se rallie au mouvement nationaliste osmanli.

L'apport de ces minorités n'est pas négligeable. Il se chiffre par plus de trois millions d'âmes. C'est beaucoup pour les Turcs qui ne sont qu'au nombre de huit millions à peine dans tout l'empire." (p. 704-705)

C'est bien pourquoi, contrairement aux nationalistes chrétiens-orthodoxes des Balkans (échanges de populations orthodoxes entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie, dans le sillage des partages de la Macédoine et de la Thrace), les révolutionnaires turcs n'ont pas expulsé leurs coreligionnaires d'autres ethnies.

mardi 24 mai 2011

Liberté d'expression en Arménie : encore du chemin à faire

Le Caucase a besoin de réformes, selon Jerzy Buzek
Relations extérieures − 23-05-2011 - 16:59

Du 18 au 20 mai, le Président du Parlement Jerzy Buzek s'est rendu en visite officielle au Sud-Caucase. Il a rencontré les présidents arménien, géorgien et azerbaïdjanais, des journalistes, des représentants de la société civile, de l'opposition… Il a souligné que la démocratie, les droits de l'homme, l'Etat de droit, la stabilité et la prospérité faisaient partie des priorités du partenariat entre l'Europe et ses voisins orientaux.

Mercredi 18 mai, Jerzy Buzek a rencontré le président arménien Serge Sargsian. Il a demandé aux autorités arméniennes d'accélérer les réformes et souligné l'importance du pluralisme des médias. Seuls des progrès dans ces domaines amèneront l'Union européenne à plus s'engager dans la région et à augmenter son aide.

Le lendemain, il a prononcé un discours à Tbilissi, en Géorgie, devant le forum parlementaire de la Communauté des démocraties. Il a souligné que le Parlement européen soutenait l'indépendance de la Géorgie, sa souveraineté et son intégrité territoriale. « Je regrette la présence de troupes russes dans vos régions séparatistes », a-t-il précisé, rappelant que le Parlement n'a pas reconnu la déclaration unilatérale d'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

Enfin, Jerzy Buzek a terminé sa tournée à Bakou, en Azerbaïdjan, où il a été reçu par le président Ilham Aliev. « Nous aimerions renforcer la coopération en matière d'économie, de commerce et d'énergie. L'énergie est notamment cruciale pour les deux partenaires », a-t-il défendu.
Source : http://www.europarl.europa.eu/fr/headlines/content/20110513STO19338/html/Le-Caucase-a-besoin-de-r%C3%A9formes-selon-Jerzy-Buzek

Les Arméniens d'Issy-les-Moulineaux : des décennies de communautarisme

Martine Hovanessian, "Soixante ans de présence arménienne en région parisienne (le cas d'Issy-les-Moulineaux)", Revue européenne des migrations internationales, volume 4, n° 3, 1988, p. 75 :

"Notons l'existence de 18 associations arméniennes ; l'église apostolique, église autocéphale à laquelle appartiennent la majorité des Arméniens, dispose dans la ville d'une église et dispense le mercredi des cours de langue arménienne à quelque deux cents enfants. Des structures semblables ont été mises en place par l'église évangélique. L'arménien est aussi enseigné dans un établissement scolaire français. L'existence au sein de la municipalité isséenne d'un délégué aux affaires arméniennes, les nombreuses manifestations culturelles au théâtre et au conservatoire municipaux témoignent de l'importance des pratiques identitaires du groupe que permet la permanence « réussie » sur un territoire."

Les Arméniens de Nice : communautarisme et tensions internes

La communauté arménienne sous haute tension
Publié le jeudi 22 avril 2010 à 00H00

Richard RAY

Rien ne va plus à l'église apostolique du boulevard de la Madeleine. Des paroissiens dénoncent un climat d'intimidation.



Ce sont des coups de poing qui en disent long. Révélateurs du climat de haute tension qui règne au sein de la communauté arménienne à Nice. L'agression dont a été victime le fils d'un de ses responsables (lire ci-dessous) a suscité l'intervention, avant-hier, du procureur de la République en personne, désireux d'enrayer une dérive inquiétante.

« La situation ambiante au sein de la communauté arménienne pose des problèmes, dixit Éric de Montgolfier. Il y a une lutte de pouvoir assez âpre, qui a pris cette fois-ci un tour violent. J'ai voulu adresser un avertissement pour l'avenir. »

Au coeur du conflit : l'église apostolique située boulevard de la Madeleine, à proximité immédiate du centre culturel Barsamian. Deux camps s'opposent farouchement pour son contrôle. L'affaire n'est pas sans évoquer celle de l'Église orthodoxe russe du boulevard Tzarewitch, où deux partis s'affrontent pour la propriété des lieux. Mais le climat est, ici, autrement plus délétère. Avec des accusations mutuelles d'intimidations, menaces ou malversations. Voire des passages à l'acte.

Menaces de mort

« Jamais dans la longue histoire de [notre] Église, nous n'avions traversé une crise aussi grave et aussi dangereuse. » C'est la paroisse qui a récemment tiré la sonnette d'alarme dans un bulletin d'information exceptionnel.

Mais qui s'oppose donc à qui ? Pour Michel Djarbikian, vice-président du conseil paroissial, ce sont les ecclésiastiques qui veulent prendre le pouvoir aux dépens des laïcs. Et c'est le père Vatché Ayrapetyan, le curé de la paroisse - aujourd'hui démissionnaire - qui est pointé du doigt.

Dans un courrier adressé au président de la République, les membres du conseil paroissial et du conseil communautaire (1) dénoncent un « risque de dérive communautariste » et des « menaces de mort émanant d'un groupe violent constitué d'une cinquantaine d'hommes de main. » Le président du conseil communautaire, Gaspard Kayadjanian, déplore pour sa part des agissements « très dommageables pour notre communauté ».

Un émissaire du Catholicos

Quant au père Vatché Ayrapetyan, il se refuse à toute déclaration, s'estimant tenu à un devoir de réserve. Mis en cause par une partie de la communauté, il a présenté sa démission, laquelle n'a pas encore été acceptée par les instances religieuses. Pour l'heure, il n'officie plus.

Le « pape » de l'Église arménienne, le Catholicos Karékine II qui réside à Etchmiadzine, près d'Erevan, a dépêché un émissaire, le père Mesrop Barsamian, pour ramener un peu de sérénité. Les 4 000 Niçois d'origine arménienne prient avec lui pour que cette communauté, qui a toujours été exemplaire, retrouve la paix.

1.-Le conseil communautaire représente la communauté arménienne et a une fonction essentiellement culturelle.
Source : http://www.nicematin.com/article/nice/la-communaute-armenienne-sous-haute-tension

lundi 23 mai 2011

La Géorgie condamne le génocide des Circassiens, à la différence de l'Arménie

La Géorgie condamne le génocide des Tcherkesses dans l'Empire russe
19:16 20/05/2011
TBILISSI, 20 mai - RIA Novosti

Le parlement géorgien a adopté vendredi une résolution condamnant le génocide des Tcherkesses (Circassiens), un peuple montagnard du Caucase du Nord, dans l'Empire russe en 1763-1864, rapporte l'agence News Georgia.

"Pendant la guerre du Caucase de 1763-1864, les dirigeants politiques et militaires russes ont organisé des purges ethniques dans les territoires tcherkesses. Ces territoires ont plus tard été peuplés par d'autres groupes ethniques", lit-on dans la résolution.

"Plus de 90% des Tcherkesses ont été tués ou ont quitté leur pays natal suite aux opérations militaires et aux purges", selon le document.
Selon le portail "Georgia online", de nombreuses diasporas tcherkesses du monde avaient demandé au parlement géorgien de reconnaître le génocide. Des discussions à ce sujet se sont déroulées en Géorgie pendant un an et demi.

Le parlement géorgien a qualifié les actions de l'armée russe de génocide conformément à la Convention de La Haye (IV) sur les lois et coutumes de la guerre sur terre du 18 octobre 1907 et de la Convention de l'ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948. Les représentants des diasporas tcherkesses de Turquies, d'Amérique, d'Allemagne et de la république russe de Kabardino-Balkarie ont assisté à la réunion du parlement, selon Georgia online.

Le territoire des Tcherkesses s'étendait sur la côte russe de la mer Noire et comprenait notamment la ville de Sotchi, qui accueillera les Jeux olympiques d'hiver de 2014. L'Empire russe a infligé une défaite définitive aux Tcherkesses le 21 mai 1864 à Krasnaïa Poliana, non loin de Sotchi, où se trouve actuellement une station alpine.
Source : http://fr.rian.ru/world/20110520/189552622.html

Pour rappel : La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste

Israël : Danny Ayalon et Avigdor Lieberman contre la "reconnaissance" du prétendu génocide arménien

...en raison de la coopération avec l'Azerbaïdjan :
Danny Ayalon: Knesset Recognition Of “Armenian Genocide” is Impossible”
Monday, 23 May 2011 07:11

“We can not damage our relations with Azerbaijan, our major strategic partner in the Muslim world, because of controversial issues on events of centenary remoteness”
Yisrael Beiteiny, “Israel is Our Home” faction at the Israeli Knesset (parliament) will make all efforts to prevent recognition of so-called “Armenian genocide”. President Shimon Peres supports Foreign Minister Avigdor Lieberman and his fellow party members, who believe that this recognition can threaten the strategic cooperation between Azerbaijan and Israel.

Deputy Foreign Minister Danny Ayalon said the recognition of “Armenian genocide was impossible: “Knesset will not recognize “Armenian genocide”. Those, who intend to reach it, have no any chance. We can not damage our relations with Azerbaijan, our major strategic partner in the Muslim world, because of controversial issues on events of centenary remoteness”.

Meretz party, which raises an issue on the recognition of so-called “Armenian genocide” every year, included this issue in Knesset’s agenda again on May 18. The Parliament entrusted this issue to the commission on Education, Culture and Sports. The commission is leaded by member of “Israel is Our Home” faction Alex Miller. Miller’s position to the issue was as follows: “We don’t intend to pass a decision whether the genocide was or not. It will be naivety to think that the Commission on Education, Culture and Sports will be an authority which can solve the issues of centenary remoteness or relations with the Israel’s major strategic partner in the Muslim world”.

Leader of the “Israel is Our Home” parliamentary faction Robert Ilatov is at the same time head of Israel-Azerbaijan parliamentary assembly. Former Baku resident Yosef Shagal is one of the prominent figures of this party. He is expected to be appointed as ambassador to Belarus. “Israel is Our Home” party shows serious resistance to the recognition of the so-called “Armenian genocide” and prevents these attempts. One of the parliamentarians, who wished to remain unnamed, said they will use all political resources to prevent the damage of the relations with Azerbaijan.
“We have got enough power for this,” he said.

The position of Israeli President Shimon Peres is also unambiguous. He expressed his view on this issue in 2001.
“It is meaningless to say that Armenians underwent genocide like the Jews. Comparison of Armenians with Jews in the genocide issue is inadmissible,” he said.

APA
Source : http://www.historyoftruth.com/news/latest/9409-danny-ayalon-knesset-recognition-of-armenian-genocide-is-impossible

samedi 21 mai 2011

Le général Andranik Ozanian : un criminel de guerre issu du parti Dachnak

Stéphane Yerasimos, "Caucase, la grande mêlée (1914-1921)", Hérodote, n° 54-55, 4e trimestre 1989, p. 155-159 :

"Fin juillet 1914, le parti Dachnak, qui est à la pointe du mouvement national arménien, convoque son huitième congrès à Erzeroum quand la guerre éclate en Europe (la Turquie n'y entrera que le 1er novembre). A la fin du congrès, une délégation de personnalités « Jeunes-Turcs » vient proposer aux représentants arméniens leur participation à la guerre contre les Russes, leur offrant en contrepartie un Etat autonome comprenant les territoires transcausiens peuplés d'Arméniens ainsi qu'un certain nombre des districts des provinces d'Erzeroum, de Van et de Bitlis. Les responsables arméniens répondent que le parti Dachnak a choisi la neutralité. Au même moment, le catholicos d'Etchmiadzin, patriarche de tous les Arméniens, lance un appel vibrant à Vorontzov-Dachkov, vice-roi du Caucase, demandant à la Russie de protéger les Arméniens et de modifier le statut d'autonomie, déjà acquis à leur profit, avec la nomination d'un gouverneur chrétien choisi par la Russie à la tête des six provinces unifiées. En même temps, Vorontzov-Dachkov contacte les personnalités du Conseil national arménien à Tiflis, dont le maire de la ville Khatissian, et promet l'autonomie arménienne dans les six provinces orientales turques, si celles-ci sont conquises avec l'aide arménienne. Les Arméniens proposent alors la création d'unités de volontaires et des télégrammes sont aussitôt envoyés par le Conseil national arménien à toute la communauté, lui demandant de se mobiliser. Entre cette date et le début de la guerre turco-russe, le 1er novembre, quatre détachements de volontaires arméniens, composés d'Arméniens de Turquie (puisque les Arméniens de Russie sont enrôlés dans l'armée régulièrement formée) sont constitués. Leur quantité est sans doute négligeable dans la masse de l'armée russe, puisque chaque détachement compte environ mille hommes, mais utilisés au début comme éclaireurs et ensuite dans toutes les batailles sensibles mettant en cause des populations kurdes et arméniennes dans les endroits les plus contestés, leur rôle politique fut sans commune mesure avec leur poids réel.

Ainsi, dès le 24 octobre, une semaine avant le début des hostilités, le deuxième détachement volontaire arménien, dont le commandant en second est un député arménien au Parlement ottoman, part d'Igdir en direction de Van. La région allant du lac de Van à celui d'Ourmia est un des endroits clés du conflit, parce qu'elle constitue le chemin le plus court entre le Caucase russe et Mossoul, le centre de la haute Mésopotamie, d'où la jonction avec les Britanniques, qui attendaient déjà au Koweït la déclaration de la guerre pour occuper Basra, était possible. (...)

Le deuxième détachement arménien sera arrêté par les Turcs le 1er novembre. Mais, dès le début des hostilités, les troupes russes pénètrent en territoire turc en se servant des détachements de volontaires arméniens comme éclaireurs. De leur côté, les Turcs mobilisent les Kurdes en les utilisant comme cavalerie irrégulière. Dès le premier contact avec les Russes, 10 000 de ces cavaliers, sur un total de 13 000, désertent et se dispersent dans les villages des environs, où ils sont reçus à coups de fusil. De même, les fantassins kurdes et arméniens, mobilisés dans l'armée régulière, désertent et vont avec leurs armes protéger leurs villages. Dès le premier mois de la guerre, la confusion est totale.

Après l'échec de la première pénétration vers Van, les Russes décident d'utiliser le territoire iranien. En novembre, le khan de Maku est déposé et remplacé par un cousin plus docile. Une colonne russe, accompagnée du premier détachement de volontaires arméniens, dirigé par Antranik, le chef arménien le plus célèbre, traverse Khoy et Qotur et occupe Saray, à l'intérieur du territoire turc et à 70 kilomètres de Van. Baskale, plus au sud, est occupé le 24 novembre par l'armée russe. Les habitants arméniens en profitent pour piller les maisons musulmanes. Une contre-offensive turque récupère la ville et c'est alors le massacre des Arméniens. (...)

Après l'échec de la grande offensive turque, la région Van-Ourmia retrouve son importance. En février, les Russes réoccupent les territoires iraniens et Simko bascule encore une fois dans le camp russe. Mais cette fois les Turcs préparent à Mossoul une division, sous la direction de Halil Bey (futur pacha), oncle d'Enver Pacha, qui quitte cette ville en mars en direction d'Ourmia, à travers les défilés du Grand Zab. C'est à cette occasion que des émissaires russes sont envoyés chez Mar Shimoun, le patriarche (dans le sens biblique du terme) des nomades nestoriens qui tiennent, conjointement avec les Kurdes, cette région. En même temps les 2e, 3e, 4e et 5e (nouvellement créé) détachements de volontaires arméniens sont réunis en un corps spécial, chargé de marcher sur Van. La région est en effervescence depuis le début du printemps et, le 20 avril, la révolte arménienne de Van éclate. (...)

Devant les nouvelles de la révolte de Van, les détachements arméniens accélèrent leurs préparatifs et quittent Erivan le 28 avril. Trois jours plus tard, Halil Bey se trouve à Dilman, au nord de l'Ourmia, face au premier détachement arménien, celui d'Antranik. Le lendemain, la bataille est encore indécise, quand le commandant turc reçoit un télégramme lui annonçant la révolte de Van et la nécessité de rentrer pour protéger la route de Mossoul à travers Bitlis. Le temps que Halil Bey arrive à Bitlis avec une armée en très mauvais état, harcelée le long du parcours par les Kurdes, les détachements arméniens entrent à Van le 18 mai et entreprennent le « nettoyage » des rives du lac. En même temps une colonne russe se dirige à travers Baskale vers le pays nestorien et, cette fois-ci, Mar Shimoun semble convaincu de participer au front chrétien qui doit courir du Caucase à Mossoul. Des membres de la communauté nestorienne, très importante dans cette ville, hésitant à suivre le patriarche à cause de la proximité des Turcs, sont assassinés par ses émissaires.

Devant l'aggravation de la situation, les Turcs, en agitant le danger chrétien, arrivent à rallier les Kurdes et reprennent progressivement les bords du lac Van. Le 4 août, les Russes doivent quitter Van et évacuer sa population arménienne. En été 1915, la situation revient au point de départ, mais 300 000 Arméniens sont réfugiés dans le Caucase et se trouvent entassés dans des conditions dramatiques autour d'Erivan, tandis que les déportations continuent sur tout le reste de l'Anatolie. De leur côté, les Nestoriens, pressés au nord par les Kurdes et au sud par un détachement turc venu de Mossoul, quittent les hautes vallées du Zab, où ils étaient installés depuis des millénaires, pour se réfugier dans la plaine d'Ourmia.

Suite à ces revers, les Russes reprennent une grande offensive d'hiver. En attendant, Van est réoccupée en septembre et les détachements arméniens progressent de nouveau le long des rives du lac. Cette fois-ci, ce sont les populations musulmanes qui s'enfuient vers l'ouest, quand elles le peuvent. Mais bientôt les forces russes prennent la relève. Mus est prise le 16 février 1916, le même jour qu'Erzeroum. Trabzon, au bord de la mer Noire, capitule le 18 avril. L'offensive russe atteint Erzincan, son point le plus avancé, le 25 juillet. Mais les Turcs reprennent Mus le 6 août et tiennent toujours Bitlis, empêchant toute descente vers la Mésopotamie. Lors de cette guerre « en accordéon », les fronts successifs et l'arrière-front sont dépeuplés à 75 %. Si l'on estime la population arménienne de cette région entre 30 et 40 % du total, le reste est composé des populations musulmanes, kurde ou turque.

Au moment où les forces russes occupent la plus grande partie des six provinces ottomanes, revendiquées par les Arméniens, Sazonov, le ministre russe des Affaires étrangères, dans une note au grand-duc Nicolas, vice-roi du Caucase, s'élève contre le projet d'une région arménienne autonome, puisque la population arménienne, qui n'atteignait avant la guerre que le quart de la population totale, avait encore diminué au cours des deux dernières années. Par conséquent, l'insistance des autorités russes à maintenir ce projet sur un territoire sous leur occupation leur aliénerait les populations musulmanes. Ainsi, Sazonov propose maintenant une administration directe reconnaissant les droits de chaque minorité. Le commandement du Caucase, face au dépeuplement de la région, élabore d'autres projets, comme celui de la création d'un territoire des Cosaques de l'Euphrate, peuplé d'émigrants russes. C'est ainsi que les détachements de volontaires arméniens, leur rôle terminé, seront dissous, après avoir perdu un tiers de leurs effectifs."


Anahide Ter Minassian, La République d'Arménie : 1918-1920, Bruxelles, Complexe, 2006, p. 84-85 :

"(...) durant l'été 1918, tout le haut pays du Karabagh, du Zanguézour et du Nakhitchévan où les populations arméniennes et musulmanes sont étroitement imbriquées, est embrasé par une sanglante guérilla. Aux vieux antagonismes ethniques, religieux, économiques, aux luttes agraires se sont ajoutées de nouvelles oppositions. Les Arméniens ont une orientation franchement prorusse tandis que les Tatares d'Azerbaïdjan, attendent de la Turquie qu'elle rétablisse l'hégémonie musulmane en Transcaucasie. Malgré l'arrivée de 30 000 réfugiés qui amènent avec eux des menaces tout à fait fondées de famine et d'épidémies, les dirigeants arméniens du Zanguézour accueillent Andranik et sa « Division Spéciale d'Assaut » à bras ouverts car ils savent que l'armée turque dans sa marche vers le Karabagh menace leur province. Brutalement, systématiquement, Andranik et ses hommes, soutenus par la population locale arménienne, détruisent les villages musulmans qui contrôlent l'accès des principales vallées du Zanguézour, refoulent les nomades tatares montés de la plaine avec leurs troupeaux en cette période de transhumance. Ces opérations auront des conséquences durables : elles enclenchent un irrésistible processus d'arménisation du Zanguézour. L'installation dans le Daralakiaz des réfugiés du Dâron accélère ce processus. Durant l'hiver 1918, pour pouvoir conserver leurs liaisons avec l'Arménie araratienne où ils se fixeront plus tard, sur les pentes de l'Aragats, les « Darontzi » « nettoient » brutalement et méthodiquement les hautes vallées du Zanguézour de la présence tatare.

C'est dans ce contexte que se terminera l'épopée du général Andranik."


Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 286-287 :

"La question du Zanguezour, remis à l'Arménie, fut la plus tragique pour les populations azéries. Harcelés par les milices d'Andranik Ozanian en 1918-1919, brutalisés et expulsés sans ménagement de leurs villages, les paysans musulmans virent leur terre occupée par les troupes arméniennes dashnakes, qui firent de ces régions difficiles d'accès un bastion imprenable après les avoir pratiquement dépeuplées. Lors de la chute de l'Arménie dans l'orbite soviétique en décembre 1920, le Zanguezour se déclara indépendant sous les ordres des chefs arméniens dashnaks Dro Khanayan et Garéguine Ndjeh. Durant l'inssurection dashnake contre le nouveau pouvoir bolchevique en février 1921, écrasée à Erevan, le Zanguezour devint un sanctuaire dashnak, nommé d'abord « Siounik autonome », puis « République arménienne de la Montagne » avant d'être battu en juillet par l'Armée rouge venue du Karabagh. Les militants dashnaks s'enfuirent en Iran après avoir précipité leurs prisonniers de guerre soviétiques du haut d'une falaise. La population azérie de la région était passée de 51 % en 1897 à 6 % en 1926, de 71 000 personnes à 4 400, constituant une quasi-épuration ethnique, pendant que les dashnaks en avaient fait une colonie de peuplement pour les réfugiés d'Anatolie. Quand se posa en 1924 le problème du retour des réfugiés, le pouvoir soviétique exigea que les gens restent là où les événements les avaient conduits. Quant à l'établissement d'un statut d'autonomie pour protéger les droits nationaux des résidents azéris en Arménie, réitéré à la fin de la perestroïka, il n'en fut jamais question.

Les quatre années terribles 1918-1921 ont été marquées par une politique d'élimination méthodique des populations musulmanes placées sous les autorités arméniennes successives (plaine de l'Araxe, Sharour, Zanguezour et partiellement Karabagh, entre autres) ; les populations arméniennes, qui ne composaient que 20 à 30 % du peuplement de ces régions au début du XIXe siècle, acquirent une prééminence numérique écrasante. De l'autre côté, les Azéris, qui n'ont pas pratiqué cette politique envers les communautés arméniennes de Bakou ou de Gandja, qui ont prospéré jusqu'à la fin de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, ont été contraints de conférer un régime d'autonomie aux populations arméniennes du Karabagh. Cette inégalité de traitement poussa par précaution les autorités bolcheviques à placer l'Azerbaïdjan sous un contrôle plus étroit du centre."


Voir également : Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Deux criminels de guerre assyro-chaldéens de la Première Guerre mondiale : le patriarche Mar Shimoun et le "général" Agha Petros 

L'armement des fedai (guérilleros) arméniens en Anatolie ottomane

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973, p. 569, note 16 :

"Le développement du mouvement fédaï, du terrorisme interne et externe, les tentatives pour organiser l'auto-défense de la paysannerie arménienne exigeaient des quantités importantes d'armes et de munitions. Les problèmes d'armement, ainsi que les problèmes financiers qui y sont afférents, devinrent jusqu'à l'obsession, la préoccupation essentielle des révolutionnaires arméniens. Armes et munitions ont toujours été insuffisantes. Elles sont achetées ou volées dans les armureries et les casernes (les Arméniens doivent le service militaire en Russie depuis 1887). Elles proviennent en général de Tula. Elles doivent, déjouant la surveillance policière, être transportées sur d'immenses distances et traverser plusieurs frontières. La route principale passe par la Perse : c'est la route Salmast-Van. Sur cette route, les daschnaks fortifient le petit monastère de Dérik. En 1891 ils créent, à Tabriz, leur propre arsenal. Le transfert, qui se fait par petites caravanes, souvent à dos d'hommes, est rendu extrêmement dangereux par les embuscades que tendent les Kurdes avides de s'emparer de ces armes. Le coût très élevé, en hommes et en argent, de ces opérations explique les mesures draconiennes appliquées contre ceux qui se séparent de leurs armes. Cela explique aussi la décision prise par les daschnaks de ne plus distribuer, mais de vendre les armes à la paysannerie (1892). Plus tard, la Bulgarie devint un centre où les daschnaks eurent aussi un arsenal et même une Académie militaire (créée par Rostom en 1905, probablement à Plovdiv)."

Voir également : Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

vendredi 20 mai 2011

Caucase : Arméniens et Géorgiens face à l'Islam

Alexandre Bennigsen, "Le détonateur caucasien", L'autre Europe, n° 20, 1989, p. 22 :

"Il serait inexact de considérer les crises nationales en Transcaucasie comme la conséquence de seules tensions religieuses, islamo-chrétiennes. Certes, la Géorgie comme l'Arménie, en lutte avec l'islam dès le VIIe siècle (quand les Arabes pénétrèrent pour la première fois au Chirvan), furent durant plus de mille ans des bastions chrétiens réfractaires à l'influence musulmane. Mais les clivages n'ont pas joué partout avec la même intensité : le nombre d'Arméniens passés à l'islam (les « Hemshins ») est infime (inférieur à un millier) tandis que celui des Géorgiens musulmans dépasse probablement 150 000, répartis entre « Adjars » convertis par les Turcs ottomans au XVIIe siècle et « Ingilois » de l'Azerbaïdjan occidental, convertis au XVIIIe siècle.

Par ailleurs, si les relations entre Arméniens et musulmans furent dès le début de notre siècle marquées par des incidents sanglants très nombreux, les rapports entre musulmans et Géorgiens furent (et sont encore) sinon cordiaux, du moins corrects. Avant la révolution russe, la religion n'était pas l'unique source de conflit : les facteurs sociaux et économiques et le dynamisme exceptionnel des Arméniens, en particulier, y jouaient un rôle aussi important que les différences confessionnelles."


Sur les Hemşinli (Hémichis) : Le rejet des Hemşinli (Hémichis), Arméniens islamisés, par le nationalisme arménien

mercredi 18 mai 2011

Les Arméniens ? Un peuple traditionnellement dominé par d'autres

Note intitulée "Qui sont les Arméniens ?", L'Histoire, n° 341, avril 2009, p. 17 :

"Sur le plan territorial, l'Arménie a rarement été indépendante, même si un « royaume d'Arménie » a existé au IIe-Ier siècle av. J.-C., puis au IXe-Xe siècle. A partir de l'ère chrétienne, elle fut le plus souvent dominée par les Romains, les Perses, puis par les Arabes, Byzance et les Turcs."

Voir également : Les malheurs indicibles de la nation arménienne (d'après les chroniqueurs arméniens)

Le saviez-vous ? Comment la "Grande Arménie" s'est vidée de ses Arméniens au cours des siècles

Les Arméniens ? Un peuple de diaspora

Les Arméniens ottomans, une communauté non-musulmane exclue du devşirme (devchirmé)

Dimitri Kitsikis, L'Empire ottoman, Paris, PUF, 1991, p. 58 :

"Le rang d'« esclave » [de la Porte] était tellement prisé que ces populations [musulmanes de Bosnie] avaient conclu un arrangement avec Mehmet II qui stipulait que leur conversion ne les exclurait point, eux et leurs descendants, du devşirme. Ces kapıkulları musulmans étaient appelés potor et étaient envoyés au service du palais et non dans l'armée.

Le recrutement se fit d'abord en Roumélie, puis, à partir de 1512, fut étendu à l'Anatolie. Afin de ne pas désorganiser le commerce et l'industrie, les jeunes d'Istanbul, des grandes villes et les fils des artisans ruraux en étaient exclus. Néanmoins, des parents chrétiens et même musulmans versaient des pots-de-vin pour envoyer leurs enfants à la campagne, dans l'espoir qu'ils pourraient être recrutés. Les Juifs et les Arméniens (bien que ces derniers fussent chrétiens, mais non orthodoxes) en étaient totalement exclus. D'ailleurs les Juifs n'avaient pas de base rurale et, vivant dans les villes, ils en étaient de toute façon exclus."

Pour des informations complémentaires sur le sujet : Le devşirme (devchirmé) dans l'Empire ottoman

XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

Anahide Ter Minassian, La question arménienne, Roquevaire, Parenthèses, 1983, p. 76-78 :

"La question arménienne est un aspect de la question d'Orient dont elle reproduit les éléments : situation d'oppression d'une minorité chrétienne de l'Empire ottoman, renaissance culturelle arménienne, exemple des insurrections balkaniques, incapacités de l'Empire ottoman à se moderniser, rivalité des Puissances européennes.

Le Hatt-i-Humayoun de 1856 a proclamé l'égalité juridique entre tous les sujets musulmans et non-musulmans (rayias) de l'Empire ottoman sans se traduire dans les provinces anatoliennes par des applications pratiques. Et alors que la « Constitution nationale » et le « Conseil arménien » sont de réelles réformes dont bénéficient surtout la bourgeoisie et le clergé arméniens de Constantinople, le sort de la paysannerie arménienne, comme de l'ensemble de la paysannerie anatolienne, empire.

Le problème agraire est l'aspect cardinal de la question arménienne. Une bureaucratie centralisée ottomane et un nouveau système d'impôts ont augmenté la pression fiscale, sans abolir les modes de perception archaïques, la « rente féodale », les abus, la corruption, et l'anarchie provinciale. Endettés en permanence, livrés à l'arbitraire, les paysans arméniens se voient enlever leurs récoltes et leurs terres par les fermiers des impôts, les usuriers (qui sont souvent des aghas arméniens), les grands propriétaires musulmans.

Rythmée par les famines et les migrations économiques forcées (pandoukhtoutioun), la dépossession de la paysannerie s'aggrave dans la seconde partie du XIXe siècle avec l'apparition des Circassiens et l'expansion kurde.

En effet, la difficile victoire russe sur les Gorcys s'est soldée, après 1864, par le départ d'environ un demi-million de musulmans caucasiens (Tcherkesses, Abkhazes, Oubykhs, etc.) pour l'Empire ottoman. Leur installation dans les provinces frontalières, mais aussi jusqu'en Cilicie, sera suivie de celle des mouhadjirs européens et se fait très souvent sur les terres des rayias arméniens.

Avec l'approbation des autorités turques, l'aire de nomadisation des tribus kurdes méridionales s'étend de plus en plus vers le nord et le nord-est. Nomades ou semi-nomades, les Kurdes se fixent l'hiver dans les régions de Mouch de Van, et autour de l'Ararat, occupant terres et villages des sédentaires, exigeant des paysans arméniens l'entretien et le tribut, leur imposant de force l'achat de leur protection (le hafir), pillant impunément, enlevant troupeaux, femmes et filles. Fuite et émigration, vers Constantinople, Smyrne et la Trancaucasie, sont les réactions habituelles du paysan et de l'artisan arméniens.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, l'expansion russe vers la mer Noire et la Caspienne a révélé les sentiments russophiles des populations arméniennes des provinces perses et ottomanes : ils traduisent face à l'Islam, une conscience œcuménique chrétienne.

Escomptant la protection bienveillante du tsar orthodoxe, le petit peuple arménien accueille chaque apparition de l'armée russe (en 1829, en 1854-56, en 1877-78) par des manifestations de joie, suivies de migrations plus ou moins massives vers la Transcaucasie, depuis l'incorporation de celle-ci à l'Empire russe (1801-1829). Ces attitudes et les intentions prêtées à la diplomatie russe d'instrumentaliser les Arméniens dans leur stratégie impériale, en Asie Mineure, compromettent la communauté arménienne, tenue jusqu'alors par les Turcs pour une « communauté loyale ».

L'insurrection bulgare et la guerre russo-turque (1877-78), l'apparition simultanée des armées russes sur l'Euphrate, et aux portes de Constantinople créent une situation de crise dans l'Empire ottoman et obligent à l'action le Patriarche arménien de Constantinople, Nercès et les notables du « Conseil national ». Un attachement sincère à l'Empire ottoman, renforcé par la méfiance que leur inspire un éventuel protectorat russe, synonyme de Panslavisme et d'Orthodoxie, dicte leurs choix : présenter aux grandes Puissances un programme d'autonomie administrative, dans le cadre ottoman, pour les vilayets de l'Arménie turque. L'article 61 du traité de Berlin (1878), qui répète, en les atténuant, les promesses de l'article 16 du traité de San Stéfano, internationalise la Question arménienne et la légitime en quelque sorte. L'engagement pris par la Porte de réaliser, sous le contrôle des Puissances, « les améliorations et les réformes qu'exigent les besoins locaux » n'est jamais appliqué. Mais, durant plusieurs décennies, il entretînt chez les réformateurs et les révolutionnaires arméniens, de dangereuses illusions et persuada les autorités ottomanes que les Arméniens cherchaient à démanteler l'Empire."

Voir également : L'antagonisme arméno-kurde

L'imbrication de deux réalités : le martyre des muhacir et les massacres d'Arméniens en Anatolie

Guerres arabo-byzantines : comment les Arméniens ont trahi les Byzantins

Jean-Paul Roux, Un choc de religions : la longue guerre de l'islam et de la chrétienté, 622-2007, Paris, Fayard, 2007 :

"Quelques Grecs et quelques Syriens tentaient de résister, mais ils étaient d'autant plus impuissants contre les envahisseurs que ceux-ci recevaient sans cesse des renforts. L'empereur byzantin, le basileus, Héraclius (612-640), fut obligé de recruter une nouvelle armée. Quand elle se mit en route, les Arabes abandonnèrent les territoires qu'ils pillaient et se regroupèrent, puis ils se replièrent pour l'attendre au sud de la petite rivière du Yarmuk, un affluent du Jourdain. Les forces byzantines, sans être énormes, étaient impressionnantes, de l'ordre de 30 000 hommes, mais c'était un ramassis de toutes sortes de gens que rien n'unissait. Elles attaquèrent le 15 août 636. Les auxiliaires arabes qui servaient dans leurs rangs désertèrent ou passèrent à leurs frères musulmans : on pouvait s'y attendre ! Les Arméniens choisirent le champ de bataille pour se donner un empereur : c'était plus imprévisible et pour le moins inopportun ! Dans de telles conditions, les Grecs ne pouvaient pas espérer l'emporter. Ils ne résistèrent pas aux charges des cavaliers qui les assaillaient. Leur général fut tué. Ils prirent la fuite, furent poursuivis et souvent rattrapés et sabrés. Après la Palestine, Héraclius perdait la Syrie. Malgré une épidémie de peste qui ralentit les opérations, les villes tombèrent les unes après les autres." (p. 51)

"En 689, en dépit des accords conclus, Justinien II entreprend des opérations en Arménie, puis, en 692, il entre imprudemment en lutte ouverte avec les Arabes. Il se fait vaincre à Sebastopolis, au nord de la Cappadoce, ce qui entraîne une succession de raids arabes sur l'Asie Mineure. La lutte devient alors des plus confuses, avec revers et succès pour un camp, puis pour l'autre. Byzance, en 700, prend Samosate, située sur la route d'Edesse, est victorieuse en Cilicie et reconquiert Chypre. Les musulmans occupent le pays des Lazes (696), soutiennent une révolte de l'Arménie byzantine (702), prennent Tyane (709), s'emparent de la Cilicie (710-711), d'Amasya (712), puis s'avancent en Anatolie, entrent à Antioche de Pisidie (713), ravagent la Cappadoce, enlèvent Pergame, assiègent Amorion (715) et, enfin, préparent une nouvelle offensive contre Constantinople." (p. 56-57)

Voir également :  Des victimes oubliées du terrorisme nationaliste arménien en Anatolie : les Juifs d'Hakkari et les Grecs de Trabzon

Le parasitisme des fonctionnaires arméniens de l'Empire byzantin

Les Arméniens et Byzance

Le Franco-Arménien Alain Boghossian aurait-il été corrompu par Ramzan Kadyrov ?

Pendules à l’heure pour Boghossian
Midi Libre
18/05/2011, 06 h 00

C’est à croire qu’ils le font exprès. À peine la douloureuse affaire des quotas terminée, c’est au tour d’Alain Boghossian, adjoint de Laurent Blanc, de défrayer la chronique. Le milieu de terrain des Bleus de 1998 se fait tirer l’oreille pour avoir pris part à un match de gala en Tchétchénie aux côtés de stars comme Barthez, Maradona, Figo.

Premier problème : le président tchétchène Ramzan Kadyrov, organisateur des festivités, n’est pas spécialement reconnu comme étant un chantre des droits de l’homme. Passionné de foot et mécène du club de Grozny, il est soupçonné d’avoir commandité depuis 2008 l’assassinat de nombreux opposants. À l’heure ou la notion de discrimination a ébranlé la FFF, la destination était mal choisie. Mais peut-être les sportifs ne se tiennent-ils pas trop au fait de cette actualité ? Deuxième problème : si Alain Boghossian affirme n’avoir pas été rémunéré, contrairement à d’autres (20 à 50 000 €, un million d’euros pour Maradona), il a reçu comme chaque joueur une montre incrustée de diamants. Le tout devant des caméras et en blaguant sur le sujet.

On se doute que les images n’ont guère plu aux grands pontes de la FFF ni à ceux du ministère des Sports à peine remis de la turbulence évoquée plus haut.


"Je ne suis pas allé à ce match avec mon étiquette d’entraîneur national mais avec celle d’ancien champion du monde. Je voulais donner un peu de chaleur car ce sont des peuples qui ont souffert, s’est défendu Boghossian. Je reçois une montre et je fais l’idiot avec car je suis spontané, et puis un cadeau ça ne se refuse pas. On n’a rien à me reprocher." Boghossian a promis de vendre la montre de la discorde au profit d’une œuvre caritative, mais il s’est quand même fait reprendre de volée par Fernand Duchaussoy. Le président par intérim de la FFF a parlé de "connerie" et demandé à tous les membres du staff tricolore d’informer la FFF de tous leurs déplacements, officiels ou privés.

L’affaire n’en restera d’ailleurs pas là puisque selon l’Équipe, Alain Boghossian sera reçu dans les prochains jours par Alain Resplandy-Bernard, directeur général de la FFF, pour s’expliquer. La Fédération envisagerait d’éventuelles sanctions, soutenue par la ministre des Sports Chantal Jouanno. "Il est de la responsabilité des dirigeants de la FFF de faire toute la lumière sur la participation de Boghossian à ce match", a-t-elle déclaré.

Comble d’ironie dans cette histoire, d’après les dernières infos circulant sur la toile, la fameuse montre en diamants ne marcherait pas...
Source : http://www.midilibre.fr/2011/05/17/pendules-a-l-heure-pour-boghossian,320544.php

mardi 17 mai 2011

Edvard Margaryan : mort d'un "voleur dans la loi" (sic) arménien




Promesses de l’ombre
Par Jérôme Pierrat le 15/05/2011

Quelques jours avant le double meurtre à la Kalachnikov commis à Marseille le 12 mai dernier, deux hommes avaient été tués à Nice. Pas des garçons de quartiers mais des membres du crime organisé d’ex-Urss, flingués au 22 long rifle dans un appartement du boulevard Grosso.
L’occupant de l’appartement, un Georgien de 35 ans, a été arrêté alors qu’il prenait la fuite avec ses deux enfants.

La première victime est un arménien de 39 ans, Edvard Margaryan. Jamais condamné, il avait été couronné Vor v Zakone, « voleur dans la loi », en 1997 sous le parrainage de deux frangins arméniens, eux-mêmes « voleurs dans la loi », les Oganovs.


Le titre de Vor v Zakone est apparu dans les camps de détention soviétiques dans les années vingt-trente. Cette fraternité de tatoués (à l’oeuvre dans le film les Promesses de l’ombre), régie par un strict code de lois et par son tribunal interne, le shodka, constitue l’élite du crime organisé d’ex-Urss. Aujourd’hui, les Georgiens représentent la moitié des 600 Vor recensés. Bref Edvard surnommé Edo Oktemberyanskiy (il était originaire de la ville d’Oktemberyan) n’était pas le premier truand venu. Il était en conflit depuis plusieurs années avec des groupes criminels tchétchènes et s’était fait tabasser il y a deux ans. Il venait de rejoindre – depuis Barcelone où il habitait précédemment – à Nice ses deux enfants qui y vivent avec son ex-femme.

L’autre victime  est un boss tchétchène de 56 ans, Abdulla Erzanukayev surnommé Abdulla l’Autrichien depuis qu’il avait protégé (il était sa Krytcha, son « toit ») Grégory L. un homme d’affaire ouzbek dont la société viennoise blanchissait les millions des apparatchiks russes. Au milieu des années 90, la blanchisserie avait été cédée à l’un de ses collaborateurs russes qui l’avait installée à Paris sous le nom de Kama trade. Embarquant avec lui Abdullah devenu militant indépendantiste tchétchène. Ce qui ne l’empêchait pas de rouler en Ferrari et d’habiter le 16e. Il possédait également une carte black et dépensait des centaines de miliers d’euros provenant d’une société établie à Nauru. Jusqu’à ce que Karma tarde tombe à l’occasion de l’opération franco-italienne anti-blanchiment Toile d’Araignée en juin 2002. Abdullah avait fait un séjour au trou et depuis s’était installé à Nice, Le fief des caucasiens en France. On disait qu’il y jouait les juges de paix…
Source : http://metrofrance.com/blog/mafia/2011/05/15/promesses-de-lombre/

Parmi ces "voleurs dans la loi" dits "géorgiens", combien sont en fait arméniens ?

Pour rappel : La mafia arménienne règle ses comptes avec d'autres mafias dites de l'Est sur la Côte d'Azur

Nice : un Arménien de Géorgie suspecté de double homicide

lundi 16 mai 2011

L'antagonisme arméno-kurde

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973, p. 571, note 20 :

"L'histoire des Kurdes et l'histoire des relations entre Arméniens et Kurdes au XIXe siècle est mal connue. Elle a cependant été déterminante dans le mouvement révolutionnaire arménien. Jusqu'au milieu du XVIIe siècle les tribus kurdes vivent en principautés militaires, presque indépendantes, entre l'Empire ottoman et l'Empire perse. Depuis le début du XIXe la pression du Gouvernement ottoman sur les Kurdes s'accentue. Elle provoque les premières révoltes kurdes, à la fois nationales et tribales. Les tentatives de modernisation de l'Empire ottoman aboutissent, après la répression de la grande révolte de 1856, à l'établissement d'une bureaucratie turque dans les vilayet orientaux. Dans la seconde partie du XIXe siècle, l'équilibre qui existait entre les nomades kurdes et les populations sédentaires (arméniennes surtout) est rompu. D'une part, l'aire de nomadisation des Kurdes s'étend de plus en plus vers le nord et vers l'ouest, vers Mouch, Van, l'Ararat. D'autre part ces tribus tendent à se fixer l'hiver dans ces régions, exigeant tribut et entretien des raya arméniens. Il est probable que cette rupture d'équilibre est due à la fois à une croissance démographique (que l'on constate sans pouvoir la mesurer) et à l'apparition d'une administration turque. Celle-ci encourage systématiquement, dans le dernier tiers du XIXe siècle, la transplantation des Kurdes en Arménie. En créant en 1891, sur le modèle cosaque, la cavalerie kurde des hamidiés elle utilise à son profit leur force militaire et renforce le contrôle des frontières avec la Russie et l'Iran.

Les conditions d'existence de la paysannerie arménienne deviennent rapidement insupportables. Les raya arméniens désarmés et inorganisés, alors que les Kurdes sont armés et organisés en chefferies, pour qui le pillage est une activité économique virile, se voient enlever leurs terres, leurs troupeaux, leurs femmes, leurs filles, et jusqu'à la vie même. Ils se voient imposer la pratique du hafir (achat de la protection de telle ou telle tribu kurde) qui ne les protège en rien et vient s'ajouter au pillage anarchique dont ils sont victimes. Dès les années 70, les Archives du Patriarcat de Constantinople voient s'amonceler les pétitions villageoises où sont dénoncées l'insécurité des biens et des personnes, les exactions sexuelles, etc. Cf. A. Beylerian, op. cit.

Cela explique la véritable psychose de haine contre les Kurdes qui s'empare des Arméniens au début du mouvement révolutionnaire. «... jusqu'à aujourd'hui [1909] je me souviens de l'effet immense et de la colère que soulevaient parmi nous les exactions kurdes contre les Arméniens. Les reportages sur l'Arménie turque dans notre presse, les descriptions des barbaries commises, les pillages et les meurtres, l'enlèvement des vierges, le viol des femmes provoquaient dans le Caucase colère et émotion extrêmes. » Cf. St. Stépanian, « Mémoires, » in Divan..., op. cit. Le désir de vengeance anime la première génération de ces révolutionnaires, mais aussi le sentiment que la « critique des armes » obligera le Kurde au respect et rendra au paysan arménien asservi, sa dignité, Les faits rapportés ici sont exacts. Par exemple, la malheureuse expédition Gougounian s'était soldée par le meurtre gratuit de quelques pauvres bergers kurdes."

Voir également : Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

L'expulsion des Kurdes d'Arménie et du Karabakh

Le président arménien Sarkissian appelle à un renforcement des liens mutuels avec le régime islamiste iranien

Le président arménien appelle à un renforcement des liens mutuels avec l'Iran
Téhéran.Irna. 14 Mai 2011

International. Arménie
Le président arménien Serge Sarkissian lors d'une rencontre vendredi soir avec un haut responsable iranien a appelé à une coopération mutuelle renforcée avec la République Islamique d'Iran.

Le président arménien a fait ces remarques lors de sa rencontre avec vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour le Moyen-Orient, M. Mohammad Reza Sheibani à Erevan.


Serge Sarkissian a exprimé également la volonté de son pays de lever les obstacles qui entravent l'élargissement des relations bilatérales.



Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour le Moyen-Orient, pour sa part, a annoncé que la proposition de tenir une conférence internationale contre le terrorisme a été faite par le président Mahmoud Ahmadinejad au sommet de l'Assemblée générale des Nations Unies en 2010.


Il a déclaré que la République Islamique d'Iran estime que la présence des troupes étrangères et leur ingérence au Moyen-Orient sont les causes premières du terrorisme dans la région.


Les moyens de renforcer les liens mutuels ont également été abordées lors de cette rencontre.


Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour le Moyen-Orient s'est également entretenu avec le ministre arménien des Affaires étrangères Edward Nalbandian lors de sa visite d'une journée en Arménie.
Source : http://www2.irna.ir/fr/news/view/line-94/1105144628132147.htm

La mafia arménienne règle ses comptes avec d'autres mafias dites de l'Est sur la Côte d'Azur

Les mafias de l'Est règlent leurs comptes sur la Côte
Publié le samedi 14 mai 2011 à 10H05

À trop se régaler des romans de John Le Carré, on s'était peut-être monté le bourrichon. Après tout, la réalité de la mafia russe est judiciairement bien ténue sur les bords de la Méditerranée. Peu d'affaires retentissantes, pas de grands dossiers judiciaires : et si cette « Cosa nostra » venue de l'Est n'avait été qu'une vue de nos esprits ? La réponse est non. Au contraire. Sur la Côte d'Azur et dans le Var, plus que partout ailleurs en France, les vory v'zakone - les « voleurs dans la loi » - sont là et bien là.

Concile mafieux dans un palace niçois

S'il n'y avait eu, ces derniers mois, une incroyable série de règlements de comptes sanglants en pleine rue à Nice, Bormes-les-Mimosas dans le Var ou encore Marseille, cette mafia post-soviétique, plus géorgienne que strictement russe, aurait sans doute pu continuer à gangrener discrètement mais sûrement la Côte.
Mais voilà, désormais les luttes de clans éclatent au grand jour. Ces « vory v'zakone » ont la détente facile. Culture de la guerre. C'est dans les goulags soviétiques que ces bandits froids et violents ont réactivé les codes d'un système mafieux ancestral en Russie dont la trace remonterait au XVIe siècle.

Inquiétant ? Le juge Philippe Dorcet ne le cache pas (lire page ci-contre). En quelques années, après avoir déplacé sa tête de pont de l'Espagne au sud de la France, cette mafia géorgienne, arménienne, bulgare ou même tchétchène, a fait plus que s'implanter. Si elle ne touche pas à la drogue, elle serait à l'origine de près de 20 % des faits de grande délinquance, avec une spécialisation manifeste pour le home jacking, les vols de voitures à la commande et les gros cambriolages.

La « petite histoire policière » certifie qu'il y a dix ans, dans un palace de la Côte à Nice, les chefs de clans des vory v'zakone s'étaient mis autour de la table avec les autres acteurs du grand banditisme - Corses, Calabrais, Napolitains - pour définir une sorte de Maastricht mafieux. Une vraie mise en coupe réglée.

Opération « Java »

Une « fable » que confirme l'opération Java. Lancée au niveau européen début 2010, cette vaste opération de mise sous surveillance électronique des parrains de la mafia géorgienne avait conduit à l'interpellation de 65 « voleurs dans la loi ».

À l'arrivée, des centaines d'heures d'écoute confirmant les soupçons de toutes les polices européennes. Et ainsi, c'est à Puget-Théniers que l'une des principales cibles d'Euro-Pole sera finalement délogée le 23 août dernier : un jeune Géorgien de 29 ans pourtant bien discret.

Il est vrai que les vory v'zakone ne truandent pas pour le « bling-bling » : en entrant en grand banditisme, ils font vœu de mépris de la richesse. Ce qui les rend d'autant plus insaisissables. Et fatalement dangereux.

Le grand banditisme, pour eux, s'apparente presque à une idéologie que rien ni personne n'est habilitée à trahir. Sous peine d'en payer le prix… à coups de Kalachnikov.

Retrouvez le dossier complet sur le journal en ligne ou dans l'édition de Nice-Matin du 14 mai.

Dossier réalisé par Jean-François roubaud et Eric Galliano
Source : http://www.nicematin.com/article/cote-dazur/les-mafias-de-lest-reglent-leurs-comptes-sur-la-cote

samedi 14 mai 2011

XIXe siècle : les Arméniens ottomans réservaient déjà un "accueil délirant" à l'armée russe

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973, p. 566-567 :

"En 1890, il ne peut s'agir que de la répression consécutive à la première manifestation politique organisée par les hintchaks à Kum Kapu (15 juillet 1890). Dans la cathédrale arménienne de Constantinople, et en présence du Patriarche des Arméniens, ils lisent un manifeste adressé au peuple arménien, exigeant l'autonomie de l'Arménie turque. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le Ermeni millet (le millet des Arméniens) est souvent désigné par les autorités turques comme le millet des « fidèles », par opposition aux « rebelles » (grecs, serbes, bulgares, etc.). La constitution octroyée en 1860, une Assemblée nationale arménienne créée en 1863, à Constantinople, sont les réformes dont bénéficie essentiellement la bourgeoisie arménienne des ports occidentaux de la Turquie, tandis que le sort de la paysannerie (et pas seulement de la paysannerie arménienne, mais de toute la paysannerie) empire en Asie Mineure. Cependant jusqu'au début des années 90 il n'y a pas de massacres.

La généralisation des massacres après cette date est interprétée par les Arméniens, comme l'expression de la politique barbare d'un Etat despotique et décadent, incapable de se réformer. Du côté turc (même si on s'explique peu à cette date) les massacres sont la réponse aux insurrections ou aux tentatives d'insurrections organisées par les partis révolutionnaires arméniens. C'est un réflexe de défense, après les précédents balkaniques, pour empêcher le démantèlement de l'Empire ottoman, menacé sur ses frontières orientales par le mouvement arménien.

Il convient de souligner que les conflits avec la Russie au XIXe siècle ont rendu les Arméniens progressivement suspects. L'accueil délirant qu'ils ont réservé à l'armée russe (cf. A. Pouchkine, Voyage à Erzerum) ou aux généraux arméniens de l'armée russe (campagne de 1877-78), un courant migratoire continu vers la Russie, l'apparition d'une « question arménienne » au Congrès de Berlin (cf. A. Beylerian, op. cit.) et de partis politiques, créés par des Arméniens de Russie, tout concourt à présenter les Arméniens comme les instruments de la politique d'expansion russe en Asie Mineure."

Voir également : La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste

samedi 7 mai 2011

La presse arménienne menacée selon RSF

Procès en diffamation et amendes astronomiques menacent la presse arménienne
Publié le vendredi 29 avril 2011.

Reporters sans frontières s’inquiète de la multiplication des plaintes pour diffamation visant les médias arméniens et de la disproportion des peines requises. Les amendes mirobolantes menacent l’activité de certains journaux et participent à la création d’un climat propice à l’auto-censure. Cette tendance à l’étouffement judiciaire et économique doit être absolument bridée. En avril 2010, l’abrogation des peines de prison pour diffamation ou calomnie a été saluée comme une avancée démocratique, mais les pressions n’en persistent pas moins. Au cours du seul premier trimestre 2011, on recense 12 procès en diffamation.

Les journaux indépendants sont les premières victimes de cette avalanche procédurière. Le quotidien Jamanak est actuellement en procès dans trois affaires différentes. Haykakan Jamanak et Hraparak sont également visés par des plaintes provenant le plus souvent d’hommes politiques. Le site d’information en ligne Hetq, fondé par l’ONG “Investigative journalists”, a été condamné le 18 avril 2011 par la cour de cassation à verser au maire d’Ijevan Tavoush Marz 450 000 drams (820 euros) et à publier un démenti officiel. Le litige portait sur une série d’articles dénonçant un détournement d’argent par plusieurs officiels locaux. Ayant épuisé tous les recours en justice possibles, l’ONG a annoncé qu’elle porterait plainte de la décision auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Parmi les habitués du recours en justice, la famille Kotcharian figure en bonne place. Ainsi, la femme de l’ex-président, Bella Kotcharian, et son fils, Sedrak Kotcharian, réclament à Jamanak 6 millions de drams (11 000 euros) pour un article, paru en septembre 2011, les impliquant dans des malversations financières. En 2009, le journal Haykakan Jamanak avait déjà été condamné à payer 3,5 millions de drams (6400 euros) à Levon Kocharian.

Récemment, l’ex-président lui même a entamé un procès retentissant contre Hraparak pour un article du 2 février 2011 le décrivant comme “assoiffé de sang” et coutumier des “coups de folie”. Si le recours à la justice pouvait être justifié, la demande de Robert Kotcharian de geler les actifs du journal l’est nettement moins. Or, cette requête avait été satisfaite dès la première audience du procès. La décision a été annulée le 11 avril 2011, mais l’action de l’ex-président reste dangereuse car elle tend à prouver que le véritable but du recours en justice est l’étouffement financier des médias indépendants. L’OSCE, à laquelle appartient l’Arménie, est très claire sur ce point : “La somme de l’amende ne doit pas mener à la banqueroute du média concerné, ni ne doit empêcher son travail normal”. La justice semble aller la plupart du temps dans le sens des plaignants, en demandant à chaque fois l’amende maximum. Le 7 février 2011, Haykakan Jamanak a été condamné à verser 2 440 000 drams (soit en tout près de 16 000 dollars) à chacun des trois députés Ruben Hayrapetyan, Samvel Aleksanyan et Levon Sargsyan pour un article publié du 14 octobre 2010 citant une liste d’officiels et d’hommes d’affaires arméniens impliqués dans des affaires criminelles. Le rédacteur en chef Hayk Gevorgyan a décidé de faire appel, mais s’est déclaré peu étonné de la décision de la justice.

Outre les sommes importantes requises par les plaignants, les journaux doivent faire face à des frais d’avocat excessifs. Les abus sont tels que le conseil de la chambre des avocats de la république d’Arménie a approuvé un arrêté pour limiter les frais d’avocats à 300 000 drams maximum (6400 euros) dans les affaires de diffamation. Le document sera soumis au département judiciaire qui décidera de son applicabilité.

Reporters sans frontière suit avec attention toutes les affaires en cours. Outre celles citées plus haut, nous attendons la prochaine audience des procès en diffamation opposant le député Tigran Arzakantsian au journal Yerkir et la société “Glendale Hills” à Jamanak.

À la veille du forum sur la liberté des médias, organisé à Erevan par l’ombudsman d’Arménie, nous appelons les participants à mener une véritable réflexion sur les moyens de limiter le recours à la justice en cas de diffamation. Des solutions existent pour promouvoir l’autorégulation des médias. En cas d’action en justice, le principe de proportionnalité de la peine doit prévaloir.
 Source : http://fr.rsf.org/armenie-proces-en-diffamation-et-amendes-29-04-2011,40200.html

Nice : un Arménien de Géorgie suspecté de double homicide

Double homicide dans un appartement à Nice, le suspect en garde à vue
Le 06/05/2011 à 15:53

Un homme a été placé vendredi en garde à vue à la suite d'un double homicide survenu au cours d'un dîner dans son appartement niçois, a-t-on appris auprès de la police.

Les victimes, un Arménien et un Kazakh (vraisemblablement de la communauté tchétchène), ont reçu chacun deux balles de 22 long rifle, a indiqué à l'AFP le commissaire Thibault Roux, qui penche pour la thèse d'un "règlement de comptes" sans exclure "un repas qui dégénère entre camarades".

Une voisine a alerté la police peu après minuit en entendant des détonations et des chutes de corps. A leur arrivée, les policiers ont découvert l'appartement porte ouverte, avec des restes de repas sur la table et une télévision encore allumée.

D'autres agents, qui ont immédiatement visionné les images des caméras vidéo proches du lieu du crime, ont repéré un suspect qui s'éloignait. L'homme, interpellé sur la voie publique en compagnie de ses deux enfants âgés de 5 et 7 ans, s'est avéré être le locataire de l'appartement.

Le suspect numéro un, un Arménien de nationalité géorgienne, a été placé en cellule de dégrisement. Il n'a pas pour l'instant fait de révélations sur le double homicide, a encore précisé le commissaire Roux.
Source : http://frejus.ville.orange.fr/direct/index.html?direct/listeactu/110506135129.o2o6facd

Mauvaise nouvelle pour Erevan : la Serbie soutient l'Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh

Serbia 'supports Azerbaijan's position on conflict'
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Thursday, May 5, 2011
BAKU - From online dispatches

Serbian President Boris Tadic has told visiting Azerbaijani Foreign Minister Elmar Mammadyarov that Serbia supports Azerbaijan’s territorial integrity and its position on the resolution of the Nagorno-Karabakh conflict, according to reports.

Tadic said he was grateful for Azerbaijan’s support for Serbia on the Kosovo issue, the Azerbaijani Foreign Ministry told Trend News Agency on Thursday.

His remarks came during a two-day visit from Mammadyarov that began Wednesday. Azerbaijani President Ilham Aliyev is scheduled to visit Serbia on June 8 and 9 to discuss enhancing bilateral relations.

A flashpoint of the Caucasus, the region known as Nagorno-Karabakh is a constituent part of Azerbaijan occupied by Armenia since the end of 1994.

Kosovo declared its independence from Serbia in 2008, and has since been recognized by 75 U.N. states. Azerbaijan has not recognized Kosovo as an independent state.
Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=serbia-8216supports-azerbaijans-position-on-conflict8217-2011-05-05

Voir également : Mauvaise nouvelle pour Athènes : la Turquie et la Serbie signent un plan de coopération militaire

jeudi 5 mai 2011

Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Anahide Ter Minassian, La République d'Arménie : 1918-1920, Bruxelles, Complexe, 2006 :

"(...) durant l'été 1918, tout le haut pays du Karabagh, du Zanguézour et du Nakhitchévan où les populations arméniennes et musulmanes sont étroitement imbriquées, est embrasé par une sanglante guérilla. Aux vieux antagonismes ethniques, religieux, économiques, aux luttes agraires se sont ajoutées de nouvelles oppositions. Les Arméniens ont une orientation franchement prorusse tandis que les Tatares d'Azerbaïdjan, attendent de la Turquie qu'elle rétablisse l'hégémonie musulmane en Transcaucasie. Malgré l'arrivée de 30 000 réfugiés qui amènent avec eux des menaces tout à fait fondées de famine et d'épidémies, les dirigeants arméniens du Zanguézour accueillent Andranik et sa « Division Spéciale d'Assaut » à bras ouverts car ils savent que l'armée turque dans sa marche vers le Karabagh menace leur province. Brutalement, systématiquement, Andranik et ses hommes, soutenus par la population locale arménienne, détruisent les villages musulmans qui contrôlent l'accès des principales vallées du Zanguézour, refoulent les nomades tatares montés de la plaine avec leurs troupeaux en cette période de transhumance. Ces opérations auront des conséquences durables : elles enclenchent un irrésistible processus d'arménisation du Zanguézour. L'installation dans le Daralakiaz des réfugiés du Dâron accélère ce processus. Durant l'hiver 1918, pour pouvoir conserver leurs liaisons avec l'Arménie araratienne où ils se fixeront plus tard, sur les pentes de l'Aragats, les « Darontzi » « nettoient » brutalement et méthodiquement les hautes vallées du Zanguézour de la présence tatare.

C'est dans ce contexte que se terminera l'épopée du général Andranik." (p. 84-85)

"En collaboration avec le général Nazarbékian, commandant en chef des Armées, le ministère [de la Guerre arménien] dut résoudre trois problèmes : diriger les opérations, augmenter les effectifs, organiser l'intendance. En raison des pertes élevées dues aux combats et aux épidémies, les levées de recrues se multiplièrent. Les opérations de recrutement qui désorganisaient l'agriculture devinrent de plus en plus impopulaires et malaisées alors qu'il avait été décidé d'accroître les effectifs militaires jusqu'à 40 000 hommes. Au début, la fermeté et le loyalisme des troupes permirent de consolider d'appareil d'Etat, puis les levées trop fréquentes empêchèrent l'instruction des troupes et diminuèrent leur combativité. La précarité des moyens logistiques contribua aussi à leur démoralisation. C'est pourquoi, alors que le Nakhitchevan était déjà perdu, que le sort du Kharabagh semblait compromis depuis la soviétisation de l'Azerbaïdjan, R. Ter Minassian mit à profit, durant l'été 1920, la dictature du « Gouvernement-Bureau » pour pratiquer une « Realpolitik ». Des détachements de fédaïs d'Arménie turque, menés par Mouchegh, chassèrent les populations des districts musulmans de Zanguibazar, de Védibazar, de Charour et de la basse vallée de l'Araxe. L'arménisation des régions proches de Erevan fut un des acquis les plus durables de la République." (p. 186)

Claire Mouradian, "L'Arménie soviétique (1921-1991)", in Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Toulouse, Privat, 2007 :

"Vu le désarroi du pays, son épuisement, son indépendance disparue, les populations d'Arménie pouvaient estimer qu'avec le retour à l'« orientation russe » [la soviétisation de l'Arménie], leur vie et leurs biens seraient désormais en sécurité. Les Russes n'avaient-ils pas « arménisé » le pays en exterminant ou en chassant quelques milliers de musulmans azéris ?" (p. 612)

Voir également : Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921

Le parti Dachnak et la franc-maçonnerie

Anahide Ter Minassian, La question arménienne, Roquevaire, Parenthèses, 1983, p. 29 :

"L'année suivante au cours de l'été 1890, la fusion de quatre groupes révolutionnaires donne naissance à la Fédération des Révolutionnaires arméniens, le Dachnaktsoutioun, couramment appelé dachnak. Le parti se constitue à Tiflis, c'est-à-dire en territoire russe où, malgré l'autorité tsariste, les Arméniens connaissent une relative sécurité et où ils ont été largement contaminés par les idéaux les plus divers : des principaux fondateurs du parti l'un n'était-il pas marxiste, un autre populiste et un troisième bakouniniste ? En regroupant les forces révolutionnaires éparses, le parti dachnak va donner aux Arméniens leur première organisation moderne.

Le parti a une structure inspirée de l'organisation des carbonari et de la franc-maçonnerie ; c'est une fédération de comités, jouissant d'une large autonomie d'action et couronnée d'un organisme central et collégial : le Bureau."

Voir également : Les racines positivistes du nationalisme révolutionnaire arménien

mercredi 4 mai 2011

Isolé, le régime bananier arménien se voit proposer un débouché... par les islamistes iraniens

ARMÉNIE • Un débouché sur " l'Océan mondial"

02.05.2011

"L'Iran [qui cherche à renforcer la coopération avec ses voisins] envisage d'offrir à l'Arménie [l'un des 33 pays du monde n'ayant pas de façade maritime] une sortie vers l'Océan mondial", se réjouit le journal arménien Golos Armenii. Selon le ministre des Transports iranien, Reza Pilpai, "les compagnies iraniennes et arméniennes ont l'intention de créer un consortium pour construire des routes et des voies de chemins de fer en Arménie, dans le but de les relier auxartères iraniennes". Une voie ferrée de 540 kilomètres, dont 480 kilomètres à travers l'Arménie permettra à l'Arménie, en situation de quasi blocus depuis la fermeture de la frontière arméno-turque, il y a 17 ans, à la suite de la guerre arméno-azéri pour le contrôle du Haut-Karabakh, d'avoir accès au port iranien de Bandar-Abbas. Actuellement, les chemins de fer arméniens n'ont d'autres sorties vers l'extérieur que par le territoire de la Géorgie. Téhéran se dit aussi prêt à financer la construction d'une route Iran-Arménie-Géorgie.
Source : http://www.courrierinternational.com/breve/2011/05/02/un-debouche-sur-l-ocean-mondial

Voir également : L'isolement de l'Arménie se poursuit : la Géorgie fait obstruction au ravitaillement de la base militaire russe de Gyumri

Lancement de la construction de l'oléoduc entre le régime bananier arménien et la République islamique d'Iran

Les satrapes arméniens et iraniens conviennent de construire un oléoduc

D'après Wikileaks, l'Arménie a livré des armes à l'Iran

L'Arménien Arthur Ohanjanian refuse d'être renvoyé en Arménie, pays non-sûr

Article du 29/04/2011 à 15:00
Expulsé, un compagnon d'Emmaüs de St-Paul-les-Romans refuse de monter dans l'avion

Arrêté le 6 avril, l'Arménien Arthur Ohanjanian s'est vu signifié son expulsion mercredi 27 avril. Il devait embarquer ce jeudi à l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry.

Artur Ohanjanian, Arménien, membre de la Communauté Emmaüs de St-Paul-lès-Romans, a été arrêté le 6 avril, puis transféré au Centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry en raison de l'irrégularité de sa situation administrative : débouté de la demande d'asile qu'il avait déposée à son arrivée en France, son autorisation de séjour lui avait été retirée.

"Pourtant, l'Arménie a été récemment retirée de la liste des pays sûrs. Pourtant des menaces graves pèsent sur sa vie en cas de retour dans son pays", déclare le Collectif Drôme-Ardèche de soutien aux sans-papiers et aux sans droits qui fait circuler une pétition. "En effet un membre de sa famille a été témoin d'un assassinat politique et depuis  la répression s'est abattue sur toute la famille. Son père a disparu. Il a dû choisir l'exil".

Son expulsion de France lui a été annoncée mercredi 27 avril. Jeudi matin, à l'aéroport de Saint-Exupéry, Arthur Ohanjanian a refusé de monter dans l'avion.

Depuis plus de 60 ans, les communautés Emmaüs défendent l'accueil inconditionnel de toute personne en difficulté quelle que soit sa situation administrative. "A travers les actions de terrain menées dans près de 120 communautés, celles-ci font tout pour donner la possibilité à chaque individu exclu de la société de se reconstruire et recouvrir sa dignité par le travail, le partage, et le respect de l'autre", souligne la communauté Emmaüs de Saint-Paul.

"La valeur d'accueil est une des valeurs fondatrices de l'identité française.
Emmaüs n'entend pas l'abandonner".
Source : http://www.limpartial.fr/actualite/viewArticle.php?idArticle=1093

Les sénateurs français font preuve de patriotisme et rejettent les revendications impudentes des communautaristes arméniens

Génocide arménien l: le Sénat refuse une loi

Par Europe1.fr avec AFP

Publié le 4 mai 2011 à 17h39 Mis à jour le 4 mai 2011 à 17h51

Le Sénat a rejeté mercredi, par 196 voix contre 74, une proposition de loi socialiste visant à réprimer la négation du génocide arménien de 1915. Les sénateurs ont voté une motion de procédure qui déclare "irrecevable" le texte, ce qui équivaut à son rejet.

La proposition de loi proposait de punir d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la contestation de l'existence du génocide arménien. Elle était présentée par le sénateur PS du Val-de-Marne, Serge Lagauche, et trente de ses collègues socialistes dans une "niche" (séance d'initiative parlementaire) réservée au groupe PS, à la demande expresse de la première secrétaire du parti, Martine Aubry. Elle reprenait à l'identique une proposition de loi de députés socialistes qui avait été adoptée à l'Assemblée nationale en 2006.
Source : http://www.europe1.fr/Politique/Genocide-armenien-l-le-Senat-refuse-une-loi-526549/

mardi 3 mai 2011

Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

"Réformes turques", L'Humanité, 15 juillet 1908 :

"Au moment où l'Angleterre communique aux puissances une note sur les moyens de rétablir l'ordre en Macédoine, les journaux annoncent que l'armée turque, travaillée par « les jeunes Turcs », se révolte contre le détestable régime d'Abdul-Hamid. Est-ce vrai ? Le mouvement est-il sérieux ? A-t-il des chances d'aboutir ? Ce serait la vraie solution des difficultés de Macédoine comme de toutes celles auxquelles la Turquie est en proie. Il ne s'agit pas, en effet de dépecer la Turquie et d'en jeter les morceaux à des chiens affamés, mais de la sauver en la réformant. Il ne s'agit pas de déchaîner en Macédoine les convoitises bulgares, serbes ou grecques, et d'ajouter ces rivalités éternelles à tous les maux dont souffre le peuple turc. Il s'agit de créer un régime de probité, de sécurité, de liberté, d'ordre administratif qui garantisse la vie, les liens, les droits, le développement intellectuel des populations chrétiennes des Balkans, et aussi la vie, les biens, les droits, le développement intellectuel de cette admirable race de paysans turcs, si laborieux, si sobres, si fiers, si braves.

Si les jeunes Turcs sont assez forts pour faire prévaloir un programme de réformes et de garanties, ils sauveront du désastre un peuple excellent, et ils épargneront à l'Europe une crise longue et redoutable. Peut-être le patriotisme turc secondera-t-il les réformateurs. Il est impossible, en effet, que les Turcs qui tiennent à l'indépendance et à l'intégrité de la Turquie ne s'aperçoivent pas que le régime de gaspillage, de fanatisme, de sauvagerie et de désordre qui est déchaîné sur leur pays, fournit un prétexte à toutes les manoeuvres étrangères, aux plus égoïstes comme aux plus désintéressés.

Le devoir de l'Europe serait d'aider de toute sa sympathie ce mouvement autonome qui seul peut réconcilier dans les Balkans toutes les races. Mais, hélas ! la conscience européenne est si dispersée, si obscurcie, si abaissée, qu'il est bien à craindre que les réformateurs turcs ne soient pas soutenus comme ils doivent l'être."


"Turquie et Maroc", L'Humanité, 30 août 1908 :

"Il ne faut pas se méprendre sur la sincérité de l'accueil fait par l'Europe à la révolution turque. Elle lui a souri, mais du sourire forcé de l'héritier convoiteux qui voit soudain ressusciter et rajeunir le malade dont il espérait la mort et dont il s'appropriait déjà les dépouilles. (...)

Déjà, par des notes pleines de sous-entendus, la Russie fait savoir qu'elle n'abandonne pas sa politique réformatrice. Le tsar est si impatient de supprimer tous les abus qu'il ne fera pas un long crédit à la Turquie libre. Ainsi le peuple turc verra se multiplier contre lui les intrigues. Il sera guetté à chacun de ses pas, chicané à chacun de ses actes. Un incessant travail sera fait pour retirer à la Turquie constitutionnelle la sympathie de l'opinion européenne distraite ou trompée, et toutes sortes de rats grignoteront la lune de miel qui s'épanouit encore en sa rondeur.

Comment la France pourra-t-elle aider la Turquie libre à déjouer ces intrigues, comment pourra-t-elle agir auprès de l'Europe, si elle-même, à ce moment, essaie de s'établir au Maroc malgré les Marocains, par la force et par la ruse ? Les puissances intéressées au dépècement ou à la domestication de la Turquie auront trop beau jeu de dire à la France : Regardez-vous vous-même, et ayez la pudeur de vous taire. Aussi bien elle ne pourrait se risquer à fond au Maroc qu'en achetant la tolérance de l'Europe par la plus honteuse complaisance pour toutes les machinations qui menaceront la Turquie libre."


"En Orient", L'Humanité, 6 octobre 1908 :

"Il est peu probable que la Turquie se décide immédiatement à la guerre [devant la proclamation d'indépendance bulgare]. Certes elle est cruellement meurtrie. Aucune amertume ne lui est épargnée. Nous avons dit ici, dès le lendemain de la noble révolution de liberté du peuple turc que l'Europe n'était résignée qu'en apparence, que le régime nouveau serait guetté par les convoitises et les intrigues des diplomaties de proie, la pleine indépendance était le terme naturel et légitime des efforts de la Bulgarie, de son développement économique, de l'esprit national et vaillant dont elle est animée. Mais il est cruel de penser qu'elle temporisait sous le régime absolutiste d'Abdul-Hamid et qu'elle se hâte fiévreusement, âprement aujourd'hui, sans souci de créer aux instaurateurs de la liberté turque les plus graves difficultés intérieures. Il est cruel de penser qu'elle ne songe pas seulement à assurer l'indépendance de sa vie nationale, mais à s'installer en conquérante dans la Macédoine, et que c'est pour cela surtout qu'elle suscite des embarras à la nation turque à peine affranchie. (...)

Cependant, les chefs du mouvement turc et le peuple turc lui-même auront sans doute l'héroïque sagesse de maîtriser leur indignation. Il ne faut pas qu'ils risquent dans une guerre, qui n'empêcherait pas les intrigues internationales, le régime nouveau. Qu'ils ne craignent pas une diminution de prestige. Le monde entier sait que le peuple turc est un des plus braves et un des plus résistants de la terre. Et tous les hommes de coeur, tous les démocrates épris de liberté sauront gré à ce noble peuple de dompter les révoltes de sa juste fierté pour se donner tout entier à l'oeuvre de régénération intérieure à peine ébauchée. Qu'il se borne à saisir courtoisement l'Europe des questions de droit international qui sont posées. (...)

La France pourrait parler au nom du droit et de la sagesse. Elle pourrait, sans aller contre l'indépendance de la Bulgarie, qui était un jour ou l'autre inévitable, ou sans remettre en question la souveraineté de fait exercée en Bosnie et Herzégovine depuis trente ans par l'Autriche, aider du moins la Turquie à traverser cette dure épreuve morale en demandant à l'Europe de garantir contre toute nouvelle surprise du dehors le libre développement de ce noble peuple turc, si mal récompensé par les puissances dites civilisées de son admirable sagesse.

Mais la France est-elle libre ? Ah ! quel crime que ce Maroc, qui fait de notre diplomatie l'esclave de tous ceux qui flattent sa manie misérable et imbécile ! Je n'ai cessé de répéter que notre châtiment le plus dur serait d'avoir perdu le droit de parler au nom du droit et avec l'autorité du désintéressement dans la question balkanique. Comment pourrons-nous résister aux ambitions secrètes de l'Italie ? Nous lui avons donné l'exemple de la convoitise et de la violence."


Discours à la Chambre des députés, 26 novembre 1908 :

"M. Deschanel a parlé avec éloquence et avec émotion de la Turquie. Elle a éveillé, je le crois, en France, une sympathie presque unanime et nous n'avions même pas besoin de nous rappeler que ce sont les influences révolutionnaires de liberté propagées dans le monde par la France qui ont contribué à hâter cet avènement de la liberté turque. Nous avons, pour la liberté d'un peuple, un respect assez désintéressé pour n'avoir même pas besoin, pour l'aimer et la soutenir, d'y reconnaître la marque de notre action. Mais enfin, il est certain que si ce peuple turc s'est libéré lui-même au prix d'un grand effort d'organisation, au prix de sacrifices héroïques de bien des hommes et de bien des groupes, s'il a secoué un joug redoutable qui paraissait infrangible, il a été aidé pour une part par cette universelle tradition de liberté et d'espérance en la liberté que la France a répandue dans le monde.

Ainsi, défendre la révolution turque, en assurer le progrès, le développement, ce n'est pas seulement respecter ce qu'il y a de plus noble au monde, une liberté nouvelle qui se fonde contre toutes les entraves et toutes les violences de la tyrannie : c'est consacrer une partie du patrimoine moral de la France elle-même.

Mais il ne suffit pas que nous marquions envers la Turquie nouvelle, envers la jeune Turquie des sympathies platoniques ; il faut que nous soyons pleinement libres de la seconder dans la mesure où nous le pouvons et où nous le devons, en conciliant ce droit avec les intérêts de la paix générale et de l'harmonie européenne. Cette œuvre, elle a pu un moment être compromise, notre influence morale en Turquie a pu un moment être tenue en échec par des entreprises financières qui ne s'inspiraient pas toutes ou de l'intérêt de la France ou de l'intérêt de la Turquie elle-même. Je ne veux pas revenir sur ces choses ; je crois qu'il y a eu en Turquie, entre les puissances, une rivalité d'affaires qui n'a pas toujours inspiré les procédés les plus vertueux et il y a eu certaines périodes, certaines minutes où il a fallu que le capital de confiance et de noblesse morale accumulé par la France dans le passé fût singulièrement riche pour n'être pas compromis par certaines pratiques, par certaines exigences.

M. Deschanel rappelait que la révolution turque n'avait pas été seulement une révolution libérale, qu'elle avait été en même temps une révolution nationale. Oui, et ce n'est pas seulement pour défendre ses libertés que les jeunes Turcs se levaient : c'est pour protéger l'intégrité territoriale et politique de la Turquie contre toutes les convoitises qui abusaient des faiblesses de l'absolutisme à la fois arrogant et agonisant pour imposer toutes sortes d'exigences humiliantes à la Turquie. 

Mais, parmi ces exigences, qui ont révolté le sentiment national et la fierté des jeunes Turcs, il n'y a pas eu que des menaces de démembrement territorial. Il y eut, ayons le courage de le dire bien haut, l'amertume, la meurtrissure de certaines violences faites au peuple turc pour récupérer sur lui des créances quelquefois suspectes."


"Union nécessaire", L'Humanité, 21 avril 1909 :

"Les Jeunes-Turcs sont sur le point de reprendre Constantinople [des mains des mutins contre-révolutionnaires]. Le Temps s'était vraiment trop hâté de triompher contre nous de leur effondrement supposé. Non, nous n'avons jamais eu l'optimisme ridicule qu'il nous prête. Non, nous n'avons jamais eu la naïveté de saluer dans la révolution turque, nationale, militaire et libérale, l'avènement du « prolétariat ottoman ».

Nous laissons à la bourgeoisie, si intéressée aujourd'hui à se tromper sur tant de choses, cette vaine idéologie et ces contresens historiques. Nous savons combien il est dangereux pour un peuple de ne pouvoir conquérir la liberté que par la force militaire, car elle reste trop souvent à la merci des soldats qui l'ont proclamée. Et nous considérons comme un bien inestimable de l'histoire francaise que les révolutions libératrices y aient été l'œuvre du peuple lui-même. Si l'armée était appelée un jour à intervenir dans le mouvement social de la France et pour une action révolutionnaire, ce ne serait point, je l'espère, comme une institution distincte du peuple, mais parce qu'elle serait enfin le peuple lui-même à l'état d'organisation. La Turquie subit un autre destin, plus hasardeux. Mais le Temps était bien étourdi quand il paraissait croire que ce parti Jeune-Turc, qui avait fait preuve de tant de résolution et de sagesse, s'était évanoui comme un songe. Il paraît bien qu'il est resté la force dominante ! et la contre-révolution se dissout sans combat. (...)

D'autre part, les libéraux de l'Union libérale et les Arméniens doivent reconnaître combien il est dangereux pour eux de bouder contre le Comité Jeune-Turc, Union et Progrès. Les libéraux sont enveloppés dans une intrigue de réaction et les Arméniens sont massacrés comme aux plus beaux jours du sultan rouge. S'ils ne veulent pas tous sombrer dans de nouvelles crises qui serviraient de prétexte aux interventions européennes, il faut qu'ils soient tous pleinement unis. Par là seulement, ils pourront, après examen des faits et s'ils le jugent utile, se débarrasser d'Abdul-Hamid sans provoquer des convulsions nouvelles. Qu'ils n'oublient pas que bien des convoitises les guettent et que tous les réacteurs européens se réjouiraient de leur échec."


"La révolution turque", L'Humanité, 28 avril 1909 :

"Le sultan Abdul-Hamid a été déposé hier par un vote du Parlement. Le fantôme sanglant s'est évanoui à jamais. N'en parlons plus. Maintenant, sous le nom du sultan créé par eux, les Jeunes Turcs vont gouverner au premier plan. Ils assument devant l'histoire toute la responsabilité. Leur tâche sera difficile, au dedans et au dehors. Elle n'est pas sans doute au-dessus de leurs forces.

Par la façon habile dont ils ont dénoué la crise, ils ont restitué leur prestige, un peu amoindri par les premières fautes de leur gestion gouvernementale et par leur imprévoyance à se laisser surprendre par une émeute d'espions et de soldats. Ils ont su reconquérir Constantinople sans une trop grande effusion de sang et y maintenir l'ordre en pleine crise. Surtout, ils ont su obtenir de l'armée, qui est la vraie force, qu'elle ménageât le crédit du Parlement et qu'elle ne fît pas sentir trop insolemment sa dictature. Quelques-uns des chefs militaires ont fait preuve, en ce sens, d'un large esprit politique et d'un vrai patriotisme. Enfin, ils ont su se débarrasser du sultan sans ameuter contre eux le fanatisme musulman des masses, et sans offenser le sentiment public de l'Europe qui leur saura gré de n'avoir pas versé le sang du grand assassin, qui n'était plus entre leurs doigts qu'une marionnette tremblante et cassée. Sauront-ils, dans les jours qui vont venir, préluder à la réorganisation nécessaire de la Turquie par un juste mélange de fermeté et de clémence ? C'est leur droit, c'est leur devoir de faire des exemples et de décourager les traîtres. C'est leur devoir aussi de ne pas se laisser envahir par l'esprit de représailles et de faire l'union de toutes les forces constitutionnelles, même dissidentes, et de toutes les nationalités de l'empire. Ils auront besoin de cette union, de cette politique grande et humaine, pour résoudre les terribles problèmes qui s'imposent à eux. Le plus pressant sera de protéger contre un triste renouveau de massacres les infortunés Arméniens. Ce n'est pas seulement l'humanité qui l'exige, ou l'honneur qui le veut ; mais il y a, pour l'empire ottoman, un intérêt de premier ordre à ne pas fournir prétexte aux interventions étrangères. Hélas ! Que de pièges sous les pas de ces hommes ! C'est d'un cœur fervent que nous leur envoyons nos sympathies et nos vœux."


Discours à la Chambre des députés, 28 juin 1912 :

"Il y a une autre force qui s'éveille : ce sont tous ces peuples, de toutes les races, jusqu'ici inertes, ou qui le paraissent, qui semblaient, pour nous, à travers notre tourbillon d'agitations européennes, couchés dans un sommeil éternel et qui, maintenant, se réveillent, réclament leurs droits, affirment leur force, races de l'Afrique, races de l'Asie, le Japon, la Chine, l'Inde, qui va être reliée au reste du monde par des réseaux de voies ferrées, par le transpersan que l'on prépare ce qui fait dire à l'Angleterre : « Quand l'Inde sera en communication, par les voies ferrées, avec le reste du monde nous n'aurons plus là-bas d'autre garantie que l'amour qu'inspirera aux Indiens une politique de liberté et de justice ». Ce sont, dans l'orient de l'Europe, les Jeunes-Turcs, qui ont pu commettre des fautes, mais dont il faut bien dire que l'Europe convoiteuse n'a pas facilité les débuts, (...)."


"Union nécessaire", L'Humanité, 23 juillet 1912 :

"Il y a là, sans doute, de fâcheuses erreurs. Mais j'avoue que je suis frappé du parti pris haineux qui sévit en Europe contre les Jeunes-Turcs [chassés du pouvoir par un coup de force des libéraux] dans toute la presse modérée, conservatrice et cléricale. On ne leur tient aucun compte des difficultés contre lesquelles ils ont eu à lutter. On oublie que le mauvais coup sur la Bosnie et l'Herzégovine était fait pour surexciter en eux des colères et des défiances chauvines. On oublie qu'ils ont fait un grand effort pour l'affermissement des finances, pour l'organisation de l'armée ; qu'ils ont réussi, sous les injustices répétées de l'Europe, sous l'attentat contre la Tripolitaine succédant à l'annexion de la Bosnie, à prévenir le déchaînement des violences sauvages. Ils avaient réussi également à maintenir une forme civile à un régime issu de la force militaire. Cependant on les accable. On n'a pour eux que des paroles de mépris et de haine. On pousse ouvertement à la dissolution brutale de la Chambre où ils dominent, au risque de déchaîner de redoutables aventures en Europe, comme en Turquie. On gourmande le sultan qui veut bien modérer les Jeunes-Turcs, mais qui hésite à les briser. (...)

En tout cas, le devoir de toutes les forces libérales et nationales de la Turquie est de s'unir. Que les Jeunes-Turcs et leurs adversaires constitutionnels se rapprochent par un grand esprit de conciliation. Que les premiers donnent aux diverses populations de l'Empire toutes les garanties compatibles avec l'unité de la nation. Et que ceux qui ont jugé leur politique excessive se gardent bien de pousser à des mesures de réaction outrées. Si tous ne s'unissent pas, ils seront emportés par la contre-révolution qui sera le signal de la dislocation de la Turquie et d'une grande crise européenne."


"La Pologne turque", L'Humanité, 1er novembre 1912 :

"La nouvelle et grave défaite de l'armée turque semble enlever à la Turquie tout moyen de résistance, toute chance de relèvement militaire. Et ceux qui avaient déjà formé et même publié des plans de démembrement avant même que l'armée turque eût reçu ce coup suprême, vont sans doute précipiter leurs convoitises. Pour nous, nous ne suivrons pas l'exemple de ceux qui ne pardonnent pas à la Turquie ses défaites ; et nous ne cacherons pas notre douleur de la disparition d'une nation. C'eût été une noble chose d'associer les Musulmans à la civilisation européenne, d'aider ceux des Turcs qui tentaient, malgré les difficultés sans nombre, malgré les résistances formidables du passé, de moderniser leur pays.

L'Europe égoïste et basse a manœuvré de telle sorte que le nouveau régime, discrédité et affaibli par tous les coups qu'elle lui portait, n'a pu remplir sa mission historique. Elle a rendu presque impossible l'œuvre de réforme qui aurait donné à toutes les populations balkaniques les justes garanties que les Etats balkaniques conquièrent maintenant à la pointe du glaive, dans l'ivresse de la force et au prix du meurtre et du dépècement d'une nation. Ce ne sera pas la suppression de la servitude. C'en sera le renversement. Il y aura seulement d'autres maîtres et d'autres esclaves. Et l'abaissement qu'on inflige au monde musulman par la suppression de la Turquie sera une diminution pour la civilisation générale. Même si, à la longue, des progrès politiques et sociaux doivent résulter de la crise, c'est par des chemins ignominieux et sanglants, par la ruse et par la violence, que la race humaine y aura été conduite.

C'est bien, qu'on ne s'y trompe pas, la suppression totale de la Turquie qu'on prépare. Il n'y aura pas seulement démembrement de la Turquie européenne. Il y aura démembrement de la Turquie asiatique. (...)

Comment la Turquie mutilée et réduite à son domaine asiatique pourra-t-elle faire face aux engagements financiers de tout ordre qu'elle a souscrits, au paiement de la dette ottomane, au paiement des garanties kilométriques pour les voies ferrées concédées à l'Allemagne et à la Russie ? Tous les créanciers voudront prendre des gages, et la protection des Arméniens fournira le prétexte d'humanité dont les financiers et les gouvernements auront besoin. Ainsi, de même que le premier partage de la Pologne a conduit fatalement à de nouveaux partages, le démembrement de la Turquie d'Europe conduira au dépècement de la Turquie d'Asie.

Oui vraiment les réactionnaires d'Europe et de France ont le droit de se réjouir. Tout ce qui démontre que l'humanité est incapable d'une action noble et sage, tout ce qui rabat les hautes espérances, tout ce qui substitue les solutions de rouerie et de brutalité aux œuvres de raison, de progrès et de justice sert leur triste dessein. Les voilà qui triomphent maintenant de la ruine de la Turquie en disant : C'est le nouveau régime qui l'a perdue. C'est parce qu'elle s'est livrée « aux francs-maçons », aux faiseurs de système, aux idéologues, qu'elle est en train de périr. Ô les hypocrites qui oublient que le régime d'Abdul-Hamid avait miné toutes les forces, et que l'Europe n'a pas laissé au nouveau régime un jour de répit pour réparer les effets de l'ancien !"


La Dépêche de Toulouse, 6 novembre 1912 :

"Un lecteur de la Dépêche m'a écrit récemment que, dans l'analyse des causes qui ont amené la crise orientale, j'insistais beaucoup trop sur le Maroc et que je négligeais, comme à plaisir, l'annexion par l'Autriche de la Bosnie-Herzégovine, que là était la véritable origine du trouble et la vraie responsabilité. Mon correspondant se trompe. Je n'ai cessé, à la tribune et dans la presse, de signaler ce qu'avait d'odieux et de dangereux le coup de l'Autriche. C'est au lendemain de l'avènement du nouveau régime turc qu'elle a frappé la Turquie. Elle l'a frappée, précisément parce qu'elle redoutait l'œuvre de progrès que pouvaient accomplir les Jeunes-Turcs. Elle n'avait, d'après le traité de Berlin, que l'administration de la Bosnie-Herzégovine. Elle avait mal administré ces provinces. Elle y avait étouffé toute liberté, et elle y avait organisé un régime agraire qui aggravait l'ancien régime ottoman, qui appesantissait les charges seigneuriales sur les pauvres « Kmètes », sur les pauvres paysans, et qui leur enlevait même la faible part de sécurité et de protection qu'ils trouvaient autrefois dans la coutume."


"Une mer de sang pour des fourbes", L'Humanité, 10 novembre 1912 :

"La diplomatie autrichienne est responsable, pour une large part, de la crise des Balkans. L'annexion de la Bosnie-Herzégovine, se produisant en violation des traités internationaux et au lendemain de l'avènement du nouveau régime turc, a été un attentat contre la civilisation et la paix. L'Autriche a par là raidi le chauvinisme ottoman, blessé le sentiment serbe ; elle a accumulé les rancunes dans les cœurs. Elle y a éveillé les convoitises. De quel droit maintenant déchaînerait-elle la guerre pour circonscrire dans les limites fixées par elle, le mouvement qu'elle-même a déchaîné ? (...)

Mais nous, ne savons-nous pas que la Russie a une large part de responsabilité dans les événements qui à cette heure ébranlent l'Orient européen et menacent le monde ? C'est la diplomatie russe qui, en 1877, a secrètement livré la Bosnie et l'Herzégovine à l'Autriche. C'est la diplomatie russe qui, dans l'entrevue plus récente de Buchlau, a autorisé M. d'Aerenthal à faire contre la Turquie le coup de l'annexion."


"Les Jeunes-Turcs s'emparent du pouvoir", L'Humanité, 24 janvier 1913 :

"Les renseignements télégraphiques qui nous arrivent sont trop sommaires encore pour que nous puissions nous faire une idée de l'étendue et de la force du mouvement qui vient d'éclater à Constantinople. En tout cas, la situation est grave, grave pour la Turquie, grave pour les Balkans, grave pour l'Europe. Que de prétextes à interventions et à conflits ! Voilà à quoi a abouti cette politique aussi imprudente que peu généreuse qui s'acharnait sur la Turquie vaincue, et dont nous avons si souvent ici marqué le péril. C'est la Russie qui y a traîné notre diplomatie."


"Que prépare-t-on ?", L'Humanité, 26 janvier 1913 :

"Que l'Europe soit donc unie en vue de maintenir la paix. Mais n'a-t-elle pas trop négligé depuis quelques semaines des forces morales avec lesquelles il faut compter ? La révolution de Constantinople [le coup d'Etat d'Enver et Cemal], de quelque manière qu'on la juge, démontre qu'il eût été sage d'accepter les sacrifices immenses que consentait la Turquie et de ne pas la pousser à bout. Il est temps encore d'adopter une politique plus modérée, plus impartiale. Et je m'inquiète, je l'avoue, des desseins de violence qui s'annoncent dans quelques propos du journal le Temps.

Il est trop commode en vérité de ne voir dans le soulèvement des Turcs qu'ambition grossière et vile cupidité de quelques meneurs. Les paroles mêmes d'Hali bey que le Temps publie, donnent de la résistance ottomane une idée plus haute. Mais le Temps lui-même, quelques heures avant qu'on apprît la révolution, publiait une dépêche de Constantinople disant que l'indignation était générale et profonde. Est-il donc si surprenant que l'idée de livrer Andrinople ait déterminé un mouvement révolutionnaire ? Et l'Europe va-t-elle envoyer les obus de ses flottes sur les vaincus pour les contraindre à une capitulation complète ?

Le jeu des diplomaties est bien obscur et souvent bien suspect."


L'Humanité, 30 janvier 1913 :

"J'avais prié M. [Pierre] Loti, qui a parlé si généreusement des Turcs vaincus, de vouloir bien nous donner son sentiment sur les hommes et les choses de la Turquie. Il a bien voulu m'adresser la belle lettre que nous publions ci-dessous. Elle est d'autant plus émouvante qu'il fait une large part aux fatalités de la guerre et au « droit de la force. » Il sait que de grands changements dans l'équilibre des Balkans sont devenus nécessaires. Il s'étonne et s'indigne comme nous que l'Europe et les alliés n'aient pas eu la sagesse de se contenter des sacrifices immenses consentis par la Turquie. Ces exigences imprudentes, démesurées et inhumaines ont de nouveau remis la paix en question."


"Double leçon", L'Humanité, 22 juillet 1913 :

"Voilà donc les Turcs installés à Andrinople. Les mêmes Bulgares qui l'avaient emportée d'assaut, après un siège de plusieurs mois, ne l'ont même pas défendue. C'est un de ces renversements des choses humaines où Bossuet aurait vu la main de la Providence châtiant les chrétiens de leurs divisions fratricides et de leurs diaboliques cruautés.

Pour nous, qui presque seuls dans la presse européenne avons témoigné aux Turcs quelque sympathie durant les jours d'épreuve, nous les adjurons, une fois de plus, de ne pas souiller de sang la fortune qui revient vers eux. C'est leur intérêt comme c'est leur devoir ; qu'ils soient humains même envers les Bulgares et l'Europe n'osera pas exiger d'eux qu'ils abandonnent Andrinople de nouveau.

Mais n'y a-t-il pas dans ces événements une récompense de l'esprit national des Jeunes-Turcs, de leur fermeté à ne point désespérer de leur pays et de leur race ? A plus forte raison peut-on dire que le jour où un grand peuple européen, ayant pratiqué la justice et offert la paix par l'arbitrage, sera violenté par une brutale agression, il sera invincible s'il ne désespère point de lui-même et si, persévérant même sous les revers, il compte sur le temps et sur son propre génie pour ramener vers lui les chances favorables."


"Conjectures", L'Humanité, 29 juillet 1913 :

"La politique de la Russie a éveillé les défiances de lord Curzon, comme des radicaux de Daily News. Que serait-ce si la Russie, sous couleur de châtier le gouvernement turc, mettait la main sur l'Arménie, où depuis si longtemps chemine l'intrigue russe et où viennent d'éclater, par une coïncidence bien inquiétante, des troubles nouveaux ? C'est sans doute pour couper court à cette manoeuvre de la Russie que l'Angleterre se hâte d'intervenir auprès des Turcs pour qu'ils rentrent dans les termes du traité de Londres.

Mais, en vérité, la Russie aurait-elle le droit de tenter cette opération si les Turcs restaient à Andrinople ? Il y a eu un moment, dans la première période de la crise balkanique, où la Russie a interdit aux Bulgares de saisir Andrinople. D'où vient qu'elle considère aujourd'hui comme indispensable ce qu'elle jugeait naguère dangereux ?

Et si, comme il est probable, elle ne cherche qu'un prétexte à se pousser en Asie Mineure, le gouvernement anglais peut-il croire que sa démarche suffira à enlever ce prétexte à la Russie ? Comme il est probable que la Turquie ne s'inclinera pas, la Russie trouvera au contraire, dans l'échec de l'intervention anglaise, une raison nouvelle de pousser sa pointe en Arménie."


"Pour la paix", L'Humanité, 18 janvier 1914 :

"Voilà donc les puissances européennes suffisamment unies pour obtenir, si elles le veulent, que la Grèce et la Turquie adoptent les bases indiquées par l'Angleterre et mettent fin à un dangereux état de tension. C'est sans doute dans cet esprit européen que le gouvernement français s'entretient en ce moment avec les délégués éminents de la Grèce et de la Turquie, M. Venizelos et Djavid bey. La Grèce et la Turquie ont toutes les deux des titres à la sympathie de l'Europe et toutes les deux elles ont besoin de la sympathie de l'Europe. Elles peuvent, sans amoindrir leur prestige, consentir des sacrifices réciproques, car elles les consentent surtout à la paix de l'Europe et au progrès de la civilisation. Les journaux français ont raison de rappeler à Djavid bey par l'article de M. Hanotaux dans le Figaro, par la note de la Dernière Heure du Temps, que la négociation d'emprunt qu'il vient conduire à Paris n'a pas seulement un caractère financier, mais aussi un caractère politique. Mais, c'est dans un grand sens que ce mot de politique doit être entendu. C'est avec cette large signification européenne dont je parlais tout à l'heure. Il est tout à fait légitime de dire à la Turquie et aussi à la Grèce que le concours financier de la France a pour condition une politique de modération et de paix. Il serait au contraire dangereux et blessant d'abuser du besoin d'argent où est la Turquie pour exiger d'elle qu'elle pratique à l'égard de l'Allemagne une politique défiante ou hostile et qu'elle contrarie délibérément l'expansion économique du pangermanisme en Asie Mineure. Ce serait tout ensemble blesser la Turquie, irriter l'Allemagne, manquer à l'esprit sage et noble de la diplomatie anglaise et imposer à la France le fardeau d'ambitions démesurées ; car elle ne peut, ayant assumé dans l'Afrique du Nord des charges si lourdes, prétendre encore à un rôle exclusif ou dominant en Asie Mineure.

Qu'elle y défende ses justes intérêts, mais sans esprit de jalousie et de chicane et avec un sens très large de toutes les forces qui se développent dans le monde. Il y a place sur la planète pour toutes les activités légitimes, et il suffirait de quelque bon sens pour que le monde si violemment agité depuis quelques années retrouvât un peu de sérénité et d'équilibre."