mardi 3 mai 2011

Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002 :

"A la fin mars [1920], le jour de Novrouz Bayram, qui est le premier jour de l'An des Azéris, un soulèvement arménien se déclencha violemment. Les Alliés avaient prescrit par sûreté que les forces de police locales soient composées pour moitié de membres de chaque communauté. Dans la nuit du 22 au 23 mars 1920, la partie azérie fut tuée. L'insurrection fut soutenue par Erevan qui envoya ses meilleurs chefs militaires Dro et Ndjeh, commandants de sinistre mémoire des vallées du Zanguezour. Le gouverneur Soultanov ordonna de donner l'assaut sur Shousha et noya la rébellion dans le sang début avril 1920. La pression exercée par les Alliés depuis leur haut commissariat basé à Tiflis parvint à suspendre les combats qui s'étaient étendus au Zanguezour et au Nakhitchevan, que les Arméniens avaient attaqués également un peu plus tôt et qui furent repoussés avec l'aide du général turc Karabekir. En mars 1920, le Nakhitchevan était occupé par les forces turques. Le Zanguezour était tenu d'une main de fer par les milices arméniennes." (p. 268)

"Dans les dernières semaines de 1920, le Nakhitchevan était encore une république soviétique indépendante et le Zanguezour se trouvait sous le poing de fer des troupes des commandants dashnaks arméniens Dro et Ndjeh, occupés à réprimer une révolte azérie." (p. 285)

"Lors de la chute de l'Arménie dans l'orbite soviétique en décembre 1920, le Zanguezour se déclara indépendant sous les ordres des chefs arméniens dashnaks Dro Khanayan et Garéguine Ndjeh. Durant l'insurrection dashnake contre le nouveau pouvoir bolchevique en février 1921, écrasée à Erevan, le Zanguezour devint un sanctuaire dashnak, nommé d'abord « Siounik autonome », puis « République arménienne de la Montagne » avant d'être battu en juillet par l'Armée rouge venue du Karabagh. Les militants dashnaks s'enfuirent en Iran après avoir précipité leurs prisonniers de guerre soviétiques du haut d'une falaise. La population azérie de la région était passée de 51 % en 1897 à 6 % en 1926, de 71 000 personnes à 4 400, constituant une quasi-épuration ethnique, pendant que les dashnaks en avaient fait une colonie de peuplement pour les réfugiés d'Anatolie. Quand se posa en 1924 le problème du retour des réfugiés, le pouvoir soviétique exigea que les gens restent là où les événements les avaient conduits. Quant à l'établissement d'un statut d'autonomie pour protéger les droits nationaux des résidents azéris en Arménie, réitéré à la fin de la perestroïka, il n'en fut jamais question.

Les quatre années terribles 1918-1921 ont été marquées par une politique d'élimination méthodique des populations musulmanes placées sous les autorités arméniennes successives (plaine de l'Araxe, Sharour, Zanguezour et partiellement Karabagh, entre autres) ; les populations arméniennes, qui ne composaient que 20 à 30 % du peuplement de ces régions au début du XIXe siècle, acquirent une prééminence numérique écrasante. De l'autre côté, les Azéris, qui n'ont pas pratiqué cette politique envers les communautés arméniennes de Bakou ou de Gandja, qui ont prospéré jusqu'à la fin de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, ont été contraints de conférer un régime d'autonomie aux populations arméniennes du Karabagh. Cette inégalité de traitement poussa par précaution les autorités bolcheviques à placer l'Azerbaïdjan sous un contrôle plus étroit du centre." (p. 286-287)

Voir également : Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921

Sur le cheminement politique ultérieur de ces deux individus : Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40