samedi 14 mai 2011

XIXe siècle : les Arméniens ottomans réservaient déjà un "accueil délirant" à l'armée russe

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973, p. 566-567 :

"En 1890, il ne peut s'agir que de la répression consécutive à la première manifestation politique organisée par les hintchaks à Kum Kapu (15 juillet 1890). Dans la cathédrale arménienne de Constantinople, et en présence du Patriarche des Arméniens, ils lisent un manifeste adressé au peuple arménien, exigeant l'autonomie de l'Arménie turque. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le Ermeni millet (le millet des Arméniens) est souvent désigné par les autorités turques comme le millet des « fidèles », par opposition aux « rebelles » (grecs, serbes, bulgares, etc.). La constitution octroyée en 1860, une Assemblée nationale arménienne créée en 1863, à Constantinople, sont les réformes dont bénéficie essentiellement la bourgeoisie arménienne des ports occidentaux de la Turquie, tandis que le sort de la paysannerie (et pas seulement de la paysannerie arménienne, mais de toute la paysannerie) empire en Asie Mineure. Cependant jusqu'au début des années 90 il n'y a pas de massacres.

La généralisation des massacres après cette date est interprétée par les Arméniens, comme l'expression de la politique barbare d'un Etat despotique et décadent, incapable de se réformer. Du côté turc (même si on s'explique peu à cette date) les massacres sont la réponse aux insurrections ou aux tentatives d'insurrections organisées par les partis révolutionnaires arméniens. C'est un réflexe de défense, après les précédents balkaniques, pour empêcher le démantèlement de l'Empire ottoman, menacé sur ses frontières orientales par le mouvement arménien.

Il convient de souligner que les conflits avec la Russie au XIXe siècle ont rendu les Arméniens progressivement suspects. L'accueil délirant qu'ils ont réservé à l'armée russe (cf. A. Pouchkine, Voyage à Erzerum) ou aux généraux arméniens de l'armée russe (campagne de 1877-78), un courant migratoire continu vers la Russie, l'apparition d'une « question arménienne » au Congrès de Berlin (cf. A. Beylerian, op. cit.) et de partis politiques, créés par des Arméniens de Russie, tout concourt à présenter les Arméniens comme les instruments de la politique d'expansion russe en Asie Mineure."

Voir également : La négation de la déportation tsariste des Circassiens et le rôle joué par les Arméniens dans l'expansion russo-tsariste