lundi 2 mai 2011

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Gaïdz Minassian, "L'Internationale socialiste et les partis socialistes exilés du bloc communiste : le cas de la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun", Revue d'études comparatives Est-Ouest, volume 32, n° 3, 2001, p. 111, note 7 :

"Après la signature du pacte germano-soviétique, Drasdamad Kanayan alias « Dro », également membre du Bureau mondial [de la FRA-Dachnak], qui a conservé des liens avec les Soviétiques, est mandaté pour entrer en contact avec l'Allemagne nazie en cas de guerre en Europe et de défaite des Alliés. Pendant la guerre, plusieurs dirigeants dachnaks entretiennent des relations avec les Allemands dans l'espoir d'obtenir la révision des traités, de libérer l'Arménie du communisme et de la protéger, en cas de victoire du Reich, d'une éventuelle alliance turco-allemande à l'instar de celle qui s'était nouée lors de la Première guerre mondiale. (...) le Comité national arménien, formé en Allemagne sous la direction d'Ardaches Apeghian, correspondant de l'organe dachnak Drochak à Berlin, invoque une victoire nazie. L'un de ses membres est Karekin Nejteh [Njdeh], ancien héros de la Première guerre mondiale, anti-soviétique, fasciste dans les années 1930 et fondateur, aux Etats-Unis en 1933, du mouvement dénommé l'Union des défenseurs de la race."

Cyril Le Tallec, La communauté arménienne de France : 1920-1950, Paris, L'Harmattan, 2001, p. 188 :

"Dès 1937, un Caucasien du Nord, Kantemir, animera depuis Berlin Le Caucase (Der Kaukasus), un organe de propagande allemande qui paraissait en sept langues à Paris. Interdite en mars 1939 par le Gouvernement français, la revue fut, dès le mois suivant, transférée à Berlin. Après l'occupation de la France, Kantemir quittera Berlin pour Paris, avec les membres du Comité caucasien dont il est le président. L'Arménie y est représentée par Armik Djamalian (le fondateur de la revue Haïstari) dont le père, décédé en 1940, fut une des figures historiques du Parti daschnak... Le Comité recrute des volontaires pour les Ostlegions et regroupe son Quartier général dans une des plus grandes maisons du centre de Paris. Cependant, le 17 août 1944, il lui faut évacuer la Capitale avec les troupes géorgiennes."

Gaïdz Minassian, op. cit., p. 110, note 5 :

"Dès 1945, Staline cherche à tirer parti de la position ambiguë de la Turquie pendant la Deuxième guerre (Ankara n'avait déclaré la guerre à l'Allemagne que quelques semaines avant la capitulation de Berlin) et exige l'annexion de la province de Kars-Ardahan à l'URSS et un meilleur statut des Détroits à son profit. Il procède également au rapatriement des Arméniens de l'exil en RSS d'Arménie avec la neutralité passive de la FRA et fait pression sur l'Occident pour obtenir la restitution des territoires anciennement russes cédés à la Turquie en 1917-1918 au lendemain du traité de Brest-Litovsk. En octobre 1947, à l'ONU, Moscou revendique Kars-Ardahan au nom de la RSS de Géorgie (et non de l'Arménie) avant de renoncer officiellement à cette demande au lendemain de la mort de Staline, en mai 1953 ; Mouradian, 1979."

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 312-313 :

"En 1948 commence une nouvelle vague de déplacement de populations azéries expulsées d'Arménie vers l'Azerbaïdjan. Une puissante propagande soviétique, relayée par les canaux communautaires et l'Eglise arménienne, appelle au retour des Arméniens de la diaspora dans la mère-patrie avec pour arrière-pensée de réveiller la question territoriale et la restitution à l'URSS des provinces d'Anatolie orientale. Après avoir remis en question en 1945 le traité d'amitié soviéto-turc, l'URSS en déposa la demande par la voix de Vichinsky devant l'ONU en 1947. Quelque 150 000 d'entre eux (200 000 selon les Soviétiques) affluèrent du Liban, d'Egypte, d'Irak, d'Iran, de France et d'Europe entre 1946 et 1948 pour s'installer en Arménie soviétique. L'URSS sortait juste de la guerre, sûre de sa force, et ne craignait pas le séparatisme éventuel d'une Arménie monoethnique. L'espace manquait pour accueillir ces immigrants, aussi le pouvoir central décida-t-il de déporter les Azéris installés à Erevan, dans la plaine de l'Araxe et surtout sur le pourtour du lac Göytcha (Sevan) vers les régions agricoles de l'Azerbaïdjan. Le développement de la culture intensive du coton dans la plaine de la Koura servait de prétexte pour recourir à une main-d'œuvre qui manquait en raison des pertes humaines dues à la guerre. Ainsi, entre 1948 et 1952, des dizaines de milliers d'Azéris habitués à la montagne furent déplacés vers des zones de plaines inhospitalières et surchauffées du Shirvan, du Mil ou du Moughan. Beaucoup ne purent s'adapter à ces nouvelles conditions et périrent de tristesse ou de maladies. D'autres furent orientés vers le centre industriel de Soumqaït."

Voir également : Grossière duplicité de l'activisme arménien