lundi 16 mai 2011

La mafia arménienne règle ses comptes avec d'autres mafias dites de l'Est sur la Côte d'Azur

Les mafias de l'Est règlent leurs comptes sur la Côte
Publié le samedi 14 mai 2011 à 10H05

À trop se régaler des romans de John Le Carré, on s'était peut-être monté le bourrichon. Après tout, la réalité de la mafia russe est judiciairement bien ténue sur les bords de la Méditerranée. Peu d'affaires retentissantes, pas de grands dossiers judiciaires : et si cette « Cosa nostra » venue de l'Est n'avait été qu'une vue de nos esprits ? La réponse est non. Au contraire. Sur la Côte d'Azur et dans le Var, plus que partout ailleurs en France, les vory v'zakone - les « voleurs dans la loi » - sont là et bien là.

Concile mafieux dans un palace niçois

S'il n'y avait eu, ces derniers mois, une incroyable série de règlements de comptes sanglants en pleine rue à Nice, Bormes-les-Mimosas dans le Var ou encore Marseille, cette mafia post-soviétique, plus géorgienne que strictement russe, aurait sans doute pu continuer à gangrener discrètement mais sûrement la Côte.
Mais voilà, désormais les luttes de clans éclatent au grand jour. Ces « vory v'zakone » ont la détente facile. Culture de la guerre. C'est dans les goulags soviétiques que ces bandits froids et violents ont réactivé les codes d'un système mafieux ancestral en Russie dont la trace remonterait au XVIe siècle.

Inquiétant ? Le juge Philippe Dorcet ne le cache pas (lire page ci-contre). En quelques années, après avoir déplacé sa tête de pont de l'Espagne au sud de la France, cette mafia géorgienne, arménienne, bulgare ou même tchétchène, a fait plus que s'implanter. Si elle ne touche pas à la drogue, elle serait à l'origine de près de 20 % des faits de grande délinquance, avec une spécialisation manifeste pour le home jacking, les vols de voitures à la commande et les gros cambriolages.

La « petite histoire policière » certifie qu'il y a dix ans, dans un palace de la Côte à Nice, les chefs de clans des vory v'zakone s'étaient mis autour de la table avec les autres acteurs du grand banditisme - Corses, Calabrais, Napolitains - pour définir une sorte de Maastricht mafieux. Une vraie mise en coupe réglée.

Opération « Java »

Une « fable » que confirme l'opération Java. Lancée au niveau européen début 2010, cette vaste opération de mise sous surveillance électronique des parrains de la mafia géorgienne avait conduit à l'interpellation de 65 « voleurs dans la loi ».

À l'arrivée, des centaines d'heures d'écoute confirmant les soupçons de toutes les polices européennes. Et ainsi, c'est à Puget-Théniers que l'une des principales cibles d'Euro-Pole sera finalement délogée le 23 août dernier : un jeune Géorgien de 29 ans pourtant bien discret.

Il est vrai que les vory v'zakone ne truandent pas pour le « bling-bling » : en entrant en grand banditisme, ils font vœu de mépris de la richesse. Ce qui les rend d'autant plus insaisissables. Et fatalement dangereux.

Le grand banditisme, pour eux, s'apparente presque à une idéologie que rien ni personne n'est habilitée à trahir. Sous peine d'en payer le prix… à coups de Kalachnikov.

Retrouvez le dossier complet sur le journal en ligne ou dans l'édition de Nice-Matin du 14 mai.

Dossier réalisé par Jean-François roubaud et Eric Galliano
Source : http://www.nicematin.com/article/cote-dazur/les-mafias-de-lest-reglent-leurs-comptes-sur-la-cote