lundi 2 mai 2011

La situation difficile des éditeurs en Arménie

Les éditeurs arméniens luttent pour leurs biens
Edition | Mkrtich Matevosian nous raconte la situation des éditeurs en Arménie, hôte d’honneur du Salon du livre


Anna Vaucher | 01.05.2011 | 23:36

Edition

L’Arménie, invitée d’honneur au Salon du livre, fête cette année ses 500 ans d’imprimerie. L’an prochain, Erevan sera consacrée capitale mondiale du livre par l’Unesco. Nul doute, l’écriture est au cœur de l’identité du pays. Qui peine pourtant à publier ses auteurs. Depuis l’indépendance en 1991, le marché du livre s’est rétracté, les moyens ont manqué et le livre est devenu un bien luxueux.

A défaut d’en faire un business, les éditeurs contemporains font de leur métier un acte militant. «Le tirage moyen en Arménie est de 500 exemplaires, c’est très peu, explique Mkrtich Matevosian, fondateur de la maison d’édition Actual Art. Nous sommes un petit groupe d’enthousiastes à pratiquer cette profession aujourd’hui. Par passion, mais surtout parce que c’est quelque chose qui doit se faire. Après l’effondrement du régime soviétique, c’est comme si on avait tout recommencé à zéro. On doit constituer un système qui tient la route.» Et prendre une revanche sur leur culture, longtemps muselée: «Pendant toute l’époque soviétique, on a été à la traîne. Les ouvrages étaient avant tout traduits en russe. Il est primordial maintenant d’avoir des traductions dans notre langue. Et de traduire des auteurs arméniens, d’Arménie ou de la diaspora, en français.»

Peintre, graphiste et ancien chef du département des beaux-arts au Ministère de la culture, Mkrtich Matevosian s’est lancé dans l’édition à Everan en 1995. Les Russes avaient entraîné dans leur chute de nombreuses librairies et plus généralement le marché du livre et ses nombreux soutiens soviétiques. «On avait tellement rêvé d’en finir avec la censure. C’est dommage que le marché ait pris ce tournant, mais c’est peut-être aussi un peu notre faute. On aurait dû faire en sorte que toutes les industries ne s’effondrent pas avec le régime.»

De la censure, il reste aujourd’hui des traces, «même si elle ne s’exerce pas en tant que telle. Dernièrement, un fonctionnaire du ministère a fait arracher des pages d’une BD qui traitait de thèmes politiques. Il n’avait reçu aucun ordre supérieur. Mais c’est comme ça que ça se passe, certains pèchent par excès de zèle.»
Aujourd’hui, le marché continue de souffrir du manque de considération de l’Etat, dont les lois rendent difficile la vie des professionnels. «Contrairement à une majorité de pays, le livre est chez nous considéré comme n’importe quel bien. La TVA s’élève à 20%. Mais entre éditeurs, on travaille main dans la main. C’est comme lorsque l’on apprend à marcher. Plus on a de monde à ses côtés, plus on a de chance d’y arriver.»

Salon international du livre et de la presse à Palexpo. De nombreuses activités ont lieu sur le stand arménien. Débats lundi, 16 h, «Le rôle des associations arméniennes: entre tradition et intégration, perte d’identité ou réveil?» et mardi, 15 h 15, «Comment défendre une culture minoritaire». Programme complet sur www.salondulivre.ch
Source : http://www.tdg.ch/node/335170