vendredi 17 juin 2011

Canada : le fraudeur arménien Léon Kordzian purgera sa peine dans le confort de sa résidence

Le confort de sa résidence pour un ex-fraudeur arménien    
Nouvelles générales - Justice
Écrit par David Santerre  
Jeudi, 16 juin 2011 16:51
Mise à jour le Jeudi, 16 juin 2011 22:24

La députée bloquiste d’Ahuntsic Maria Mourani, qui disait récemment espérer une « vraie peine de prison » pour un fraudeur notoire de son comté, Leon Kordzian, qui a détroussé des compatriotes arméniens de 868 000 $, en a pris pour son rhume jeudi en apprenant que ses deux ans moins un jour de prison, il les purgera dans le confort de sa résidence.


Une sentence « inacceptable » qui « met en échec le travail au parlement pour changer les lois », a déploré en entrevue avec RueFrontenac la députée qui a eu à intervenir dans ce dossier.

L’homme de 67 ans a ainsi été condamné par la juge de la Cour du Québec Jean-Pierre Boyer à une peine de deux ans moins un jour à purger dans la communauté.


Pour les huit premiers mois, il sera assigné à domicile en tout temps, sauf le jeudi après-midi afin qu’il puisse faire ses courses.

Cet ancien courtier immobilier, qui a été radié de son association professionnelle, a plaidé coupable en septembre dernier à 24 chefs d’accusation de fraude, et deux liés à la possession d’une arme à feu mal entreposée.

Sa maison en garantie…

L’homme approchait ses victimes, dans plusieurs cas des personnes d’un certain âge issues de la même communauté arménienne que lui, et peu familières avec le système bancaire canadien, pour leur faire placer leur argent moyennant un retour en intérêt garanti de 24 %.

À certains, il expliquait qu’il les aidait ainsi à financer de jeunes couples qui ne pouvaient obtenir de financement bancaire pour une première maison.

Pour appuyer ses prétentions, il montrait aux gens des documents sensés démontrer qu’il plaçait lui-même sa maison en garantie en cas de non paiement. Le hic, c’est que cette maison n’était pas la sienne, mais celle de sa sœur.

Et il a en effet versé des intérêts à ses victimes pour leur faire croire à la bonne marche du stratagème. Un montant d’ailleurs non-défini puisque la Couronne estime la valeur de ces ristournes à 135 000 $ et la défense à 393 000 $. Il n’en demeure pas moins que la mise de départ, les clients ne l’ont jamais revue. Des pertes variant entre 5000 et plus de 100 000 $ par victime.

D’ailleurs, lors des représentations sur sentence, certaines de celles-ci sont venues dire à quel point l’homme avait ruiné leur vie, leur retraite et leur santé dans certains cas.

Le juge Boyer a estimé que l’homme contre qui la Couronne réclamait quatre ans de pénitencier n’en méritait pas tant vu son âge, le fait qu’il ait perdu son permis de courtier immobilier, qu’il a plaidé coupable rapidement et semble démontrer de vrais remords et le fait qu’il n’a jamais tenté de diminuer son implication dans les crimes.

La procureure de la Couronne, Me Nicole Martineau, visiblement déçue, a indiqué qu’elle allait « analyser » le tout, sans préciser si elle lorgnait la Cour d’appel pour faire réviser cette sentence somme toute clémente.

Dans une autre vie, Maria Mourani, criminologue, a été agent de libération conditionnelle dans le système carcéral fédéral.

Son expérience avec les fraudeurs n’est pas énorme, puisque ceux-ci écopent rarement de peines de plus de deux ans et donc de juridiction fédérale, mais doute énormément des remords de Kordzian.

L’accusé et plusieurs des victimes résident dans le comté d’Ahuntsic. Maria Mourani a été interpelée par quelques-unes des victimes et avec elles a travaillé à en convaincre plusieurs autres, craintives, de porter plainte. Elle a même placardé le secteur où opérait Kordzian de messages mettant en garde la population contre lui.

« J’ai parlé avec les victimes, et certaines me disent qu’il a été assez effronté pour leur dire en pleine face qu’il aura une sentence peu sévère », rapporte-t-elle.


Elle déplore que des criminels comme lui, qui sont considérés comme non-violents par le système de justice, ne voient pas les juges ordonner que soit confectionné un rapport pré-sentenciel à leur sujet avant de rendre sentence.

« Ça permettrait aux juges de savoir exactement à qui ils ont à faire avant de les sentencer, leur risque de récidive, la sincérité de leurs remords », croit-elle.

« Ce n’est pas vrai que ces crimes sont non-violents. La vie de certains de ces gens est détruite, certaines sont des mères monoparentales, des personnes âgées à faible revenu. Ces gens vivent un stress face à la situation. Puis il y a le stress du procès et souvent le stress de ne pas se sentir écoutées », conclut-elle.
Source : http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/justice/38532-leon-kordzian

Pour rappel : Montréal : des Arméniens victimes du fraudeur Léon Kordzian