vendredi 17 juin 2011

Des squatteurs arméniens dans un quartier huppé de Bordeaux

11 juin 2011 07h54 | Par Hervé Mathurin   

Bordeaux
Squatteurs chez les « bobos »


Quatre familles étrangères occupent un ancien restaurant rue Cornac avec le soutien de militants et de Michèle Delaunay.

Un squat dans le quartier huppé des Chartrons, à deux pas du cours de Verdun, voilà qui change des taudis de Bacalan et de la Bastide. C'est pourtant là, rue Cornac, que les militants du Réseau d'éducation sans frontière (RESF) et du Droit au logement (DAL) ont trouvé un ancien restaurant chinois, inoccupé depuis huit ans, pour loger quatre familles, dont huit enfants et deux personnes âgées. La dernière, arrivée du Daghestan, a pris ses quartiers avant-hier soir, mais d'autres sont présentes depuis l'ouverture du squat il y a un mois. Les associatifs se sont évidemment gardés d'ébruiter l'affaire durant cette période « afin de ne pas fragiliser davantage ces personnes ». Mais l'intervention d'un agent immobilier, mandaté par le propriétaire, a changé la donne. Celui-ci menace en effet les squatteurs d'une procédure judiciaire s'ils ne quittent pas les lieux au plus vite.

Gagner du temps

Le but des militants de RESF et du DAL était donc, en manifestant leur soutien, de créer une situation telle que la préfecture soit contrainte de reloger ces familles, toutes étrangères (Arméniennes principalement).
« On ne peut plus les expulser sans qu'il y ait eu procès auparavant », assurait l'un des militants. L'objectif est clair : gagner du temps, et spéculer sur la longueur de la procédure.

Dix-sept personnes

Olivier Grumel, l'agent immobilier, s'est déplacé afin de faire valoir son bon droit. Mais il s'est heurté à Michèle Delaunay, la députée socialiste, venue soutenir les associatifs « mais surtout apporter ma médiation en me substituant au préfet dans l'attente de son action ». La députée se dit « prête à discuter avec le propriétaire » pour trouver une solution provisoire, étant donné que des travaux de rénovation n'ont pas encore été engagés ni programmés. Les squatteurs se composent d'un couple de demandeurs d'asile régularisés avec deux enfants de moins de cinq ans et une grand-mère (la mère est enceinte de huit mois), un autre avec deux enfants et une personne âgée (actuellement hospitalisée), un autre couple avec deux enfants et une autre, également avec deux enfants, soit dix-sept personnes réparties sur deux étages. Pour les « protéger », les associations montent la garde par roulement devant la porte de l'ancien restaurant.

Ce type de situation n'est pas nouveau à Bordeaux. L'hiver dernier, un groupe d'immigrants des pays de l'Est avait campé plus d'un mois place André-Meunier avant que la préfecture trouve des solutions au cas par cas.

Combien de squats réels ?

Le préfet Schmitt avait donné la priorité aux étrangers dont la demande d'asile avait été légalisée. Dans la situation présente, il semble que certains immigrants soient en situation régulière et d'autres pas, ce qui complique le règlement. Personne ne sait exactement combien il y a de squats à Bordeaux, ni de squatteurs par conséquent, tant la discrétion est de mise dans la plupart des cas. La question ne se réglera pas avec la saison estivale.
Source : http://www.sudouest.fr/2011/06/11/squatteurs-chez-les-bobos-423602-653.php