dimanche 3 juillet 2011

Histoire des Arméniens : sanglantes querelles frontalières

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 266-268 :

"Pendant ce temps, la diplomatie alliée s'efforçait d'apaiser les conflits territoriaux. Au cours de l'été 1919, le colonel américain Haskell était nommé haut commissaire pour la région et, en phase avec la politique de l'Entente, déclarait que le Karabagh et le Zanguezour appartenaient à l'Azerbaïdjan mais que le Nakhitchevan, le Sharour et le Daralagez devraient être des zones neutres entre la Turquie et les Etats caucasiens. Un accord négocié sous l'égide du haut commissaire avec le Conseil des Arméniens du Karabagh reconnaissait fin novembre l'autonomie territoriale du Karabagh, dans l'attente cependant d'une décision finale de la conférence de la paix à Paris, ainsi que l'autonomie culturelle de la partie arménienne de sa population, confirmant de la sorte l'intégration du territoire dans l'Azerbaïdjan, signée aussi à titre provisoire au mois d'août de la même année. Un peu plus tôt, l'armée azérie lançait une opération militaire pour libérer le Zanguezour de l'occupation arménienne et le remettre sous l'autorité de Bakou, conformément aux préconisations alliées. L'affaire échouant, une conférence de médiation décida le cessez-le-feu et l'ouverture d'une route rétablissant le lien avec le Nakhitchevan et les populations azéries d'Arménie. Le Zanguezour resta sous la coupe des militaires arméniens qui anéantissaient les villages azéris insoumis. Au même moment, le contexte international se modifia radicalement. La grande offensive de Dénikine sur Moscou échoua et ses troupes refluèrent en désordre. Sur le plan des querelles frontalières avec l'Arménie, la reconnaissance des indépendances souveraines de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan confirmait la validité de la revendication azérie sur le Karabagh, qu'on estimait, du fait de ses vallées ouvrant à l'est, lié naturellement par la géographie à l'espace économique de l'Azerbaïdjan. C'est d'ailleurs ainsi que l'évaluait Anastase Mikoyan dans une lettre à Lénine. Le 23 janvier, les Alliés exigeaient que cessent les brutalités contre les villages azéris du Zanguezour et que les troupes arméniennes se retirent de la zone. Les dirigeants arméniens ne tinrent pas plus compte des injonctions internationales que par le passé. Le gouverneur azéri de la région, Khosro Soultanov, lança un ultimatum en février 1920 au Conseil des Arméniens du Karabagh les enjoignant d'accepter sans restriction l'intégration à l'Azerbaïdjan. Soumis à une notable pression militaire, le Conseil des Arméniens du Karabagh, composé de citadins et de bolcheviks, finit par y céder officiellement pendant que les délégués ruraux et nationalistes le rejetaient. La tension montait.

A la fin mars, le jour de Novrouz Bayram, qui est le premier jour de l'An des Azéris, un soulèvement arménien se déclencha violemment. Les Alliés avaient prescrit par sûreté que les forces de police locales soient composées pour moitié de membres de chaque communauté. Dans la nuit du 22 au 23 mars 1920, la partie azérie fut tuée. L'insurrection fut soutenue par Erevan qui envoya ses meilleurs chefs militaires Dro et Ndjeh, commandants de sinistre mémoire des vallées du Zanguezour. Le gouverneur Soultanov ordonna de donner l'assaut sur Shousha et noya la rébellion dans le sang début avril 1920. La pression exercée par les Alliés depuis leur haut commissariat basé à Tiflis parvint à suspendre les combats qui s'étaient étendus au Zanguezour et au Nakhitchevan, que les Arméniens avaient attaqués également un peu plus tôt et qui furent repoussés avec l'aide du général turc Karabekir. En mars 1920, le Nakhitchevan était occupé par les forces turques. Le Zanguezour était tenu d'une main de fer par les milices arméniennes."

Voir également : Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921