dimanche 3 juillet 2011

Mimar Sinan, ce Turc ottoman qui n'était pas arménien (contrairement à l'allégation des racistes arméniens)

Robert Mantran, Istanbul au siècle de Soliman le Magnifique, Paris, Hachette Littératures, 2008, p. 253-254 :

"(...) par la suite d'autres architectes ont surgi, parmi lesquels Sinan (1486-1578) s'est révélé comme le plus génial et le plus productif. Certains ont voulu voir, à tout prix, dans Sinan un Grec d'origine, qui aurait été turquisé dès son jeune âge et aurait bénéficié de circonstances tout à fait favorables à son éducation. En fait, il apparaît maintenant que Sinan appartenait bien à une famille turque de la région de Kayséri. Il vint à Istanbul assez jeune, travailla comme ouvrier dans la construction, entra dans l'armée où il participa à des travaux utilitaires, puis peu à peu sa science se manifesta et on lui confia des entreprises plus importantes. Il construisit des ponts, des bâtiments divers (mosquées, médressés, etc.) en Roumélie, puis, appelé à Istanbul par Soliman le Magnifique, il se lança dans la construction des grandes mosquées du XVIe siècle ; lui-même disait que la mosquée de Shéhzadè était son œuvre d'apprenti, celle de Soliman le Magnifique son œuvre d'ouvrier, et la mosquée Sélimiyè, à Andrinople, son œuvre de maître. Il a su donner à ces mosquées une grande beauté architecturale, par les proportions de leurs masses, surmontées de coupoles qui jamais ne semblent lourdes ; l'étagement des coupoles et des demi-coupoles de support, l'élancement des fins minarets ajoutent encore une impression d'élégance qu'atteignent rarement les autres mosquées du monde musulman. L'enthousiasme suscité par les œuvres de Sinan fut tel que, dans tous les territoires ottomans, on construisit des mosquées semblables aux siennes ou s'en inspirant fortement."

Dimitri Kitsikis, L'Empire ottoman, Paris, PUF, 1991, p. 58 :

"Le rang d'« esclave » [de la Porte] était tellement prisé que ces populations [musulmanes de Bosnie] avaient conclu un arrangement avec Mehmet II qui stipulait que leur conversion ne les exclurait point, eux et leurs descendants, du devşirme. Ces kapıkulları musulmans étaient appelés potor et étaient envoyés au service du palais et non dans l'armée.

Le recrutement se fit d'abord en Roumélie, puis, à partir de 1512 [Sinan, né en 1489, avait alors 23 ans], fut étendu à l'Anatolie. Afin de ne pas désorganiser le commerce et l'industrie, les jeunes d'Istanbul, des grandes villes et les fils des artisans ruraux en étaient exclus. Néanmoins, des parents chrétiens et même musulmans versaient des pots-de-vin pour envoyer leurs enfants à la campagne, dans l'espoir qu'ils pourraient être recrutés. Les Juifs et les Arméniens (bien que ces derniers fussent chrétiens, mais non orthodoxes) en étaient totalement exclus. D'ailleurs les Juifs n'avaient pas de base rurale et, vivant dans les villes, ils en étaient de toute façon exclus."