samedi 9 juillet 2011

Qui sont les Azéris, ce peuple tant abhorré par les Arméniens nationalitaires ?

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 21-22 :

"Les Azéris d'aujourd'hui sont le résultat de la fusion d'anciens peuplements de groupes caucasiens, perses et turcs (souche hunnique, Kiptchaks, Khazars), dans une moindre mesure de juifs iranophones et d'Arméniens. Il s'est ajouté à ce fond initial, à partir du XIe siècle, une vague massive de populations turcophones oghouz venues des steppes d'Asie centrale, qui se fixèrent dans la région et généralisèrent l'usage de la langue turque. Au XIXe siècle, la conquête russe puis le développement des champs pétroliers de Bakou y ont adjoint des éléments slaves, arméniens, juifs ashkénazes et tatars. Ces musulmans se répartissent entre 70 % de chiites, prédominant dans la moitié sud et dans les villes, et 30 % de sunnites, plutôt au nord de la Koura. Pourtant, 70 ans d'athéisme soviétique succédant à quelques décennies d'anticléricalisme résolu rendent cette affirmation sur les différences sectaires un peu aléatoire et sans réel écho dans la population. De surcroît, peu portés à l'extrémisme religieux et acquis depuis longtemps à une forme avancée de sécularisation de la société, les Azéris sont largement unis dans un fervent culte des saints et de leurs œuvres locales. Ce caractère s'illustre particulièrement par l'affluence autour des mausolées (« pirs », « imamzadeh »), auxquels ils se rendent nombreux en pèlerinage. Néanmoins, il n'est pas exclu que le drame de l'exode des réfugiés et les problèmes sociaux aigus qui frappent le pays ne conduisent certains à rechercher le secours de la foi, ou ne rendent une frange de la population plus réceptive à un discours radical. Le pouvoir, laïc, est vigilant sur ces questions."