lundi 29 août 2011

Dunkerque : un couple mixte arméno-azéri ayant fui l'Arménie ethno-nationaliste

Actualité Dunkerque

Dans l'attente d'un « oui », les demandeurs d'asile mettent leur vie entre parenthèses

lundi 29.08.2011, 05:09 - La Voix du Nord

|  • LES VISAGES DE L'ACTUALITÉOFELYA ET KARINA |

Les enfants attendent la rentrée des classes, les sportifs la reprise des entraînements. Les résidents du centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) de Dunkerque, eux, attendent une réponse qui leur donnera, ou non, le droit de reconstruire une nouvelle vie en France. L'angoisse peut durer quelques semaines, voire plus d'un an. Ensemble, ils tentent de se créer un quotidien.

PAR ESTELLE JOLIVET

dunkerque@lavoixdunord.fr

Ce jour-là, l'atelier cuisine est consacré à une recette de poisson aux légumes, un plat « de tous les jours » au Rwanda, le pays d'origine d'Angélique. La jeune femme, timide, est arrivée il y a trois semaines au CADA de Dunkerque. « On commence par découper le poisson, et puis on met du sel et de la farine... » Les participantes à l'atelier se mettent au travail. Céline, l'éducatrice, revêt aussi le tablier.

Une fois par semaine, l'atelier permet aux volontaires d'échanger des savoir-faire mais surtout de rythmer le quotidien. « Il faut gérer l'ennui, l'oisiveté, donner du sens à la vie », témoigne Dominique Ryngaert, le directeur du CADA. Les demandeurs d'asile n'ont pas le droit d'exercer une activité professionnelle, alors ils attendent. Pour vivre, ils reçoivent une petite allocation journalière (lire ci-dessous).

Ofelya, 26 ans, est arrivée à Dunkerque avec son mari en janvier. Depuis, ils attendent la réponse de l'OFPRA (lire ci-dessous). Ils l'espèrent, plutôt.

Elle peut tomber n'importe quand, demain, dans une semaine, dans un an. La jeune fille s'exprime dans un français excellent. « J'ai fait des études de langues en Arménie, je connais aussi le russe et l'anglais », annonce-t-elle fièrement. Son visage, souriant, respire l'optimisme.

Sa grossesse - « j'attends un petit bébé, je suis à trois mois » - parle de sa confiance en l'avenir aussi bien que de ses projets. « J'aimerais reprendre des études et ouvrir un petit bureau d'interprétariat », imagine-t-elle. Elle a fui l'Arménie pour s'être mariée avec un Azéri, que ses compatriotes assimilent aux Turcs, les ennemis de toujours. S'installer en Russie s'est avéré trop dangereux. Un passeur a organisé leur voyage vers la France. « Parfois, mon mari dit "c'est la galère, j'en peux plus". C'est vrai, ce n'est pas une vie normale de rester sans travail, de ne rien faire. C'est ennuyeux. » Les hommes jouent au foot, vont à la piscine. Les femmes se réunissent par affinités. Ofelya a sympathisé avec Karina, elle aussi en exil suite à un mariage mixte azeri-arménien. Karina apprend le français « en regardant les chaînes françaises, et les dessins animés », dit-elle en riant. Son visage s'assombrit quand elle repense à l'attente. « C'est très difficile. Mais ici, ça va ». Le directeur du centre reconnaît : « On gère l'inconfort. On cherche à la fois à leur procurer des moments de bien-être, tout en étant impuissant sur l'issue de leur destinée. » Tous espèrent avoir la même chance que Francisca, qui a quitté le CADA en mai avec la protection subsidiaire, et a emménagé à Grande-Synthe. Congolaise arrivée seule en France, Francisca avait trouvé au centre « comme une famille », malgré « le stress ».

Elle revient dire bonjour avec plaisir. « J'aimerais trouver un travail, dans les métiers d'aide à la personne. Je m'ennuie,avoue-t-elle. Au Congo, j'étais commerçante ». Francisca a quitté son pays en janvier 2009, suite à des menaces sur son ex-mari, politicien. Ses trois enfants y vivent toujours. •
Source : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Dunkerque/actualite/Secteur_Dunkerque/2011/08/29/article_dans-l-attente-d-un-oui-les-demandeurs-d.shtml

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