lundi 1 août 2011

Les Arméniens au temps de Soliman le Magnifique : cavernes et superstitions

André Clot, Soliman le Magnifique, Paris, Fayard, 1983, p. 310-311 :

"Disséminés à travers l'empire [ottoman], les Chrétiens sont loin d'être quantité négligeable. En Roumélie, la grande majorité sont des orthodoxes (Serbes, Bulgares, Grecs et autres). En Anatolie, ce sont les Arméniens. Pour les Chrétiens de l'Est anatolien, l'occupation ottomane n'a guère changé la vie de tous les jours. Pour ceux d'Europe, elle l'a plutôt améliorée. (...)

Chaque village a son prêtre, aussi misérable et guère plus instruit que ses ouailles, mais également une vielle femme qui éloigne le mauvais oeil et guérit les maladies. Le surnaturel fait peur et on n'a pas trop de toutes les formules, des incantations et du secours de « celui qui sait » pour conjurer les puissances maléfiques. On vient de loin à des lieux de pèlerinage, des tombes de « saints », des fontaines « sacrées ». Comme il n'y a pas d'auberge, on couche dans l'église voisine. Hommes et femmes sont courageux et, quelquefois, des villages entiers s'affrontent lors des luttes sanglantes qui opposent les Arméniens aux Kurdes.

L'habitat ne diffère guère de celui des Musulmans : une grande pièce bâtie de briques crues, une écurie, un jardin potager, des champs alentour. Beaucoup d'Arméniens vivent dans des grottes naturelles ou creusées dans les collines, comme certains Musulmans des mêmes régions."