vendredi 9 septembre 2011

L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine

Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 183-184 :

"Du reste, l'historiographie nationaliste kurde entame dès la fin des années 1920 un processus de perte de mémoire sur le rôle qu'ont joué les Kurdes dans les massacres d'Arméniens durant la Première Guerre mondiale. Les propagandistes du Khoyboun [ligue nationaliste kurde] se montrent très évasifs sur cette question qui est uniquement posée pour donner un exemple de la sauvagerie du Turc, estimé seul coupable des crimes contre les Arméniens. Le silence qui pèse non seulement sur les massacres des Arméniens perpétrés par les tribus kurdes, mais aussi sur la présence des Arméniens dans le territoire considéré comme susceptible de devenir un Kurdistan autonome prend de telles proportions que l'on peut considérer la question arménienne comme un tabou de l'historiographie kurde.

Paradoxalement, les militants arméniens du Tachnak [Dachnak] participent à la construction du discours nationaliste kurde et à la consolidation du tabou arménien parmi les Kurdes. Le but principal de l'alliance entre la Ligue Khoyboun et le parti arménien Tachnak en 1927 est l'organisation d'une révolte militaire pour créer une confédération kurdo-arménienne dans l'Est de la Turquie. Mais l'accord engage aussi le parti arménien à déployer des efforts de propagande en faveur de la cause kurde auprès de l'opinion publique occidentale.

En rendant les Turcs entièrement coupables de ces actes, les propagandistes du parti Tachnak permettent aux Kurdes de se ranger aux yeux des puissances européennes du côté de la « civilisation » car, comme les documents arméniens l'affirment, ils n'ont pas participé aux massacres arméniens entre 1894 et 1895 et entre 1915 et 1916. Dorénavant, les Turcs sont les véritables « barbares », « assassins de chrétiens », tandis que les Kurdes se trouvent du côté des victimes s'érigeant en une nouvelle nation martyre. Le tabou arménien peut s'expliquer, du reste, par la volonté de l'élite nationaliste kurde à ne pas trahir le « territoire national ». Si bien que, en dépit des preuves sur la participation de nombreuses tribus kurdes aux massacres d'Arméniens, l'historiographie nationaliste kurde ne remet pas en cause ce processus d'amnésie qui a l'avantage de l'autoriser à revendiquer, sans mauvaise conscience, les territoires anciennement habités par les Arméniens."

Sur les relations entre Kurdes et Arméniens, on lira : L'antagonisme arméno-kurde

XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

La collaboration entre l'ASALA et le PKK

La FRA-Dachnak et le PKK : la fraternité d'armes cimentée dans le sang entre les terrorismes arménien et kurde

L'expulsion des Kurdes d'Arménie et du Karabakh