mercredi 21 septembre 2011

Manya Gevorgyan, réfugiée arménienne en France : "Nous ne voulons pas retourner en Arménie, c'est trop dangereux pour notre vie."

Indre
société
Une famille arménienne expulsée
21/09/2011 05:48

Châteauroux. La famille Gevorgyan a épuisé tous ses recours. La peur au ventre, elle s'attend à une expulsion par la police, ce matin, pour un aller simple vers l'Arménie, dès aujourd'hui.


Manya Gevorgyan a peur pour son couple et ses jumeaux, Alen et David : « Nous ne voulons pas retourner en Arménie, c'est trop dangereux pour notre vie. Nous demandons l'asile politique. Laissez-nous vivre ici... en France. » - (dr)

Alen et David ne fêteront pas leur premier anniversaire aujourd'hui. Les jumeaux de Manya et Daniel Gevorgyan, couple d'Arméniens, seront expulsés ce mercredi vers l'Arménie. Les parents ont lancé hier un vibrant appel à l'aide auprès des associations d'aide aux réfugiés et de la NR.
« J'ai peur que mes enfants soient tués en Arménie, soupire Manya Gevorgyan, professeur d'arménien. Nous ne pouvons pas partir. Nous demandons à la préfecture de nous laisser en France, de nous protéger. » Une demande à laquelle la préfecture n'est pas sensible, estimant que toutes les voies de recours de la famille ont été épuisées et que l'asile politique n'est pas possible. L'Arménie est en effet inscrite « dans la liste des pays sûrs » (lire ci-dessous). Un avis qui n'est pas partagé par ces opposants au président de la République d'Arménie, Serge Sargsian, élu en 2008. Cette expulsion achèvera de pulvériser cette famille de réfugiés. D'après Manya, son père - M. Petrosyan, policier -, était parvenu à « sauver sa famille d'Arménie » grâce à la venue d'un groupe folklorique au festival de Confolens (Charente), en 2009. Il a finalement été expulsé début septembre en Arménie et se trouverait dans un hôpital psychiatrique depuis. La mère de Manya est dans la même situation à Gireugne. L'un de ses frères qui a résisté à l'expulsion de son père, est incarcéré à la maison d'arrêt de Toulouse. Les deux autres - adolescents scolarisés au collège des Capucins pour l'un et au lycée des Charmilles pour l'autre - ont été placés au Foyer de l'enfance à Châteauroux. Il ne reste plus que la famille Gevorgyan, apeurée. Ghislaine Millet, présidente de la Ligue des droits de l'Homme, est choquée : « Nous n'avons jamais connu un tel acharnement ».

La LDH appelle les citoyens à se rassembler ce matin, à 7 h 30, devant le 4, rue des Halles, à Châteauroux.

à chaud

La préfecture de l'Indre a affirmé hier, dans un communiqué, que le couple a été débouté du droit d'asile : « Il fait l'objet d'un arrêté en date du 27 mai portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français. Une aide au retour leur a été proposée à cette occasion mais ils l'ont refusée. Dans le cadre de la mise en oeuvre de cet arrêté, ils ont été convoqués le 20 juillet par le commissariat de police et ont été placés en rétention administrative. Durant cette rétention, ils ont exercé tous les recours sur toutes les décisions judiciaires et administratives ». La préfecture précise : « Ils devaient embarquer le 2 septembre dernier à destination de l'Arménie mais le vol a été annulé en raison de leur demande d'audience devant le tribunal administratif. Ils ont alors été assignés à résidence depuis le 3 septembre. Il est prévu qu'ils embarquent sur un vol pour l'Arménie, le 21 septembre. L'ensemble de la famille a été reconnu par le Consulat d'Arménie, pays inscrit dans la liste des pays sûrs, et les enfants accompagnent leurs parents ».
Xavier Benoit
Source : http://www.lanouvellerepublique.fr/indre/ACTUALITE/24-Heures/Une-famille-armenienne-expulsee

Voir également : Les réfugiés arméniens eux-mêmes le disent : "l'Arménie est dangereuse pour nous"