vendredi 2 septembre 2011

Une coutume arménienne : le "madar", c'est-à-dire le sacrifice d'un mouton (ou d'un coq) suivi du marquage d'une croix de sang sur le front

Béatrice Kasbarian-Bricout, Coutumes et traditions arméniennes, Paris, L'Harmattan, 1990, p. 54-56 :

"Parmi les nombreuses coutumes du peuple arménien, il en est une, le « madar », qui hérisse particulièrement la sensiblerie occidentale. Les non-Arméniens le considèrent comme l'immolation pure et simple d'un animal, victime innocente d'une coutume barbare. Il est indispensable de préciser que le mot « madar » désignait aussi bien l'offrande en l'honneur des morts que le repas funèbre, les agapes.

En Arménie soviétique, le rituel du « madar » soulève un véritable tollé, tant de la part des personnes sensibles que des autorités locales (qui bien qu'y participant) refusent qu'on en parle, ne voulant pas passer pour des « primitifs » aux yeux des non-Arméniens. (...)

Par ailleurs, qu'un animal soit tué devant nous ou dans un quelconque abattoir change-t-il le problème ? Quoi qu'il en soit, le sacrifice du mouton ou du coq n'aura sa raison d'être qu'après la formulation ou quelquefois l'accomplissement d'un vœu.

Avant la soviétisation du pays, il existait une personne préposée à ce genre de sacrifice bien particulier. Officiellement, le sacrificateur a disparu mais il se trouve toujours quelqu'un capable de tuer proprement un animal. Celui-ci porte un signe distinctif, généralement une croix et il est enrubanné. L'animal bêlant (et ce bêlement contribue pour beaucoup à rendre le sacrifice plus odieux aux yeux des non-arméniens) est amené sur une aire spéciale, ni trop près ni trop loin de l'édifice religieux. Auparavant, les fidèles auront fait leurs dévotions.

Tout le monde ne peut s'offrir un mouton et nous aurons alors le sacrifice de plusieurs coqs ou d'un seul, suivant les moyens et l'importance de l'enjeu.

Lorsqu'on sacrifie un coq, il est courant qu'une personne pure, une jeune fille, accomplisse par trois fois le tour du sanctuaire avec les volatiles à la main. Pour sacrifier les coqs, on creuse non loin de l'édifice religieux un trou afin que le sang de l'animal s'y écoule.

Le sang chez les Anciens était identifié à l'Esprit et par là-même possédait un caractère hautement magique. Il était également considéré comme purificateur ; aussi marque-ton aujourd'hui les assistants en traçant une croix sur leur front en signe de leur appartenance à la Chrétienté. La croix de cendres tracées sur le front des fidèles de confession catholique, le mercredi des Cendres, découlerait du même principe.

Pour que le sacrifice soit complet, il est nécessaire de manger la chair de la victime, et il ne viendrait pas à l'idée de refuser cette viande revêtue d'un caractère sacro-saint."