vendredi 21 octobre 2011

Aux sources de l'insatiable violence stalinienne : la culture de violence clanique des Arméniens et Géorgiens

Simon Sebag Montefiore, Le jeune Staline, Paris, Le Livre de Poche, 2010, p. 22-23 :

"Pour une large part, le caractère insaisissable de l'expérience soviétique (la haine de la paysannerie par exemple, le goût du secret et la paranoïa, les sanglantes chasses aux sorcières de la Grande Terreur, la prééminence du Parti sur la famille et sur la vie elle-même, la méfiance des propres services d'espionnage de l'URSS qui conduisit au succès de l'attaque surprise de Hitler en 1941) fut le résultat de la vie dans la clandestinité, de la konspiratsia de l'Okhrana et des révolutionnaires, et aussi des valeurs et du style caucasiens de Staline. Mais pas seulement de Staline.

Dès 1917, Staline connaissait nombre des personnages qui formeraient l'élite soviétique et sa cour dans les années de pouvoir absolu. La violence et le caractère clanique des Caucasiens, comme Staline, Ordjonikidze et Chaoumian, jouèrent un rôle particulier dans la formation de l'URSS, au moins aussi grand sinon plus que celui des Lettons, des Polonais, des Juifs, et peut-être même des Russes. Ces Caucasiens furent l'essence des « Hommes de Comité » qui constituèrent le coeur du Parti bolchevique et qui étaient tout disposés à soutenir Staline contre les intellectuels, les Juifs, les émigrés (et surtout contre le brillant et hautain Trotski). Ces gens prirent goût à la brutalité de la Guerre civile (et à la liquidation de la paysannerie ainsi qu'à la Terreur) parce que, tout comme Staline, en fait avec lui, ils avaient grandi dans les mêmes rues, participé aux mêmes guerres entre bandes, rivalités de clans et massacres ethniques, et embrassé la même culture de la violence."



Le banditisme, une tradition profondément ancrée chez les Arméniens