jeudi 13 octobre 2011

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 153-154 :

"La signature du Traité franco-syrien de 1936 prévoyant le départ des Français du Levant et l'alliance de 1939 entre la Grande-Bretagne, la France et la Turquie mènent les Kurdes à s'approcher des pays de l'Axe, désormais ennemis de la Turquie. Les contacts avec l'Italie, mais aussi avec l'Allemagne, s'intensifient lorsque les forces de Vichy prennent la direction du Mandat au Levant. A Damas, Omar Agha Chemdine, en contact fréquent avec l'ex-Consul Général d'Italie à Beyrouth, aurait obtenu en 1940 certaines promesses de financement italien pour un soulèvement kurde en Djézireh. Or, les Services de Renseignements britanniques, mis au courant des contacts entre Omar Agha et les Italiens, chargent le Consul de la Grande-Bretagne à Damas de conclure une nouvelle entente avec ce dernier qui, après trois entrevues, aurait promis au Consul de s'abstenir de toute activité anti-britannique.

Le Khoyboun [ligue nationaliste kurde] semble néanmoins acquis aux puissances de l'Axe. Selon un rapport du Colonel anglais Elphinstone, les Allemands prennent contact avec les Kurdes dès le début de la guerre. Ils déploient une large propagande auprès d'eux insistant sur le fait que, puisque la Turquie est alliée par un traité à la Grande-Bretagne et à la France, ils n'ont rien à attendre des Alliés et qu'il est donc dans les intérêts des Kurdes de suivre la politique de l'Axe. Après la chute de la France, la commission allemande en Syrie, présidée par W.O. von Hentig, prend contact avec Khalil ibn Ibrahim Pacha, ami personnel du Baron Max Oppenheim. La mission allemande, représentée par le délégué Roser, rencontre aussi Kamuran Bedir Khan. Les projets allemands demandent néanmoins une nouvelle entente entre Kurdes et Arméniens. Dans ce but, von Hentig et Rudolf A. Roser invitent les nationalistes kurdes et arméniens à des réunions secrètes au cours desquelles, les Allemands auraient promis d'assurer l'indépendance respective du Kurdistan et de l'Arménie après la victoire allemande à condition que les Kurdes et les Arméniens se conforment aux directives nazies et provoquent des troubles en Turquie. Les rencontres entre les Kurdes de la Djézireh et les agents allemands ont lieu, en outre, sur la frontière turco-syrienne où les derniers circulent avec une certaine facilité. D'après le P. de Rudder, responsable de la Mission dominicaine en Haute Djézireh :

le Kurde et le Bédouin ont été très travaillés par la politique allemande. [....] D'après eux, les Alliés représentent l'élément chrétien, donc la religion détestée, tandis que le Nazi personnifie à leurs yeux l'homme sans religion, donc l'allié éventuel contre le Chrétien.


En outre, le nazisme est interprété par les élites orientales comme une parfaite réussite du nationalisme et, par conséquent, comme un idéal à atteindre. Bien que nous n'ayons trouvé aucun document confirmant la signature d'un accord officiel entre Kurdes et Allemands, selon les Services Spéciaux, certains représentants kurdes et arméniens, dont Djeladet Bedir Khan et Hratch Papazian, se seraient mis au service de l'Allemagne pour préparer une rébellion kurde en Turquie en 1942. Les Allemands prennent également contact avec Chérif Pacha qui se trouve en France à ce moment-là."

Voir également : L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine

Le parti Dachnak et l'Italie fasciste

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

La cinquième colonne arménienne en Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale

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Grossière duplicité de l'activisme arménien