samedi 1 octobre 2011

Les coutumes matrimoniales des Arméniens

R. Khérumian, Les Arméniens. Race, origines ethno-raciales, Paris, Vigot, 1941, p. 106-108 :

"L'étude du mariage permit à Mégavorian plusieurs constatations dignes d'être notées. La polygamie fut pratiquée en Arménie païenne par la classe dominante, mais « ...l'esprit populaire exprimé dans les contes et les proverbes est hostile à cette institution... ». Il subsiste encore beaucoup de vestiges des vieilles formes du mariage : par rapt et par rachat. Movsès Khorenatzi raconte l'histoire du rapt de la princesse Satinig, fille du roi des Alains, par Artachès, roi d'Arménie : « ...le valeureux roi Artachès, monté sur un beau coursier noir, tirant la lanière de cuir rouge garnie d'anneaux d'or, et prompt comme un aigle qui fend l'air, passant le fleuve, lance cette lanière de cuir rouge garnie d'anneaux d'or autour des flancs de la vierge des Alains ; il étreint avec douleur par le milieu du corps la jeune princesse et l'entraîne brusquement dans son camp... » (Livre II, chap. 50). Parmi les coutumes actuelles provenant de cette antique forme du mariage, Magavorian note que le nouveau marié doit être armé et entouré de jeunes gens également armés ; en arrivant dans le village de la fiancée, ils tirent des coups de fusil et sont reçus par un groupe de jeunes gens, qui simulent la contre-attaque. Parmi les survivances du mariage par achat, il subsiste l'usage de payer le père de la fiancée (qui emploie cet argent à la confection du trousseau) ; on emploie comme formule de félicitations au nouveau marié (dans le district d'Erivan) : « ...que ton achat soit heureux » ; la femme appelle son mari « ...le propriétaire (maître) de ma tête », etc.

Chez les Arméniens en général, et en particulier chez les campagnards la dot n'existe pas, fait qui tire probablement son origine des mariages par achat ou par rapt ; l'avoir de la femme est composé des présents qu'elle reçoit à l'occasion du mariage et qui sont obligatoires pour tout le village. D'après Mégavorian : « ...quand la jeune fille se marie, elle entre dans la famille du mari comme chez soi. Le peuple voit dans l'union conjugale une prédestination et la considère comme indissoluble si un fait extraordinaire ne survient pas ». (...) « ...Les moeurs arméniennes, spécialement chez les campagnards, sont très sévères. La femme mariée n'a absolument aucun rapport avec les hommes ; la jeune fille, qui jouit d'une certaine liberté, est très sévèrement critiquée lorsqu'elle a une conduite légère. La perte de sa virginité est une grande honte pour elle et une cause de scandale pour toute la famille. Si la jeune mariée, pour une cause quelconque, ne présente pas les preuves de sa virginité, elle est quelquefois renvoyée, ou bien elle devient l'objet perpétuel des injures et des outrages de tous... » (Mégavorian)."

Voir également : Les violences faites aux femmes et aux filles en Arménie (rapport de 2011)

Arménie : des femmes souffrent en silence

Violence au sein de la famille arménienne : le cas de Greta Baghdasaryan

Le problème de la violence conjugale en Arménie

Le crime d'honneur, une tradition arménienne ?

Angoulême : deux Arméniens enlèvent et séquestrent une jeune fille au nom d'une coutume de leur communauté

Une coutume arménienne : le "madar", c'est-à-dire le sacrifice d'un mouton (ou d'un coq) suivi du marquage d'une croix de sang sur le front