jeudi 13 octobre 2011

L'historien Pierre Nora réprouve énergiquement les agissements du lobby arménien en France

Déclarations de Pierre Nora sur France Inter, le 12 octobre : 

"Alors là vous parlez à quelqu'un qui est le président d'une association qui s'appelle Liberté pour l'Histoire, à laquelle j'ai succédé à René Rémond, et qui depuis 2005 se bat pour que le législatif ou l'exécutif ne prennent aucune loi sur l'histoire. ça ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas avoir évidemment des avis, au contraire, ils doivent l'avoir, sur le passé national, et faire, prendre toute sorte de mesures, d'honorer les victimes, de faire des commémorations, d'organiser et d'orienter la mémoire collective, mais pas de se mêler de l'histoire et surtout de qualifier le passé. Et dans l'affaire arménienne, on a reconnu, en 2001, le génocide arménien, ça suffit. La République l'a reconnu. Mais le groupe des Arméniens, très organisé, veut, si j'ose dire, donner les mêmes garanties que sur les Juifs, c'est-à-dire sur Gayssot, la loi Gayssot, à l'Arménie. Alors si on passe à... Que la Turquie fasse tout pour reconnaître éventuellement son passé... Encore qu'historiquement l'affaire est très, très compliquée (je n'en suis pas spécialiste), mais elle n'est pas univoque. Et si vous faites une loi, précisément vous ne pouvez plus travailler véritablement la question. Donc moi je suis totalement contre le fait que le politique fasse des lois qui qualifient le passé quel qu'il soit. Et il y a une grande différence entre le langage de Sarkozy et le langage de Hollande. Hollande est très engagé, et je le regrette infiniment, sur cette affaire arménienne. Il y a des accointances presque amicales et personnelles. Il est sincèrement très engagé, et il veut qu'on fasse cette loi. J'aimerais d'ailleurs le persuader de ne pas la faire et lui demander d'aller le voir pour lui exposer ces arguments."

"Je ne crois pas qu'il ne soit qu'électoraliste, là [le positionnement de Hollande]. Encore qu'effectivement si au Sénat devenu de gauche, on faisait passer cette loi, elle passerait probablement pour des raisons strictement électoralistes aujourd'hui. Je le regretterais profondément et ce serait un échec de la démocratie."

"Mais ce serait très long à expliquer [le dossier arménien]..."

"En deux phrases, les Arméniens ont été à la fois les immenses victimes et pas seulement les immenses victimes... On va pas entrer dans des débats historiques extrêmement profonds, mais qu'il y ait eut massacres génocidaires, c'est une évidence..."

"Non, mais les génocides, vous savez, il y en a tout le temps et partout. Alors si la France se mêlait de tous les génocides dont elle n'est pas responsable..."

"Mais dans celui des Juifs [le génocide], la France est d'une certaine façon largement responsable, enfin a été indirectement responsable..."

"Celui des Tutsis, incontestablement est un génocide, mais si vous élargissez à tous les génocides sur lesquels la France n'est pas responsable, vous allez aller très loin, et si surtout vous faites une loi... Autre chose est de laisser les historiens décider s'il y a eu génocide, s'il y a pas génocide, et ce que signifie un génocide aussi. Parce que la définition... Aujourd'hui le mot est totalement codé, il est politisé, il est instrumentalisé et il n'a plus beaucoup de signification réelle. Si vous écrasez trois mouches, on peut aussi vous parler d'un génocide. Il n'y a pas de définition... La seule définition est celle qu'a donnée Nuremberg du génocide. Mais encore une fois... Punir, si vous voulez, de crime contre l'humanité des gens qui sont encore vivants et les poursuivre jusqu'à ce qu'ils soient morts, c'était ça la définition du crime contre l'humanité. Mais si vous donnez la définition du crime contre l'humanité sur des gens qui sont morts et dont les auteurs sont morts, eh bien c'est les historiens que vous poursuivez. C'est complètement absurde."

Source : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=189863

Voir également : L'historien de gauche Marc Ferro s'oppose aux exigences liberticides du lobby arménien

La controverse historique autour du prétendu génocide arménien