mercredi 30 novembre 2011

Les Arméniens de France dans la Résistance... Euh, pardon, dans la Gestapo, chez Henri Lafont

Grégory Auda, Les belles années du "milieu" 1940-1944 : le grand banditisme dans la machine répressive allemande en France, Paris, Michalon, 2002, p. 23 :

"Si la majorité des gestapistes étaient Français, il faut tout de même souligner une certaine tendance au cosmopolitisme de ce « corps » informel : des Italiens, des Polonais, des Arabes, des Géorgiens, des Arméniens, etc."

Raymond Ruffin, Les Espionnes du XXe siècle, Paris, France-Empire, 2000, p. 164-165 :

"Dûment accrédité par Boemelburg, Lafont se rend à Fresnes le 6 septembre [1940] pour faire libérer quelques-unes de ses anciennes connaissances du « milieu ». Ainsi se retrouvent en liberté, mais sous la coupe de leur sauveur, plusieurs spécimens de la pègre : Pinardel, Carrier, Maillebuaux, Tissier, Bonnal, Valet, Estébéguy dit Adrien le Basque, Lucien Prévost et Charles Cazauba. La Gestapo réquisitionne un immeuble au 93 de la rue Lauriston pour y installer ses « auxiliaires ». Mais Lafont trouve ses effectifs insuffisants, qu'à cela ne tienne et avec la bénédiction de Boemelburg il repart pour Fresnes. Cette seconde fournée de crapules comprend : Paulo la Gamberge, Cajac, Miclar, René Mâle dit Riri l'Américain, Robert Moura, Paul Clavié, Eddy Pagnon, Abel Danos dit Le Mammouth, Jean-Michel Chaves dit Nez de braise, un tueur demi-fou, Bernard Tertre, Robert Méry dit Robert le Pâle, Armand Le Fou, Feu-Feu le Riton, François Lorand dit François le Mauvais, Louis Seiche, Jacques Leroy, Raymond Richard dit Monmon, Jules Besançon, Maurice Latès, Jo le Corse, Adolphe Cornet dit Fredo la Terreur, Charles Valet, Alexandre Villaplana ancien international de football, ami de Violette Morris, Georges l'Arménien, et enfin celui qui deviendra le bras droit de Lafont, l'ex-inspecteur de police Pierre Bony [Bonny] destitué dans le cadre de l'affaire Stavisky-Prince pour avoir falsifié des rapports et des procès-verbaux. Quelle brochette ! Voilà bien des cellules de la prison vides de pensionnaires, hélas pas pour bien longtemps car ceux-là même qui viennent de les quitter vont y amener par fournées les patriotes qu'ils auront arrêtés et torturés."

Marcel Hasquenoph, La Gestapo en France, Paris, De Vecchi, 1975, p. 137-138 :


"Dans cette véritable Cour des miracles, il y a :
- Armand le Fou, vingt-sept ans, huit condamnations, un meurtre, chef du gang des « Tractions avant » ;
- Raymond Richard, proxénète ;
- Daniel Hirbes, fonctionnaire en retraite, dénonciateur du réseau « Résistance-Fer » ;
- Bernard Tertre, ancien légionnaire, dénonciateur du réseau « Libération-Vengeance » ;
- Jacques Leroi, ancien commandant, le tortionnaire-type ;
- Louis Seiche, l'espion de profession qui sera abattu le 24 août 1944 ;
- Bernard Simoni, le trafiquant qui se spécialise dans la chasse des parachutistes et le dépistage des terrains d'aviation ;
- Feu-Feu dit « le Riton », sept condamnations dont l'attaque du fourgon postal de la rue de Maubeuge ;
- François Lorand dit « François le Mauvais », spécialiste de la traite des blanches et de l'écoulement de la fausse monnaie ;
- Pierre Romain, le patron d'un cabaret à Pigalle qui est le point de ralliement ;
- Mohamed Begdane dit « Jean le Manchot », ancien des Brigades internationales qui se fait appeler « von Kerbach » ;
- Jacques Bernard « la Gueule d'or » : dix fois condamné ;
- « Jo le Corse », le tueur à gages du Patron, on l'appelle le « Guillaume Tell » du milieu ;
- Adolphe Cornet dit « Fredo la Terreur du Gnouff », préposé à « la magnéto à effacer le sourire » ;
- Il y a aussi Jules Besançon le proxénète, Maurice Latès, Charles Blénot, l'Arménien Georges Kaidijian, etc."

Voir également : Les Arméniens de France sous l'occupation allemande

Discours haineux d'un pleurnichard sénile, Shahnourh Varinag Aznavourian, dit Charles Aznavour

Missak Manouchian : patriote français ou terroriste stalinien sans envergure ?

Mort d'un stalinien arménien : Henry Karayan

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Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Le "Gang des Lyonnais", un gang d'Arméniens ?

La "French Connection" : la conjonction de la mafia arménienne et du narco-terrorisme arménien

"Casse" du musée de Nice : Patrick Chelelekian soupçonné

Musée de Nice : un casse très infiltré

28-11-2011

Les accusés accusent le FBI d’avoir provoqué le vol des toiles.

Le procès des sept auteurs présumés du casse du musée des beaux-arts de Nice en 2007 s’ouvre à Aix ce matin. Leur chef niçois et ses acolytes varois disent avoir été manipulés par le FBI dans une opération d’infiltration et finalement de provocation au vol. Les quatre toiles de maître avaient été récupérées intactes dans un coffre de voiture sur la corniche Kennedy à Marseille.
    Il n’a fallu que quatre minutes, dimanche 5 août 2007, à 13h, aux cinq braqueurs pour neutraliser les employés et rafler quatre toiles du musée Cheret de Nice. Sans cris, sans éclats, les malfrats décrochaient deux Brueghel. A l’étage, ils emportaient un Sisley et un Monnet, des dépôts du musée d’Orsay.


La Rolls vers Miami Beach


    Deux Français de Miami semblant vouloir jouer les intermédiaires pour la revente d’un Rembrandt et d’un Vermeer étaient soupçonnés : Patrick Chelelekian, surnommé l’Arménien, et Bernard Ternus, alias Sonny, un Bandolais.

    Bien avant le casse, en juin 2006, les services français auraient avisé Robert Wittman, le patron de l’Art crime team, la division du FBI qui traque les œuvres volées. C’est ce que soutient ce dernier dans un livre sur la rocambolesque opération d’infiltration qui a permis leur arrestation en 2008 à Marseille. Le super flic de Miami sait qu’il n’existe qu’un seul Vermeer volé au monde, celui du casse du Gardner Museum de Boston en mars 1990 qu’il tente d’élucider pour récupérer un butin estimé à 500 millions de dollars.
    Alors par l’entremise d’un millionnaire parisien véreux, indic des flics français, il établit un contact avec les deux Français en se glissant dans le personnage de « Bob Clay », un courtier en art de Philadelphie aux affaires louches. « La Rolls-Royce Phantom aux vitres pare-balles filait vers l’Est sur la Palmetto Expressway en direction de Miami Beach », narre dans son bouquin Wittman, à la retraite et cité comme témoin aux assises.


Le FBI, contraint d’acheter les toiles de Nice


    Les accusés soutiendront avoir été manipulés par le FBI qui promettait cher pour des tableaux hollandais. Comme provoqués au casse de Nice. « Il se pouvait que nous soyons contraints d’acheter réellement les tableaux de Nice, si nous avions ne serait-ce que la demi-certitude que ce marché nous permettrait de récupérer les tableaux de Boston », écrit d’ailleurs Wittman.
    Une première rencontre a lieu en décembre 2007 avec des agents spéciaux américains dissimulés en trafiquants colombiens à bord du Pelican, un yacht de luxe loué par le FBI avec jolies pépées pour appâter Bernard Ternus sur un gros deal de cocaïne.
    Une seconde rencontre a lieu début 2008 à Barcelone pour fixer un prix : il est question de trois millions d’euros pour les toiles de Nice, condition sine qua non pour accéder aux toiles du musée Gardner qu’ils disent détenir. « Je te vends d’abord les tableaux de Nice », insiste Chelelekian qui en avril 2008, envoie Bonniface et Lhomme rencontrer deux faux acheteurs à Miami. Côté français, deux agents infiltrés sont autorisés à négocier.


Un Partner bleu sur la corniche Kennedy


    Les mois passent, reste à fixer une date pour la transaction avec un acheteur présenté par Bob Clay. Les toiles sont montrées à un agent infiltré français.
    L’épilogue a lieu le 4 juin 2008, sur la corniche Kennedy pas loin de l’hôtel Pullman. Une vingtaine de flics en civil sont au rendez-vous à 9h10 fixé par Lionel Ritter dit « le Gros », Pierre Noël-Dumarais, dit « le Niçois » - l’organisateur présumé du casse niçois - et Patrice Lhomme. Les quatre toiles sont intactes, emballées à l’arrière d’un Peugeot Partner bleu.
    La matière est romanesque, le procès promet des débats épiques, l’accouchement sans doute d’une vérité trouble et kaléidoscopique. Dans cette même cour d’assises qui, clin d’œil de l’histoire, jugea le vol des bijoux de la Bégum à Cannes en 1949, procès où le directeur central de la police fut accusé d’être le cerveau du braquage !
Source : http://www.lamarseillaise.fr/justice-faits-divers/musee-de-nice-un-casse-tres-infiltre-24910.html

Le procès d'un des plus gros vols de tableaux s'ouvre à Nice
Par Henri Haget, publié le 27/11/2011 à 10:00, mis à jour le 28/11/2011 à 09:51

Deux Bruegel, un Monet et un Sisley: à Marseille, en juin 2008, les quatre tableaux dérobés dix mois plus tôt au musée des Beaux-Arts de Nice pour un montant de 22 millions d'euros sont présentés à la presse, après avoir été retrouvés.


Sept hommes comparaissent ce lundi à Aix-en-Provence pour un important vol de tableaux, en 2007, au musée des Beaux-Arts niçois. Mais le chef de la bande dénonce le rôle, en coulisses, d'un agent américain infiltré. Enquête sur une affaire digne d'un scénario hollywoodien.

Dans leur petit meublé niçois, Pierre et Madeleine (1) coulaient une retraite paisible. Pour tromper la routine, ils allaient pique-niquer dans la pinède. C'est le seul moyen qu'elle avait trouvé pour lui faire lâcher ses mots croisés. Il y passait ses journées. Un vrai caïd du Larousse et des astuces à deux balles. Madeleine se souvient de son sourire vainqueur quand il agrippait son stylo. Poulet à l'américaine? En trois lettres? FBI, évidemment... La seule fois où Pierre n'a rien vu venir, finalement, c'est quand l'agent spécial Robert K. Wittman, alias "Bob Clay", le super-flic de Miami, s'est mis en travers de son chemin.

Le 28 novembre, Pierre Noël-Dumarais, 64 ans, comparaîtra avec six complices devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence, pour l'un des plus grands vols de tableaux jamais commis en France: le casse du musée des Beaux-Arts de Nice, le 5 août 2007. Ce jour-là, en pleine affluence, Noël-Dumarais et sa fine équipe, déguisés en agents d'entretien, décrochent un Monet, un Sisley et deux Bruegel sous le nez des visiteurs. Coût du déménagement: 22 millions d'euros. 

Un musée protégé comme un self-service. Ni alarme ni vidéosurveillance. Les vigiles? Une e brochette de babas cool

Lors de ses repérages, "M. Pierre", comme l'appellent ses amis, avait bien noté que ce musée était protégé comme un self-service. Ni alarme ni vidéosurveillance. Les vigiles? Une belle brochette de babas cool. "A la pause déjeuner, je les ai suivis jusqu'au café voisin et j'ai vu qu'ils se roulaient des cigarettes à la moquette..." a confié Noël-Dumarais au juge marseillais Dominique Voglimacci. 

22 millions d'euros! Dans toute sa carrière de scribouilleur de chéquiers volés, "M. Pierre" n'avait jamais rêvé d'additionner autant de zéros. Jusque-là, ses escroqueries et ses braquages foireux l'avaient plus souvent mené au tribunal que sous les tropiques. Huit séjours à l'ombre en trente ans, ça vous forge une réputation, pas un patrimoine. A sa sortie de prison, en 1997, Pierre n'a pas de magot planqué qui l'attend. Il n'a que Madeleine.

Un orfèvre de l'infiltration, aux méthodes assez personnelles

Elle tenait un pressing en face de chez lui. A peine l'a-t-elle distingué, dans le brouillard de son fer à vapeur, que son existence a basculé. "Il était si élégant, si beau, avec son regard vert", dit-elle, la voix encore embuée. Elle brade son pressing et son premier mariage. Il jure de solder son passé. Un nid discret, en lisière de pinède, abritera leur bonheur. Il a 50 ans, elle, 45. Ces deux-là n'ont pas de temps à perdre pour s'aimer et faire des mots croisés.

A l'époque, il y a plus d'un océan qui sépare Pierre Noël-Dumarais de Robert K. Wittman, 55 ans, star du FBI, fondateur de la section "Art Crime", une unité d'élite qui traque les voleurs de tableaux. Expert en histoire de l'art, Wittman est aussi un orfèvre de l'infiltration. Il a sauvé des limbes plusieurs bustes de Rodin, une palanquée de Rembrandt, la coiffe de Geronimo et même la plus grosse boule du monde taillée dans du cristal de roche, provenant du palais de l'impératrice de Chine Cixi, et retrouvée dans la caravane d'une voyante portoricaine. Ses missions l'ont parfois mené à Paris. "C'est un enquêteur redoutable, aux méthodes assez personnelles..." convient son homologue français, le colonel Pierre Tabel, qui dirigea jusqu'en 2009 l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). Avec ce personnage hollywoodien, on est loin de "M. Pierre" et de ses carambouilles à la petite semaine. Mais on y arrive.

Depuis quinze ans maintenant, Wittman est obsédé par une affaire mythique: le vol de cinq Degas, deux Rembrandt et un Vermeer, au Gardner Museum de Boston, en 1990. Un butin estimé à plus de 500 millions de dollars. Une enquête impossible. Au fil du temps, les pistes de l'IRA et de la Mafia ont été évoquées. En vain. Mais, en 2006, tandis que, dans son meublé, Noël-Dumarais transpire sur une grille de Max Favalelli, Wittman reprend soudain espoir. L'un de ses indics lui a balancé un sacré tuyau: le trésor du Gardner serait aux mains de voyous corses, le gang de la Brise de mer. Dans la foulée, il lui présente Bernard Ternus, 53 ans, un Gitan qui vit entre Bandol et Miami, baragouine un anglais incompréhensible et répond "Yes!" à tout ce qu'on lui demande. Ce dernier se vante de connaître le Bottin du milieu corso-marseillais. Avec lui, Wittman, qui a enfilé sa panoplie de marchand d'art véreux en se faisant passer pour un certain Bob Clay, pense avoir trouvé l'homme providentiel. Le type capable, sans se méfier, de le mener à son Graal: le butin de Boston.

Ternus se croit au cinéma. Il gobe tout, il en redemande

Pour convaincre Ternus de sa carrure de trafiquant international, Wittman l'invite sur un yacht amarré à Miami Beach. A bord: un chef narco de Medellin, sa ribambelle de gardes armés et quatre brunettes en bikini. Sous le regard éberlué du Français, Wittman-Bob Clay échange avec le Colombien six toiles de maître contre une poignée de diamants et un sac de pièces d'or. Naturellement, les tableaux sont des copies, les diamants en toc, le trafiquant et ses playmates appartiennent au FBI, mais Ternus, lui,

se croit au cinéma. Il gobe tout. Il en redemande. Et quand Wittman lui parle du casse de Boston, il acquiesce, l'air entendu: "Yes!" Oui, bien sûr, pour quelques millions de dollars, il peut ramener à son nouvel ami tous les chefs-d'oeuvre de la création. Et tant pis si, en vérité, il n'a pas la queue d'une idée de l'endroit où se trouvent ces tableaux.

De retour au pays, Ternus va faire miroiter son rêve américain à une petite équipe de Pieds nickelés: "Je connais un type à Miami qui est prêt à payer très cher pour des tableaux hollandais!" Pour "M. Pierre", la nouvelle tombe à pic. Il commençait à s'ennuyer ferme sur son canapé. Après dix ans de retraite à vivre sur le RSA de Madeleine, le voici prêt à rempiler. Il s'en va faire un tour à la Fnac, rayon "beaux livres", histoire de vérifier le tarif des peintres flamands exposés au musée de Nice. Il en ressort tout sourire. "C'est vrai qu'ils ont la cote, les Hollandais!" lâche-t-il à son complice Patrick Chelelekian, dit "l'Arménien", un gamin, lui aussi, qui flirte avec la soixantaine. Le reste de la bande est constitué pour l'essentiel d'un terrassier endetté et d'un ancien dealer. Le 5 août 2007, cette troupe d'élite entre comme à la parade dans le musée de Nice pour en ressortir, cinq minutes plus tard, avec ses précieuses huiles sous le bras. Et c'est maintenant que le plus dur commence.

"Le grand art, ce n'est pas de voler, mais de revendre"

Quelques semaines après le casse, Ternus propose le lot à son "acheteur" supposé, Bob Clay, lequel alerte aussitôt ses collègues de l'OCBC. Les gendarmes n'ont aucun mal à faire le lien avec le casse de Nice. Au terme de huit mois d'écoutes et de filatures épiques, ils finissent par piéger Noël-Dumarais et ses acolytes lors d'une fausse transaction sur la corniche de Marseille, le 4 juin 2008. "Il n'y a pas plus crétin que les voleurs de tableaux: le grand art, ce n'est pas de les dérober, mais de parvenir à les revendre..." confie Wittman à L'Express, depuis Philadelphie, où il est aujourd'hui consultant en sécurité.

L'affaire aurait pu en rester là si, au début de cette année, ce même Wittman n'avait pas publié ses Mémoires d'ex-agent du FBI. Son livre, Inestimable (Sonatine éditions), traduit en neuf langues, fait un tabac. Surtout auprès de Me Ludovic Depatureaux, l'avocat de Noël-Dumarais. Il faut dire que Wittman révèle dans les moindres détails la façon dont il a manipulé Ternus en espérant remonter, grâce à lui, jusqu'aux commanditaires du casse du Gardner Museum. "Un flic du FBI qui, pour récupérer des tableaux volés à Boston, en vient, par ricochet, à faire piller le patrimoine français, c'est une provocation policière, et une pratique interdite en France !" argue Me Depatureaux, qui pense faire citer Wittman au procès.

En attendant, à la prison de Luynes, "M. Pierre" a retrouvé ses bonnes habitudes. Il noircit chaque jour des lettres d'amour à Madeleine. Et il s'est abonné au Canard enchaîné. Pour les mots croisés. 

(1) A la demande de l'intéressée, son prénom a été changé. 
Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-proces-d-un-des-plus-gros-vols-de-tableaux-s-ouvre-a-nice_1054431.html

Voir également : Nice : les truands arméniens pourraient encore faire parler d'eux

Edvard Margaryan : mort d'un "voleur dans la loi" (sic) arménien

Nice : un Arménien de Géorgie suspecté de double homicide

Nice : un homme d'affaires arménien séquestré à cause d'un litige clanique/familial

Les Arméniens de Nice : communautarisme et tensions internes

Proxénétisme arménien à Nice

La mafia arménienne passe par l'autoroute A 1

Les mafias de l’Est passent par l’A 1

Les mafias de l’Est passent par l’A 1 L’autoroute du Nord est de plus en plus empruntée par des malfaiteurs originaires des pays de l’Est. Au péage de Chamant, trois receleurs arméniens ont été stoppés sur la route de la Belgique.


L’A1, voie royale de tous les trafics. Drogue, clandestins et aussi autoroute des mafias de l’ex-bloc de l’Est. Troublant hasard, mercredi, la gendarmerie interpelle trois ressortissants serbes au péage de Chamant, qui remontent vers la Belgique. Le lendemain, ce sont trois Arméniens qui tombent dans les filets de la section des recherches de Toulouse pile au même endroit.

SUR LE MÊME SUJET Des Géorgiens spécialisés dans le cambriolage Des Géorgiens spécialisés dans le cambriolage Deux affaires pourtant distinctes, mais qui émettent le même signal : l’A1 mérite plus que jamais sa réputation d’axe béni de toutes les délinquances.

Opération Caucase

La section des recherches de Toulouse ne s’est pas dépaysée dans l’Oise par enchantement. Elle intervient dans le cadre d’une commission rogatoire pilotée par l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), menée principalement dans le Sud-Ouest… et dans l’Oise. Baptisée opération Caucase, elle a permis de neutraliser une branche de la puissante mafia géorgienne qui sévit en France depuis le milieu des années 2000, les « vory vzakone » (les voleurs dans la loi). Cette confrérie issue de l’ex-URSS est spécialisée dans les cambriolages de résidences, avec un appétit tout particulier pour les bijoux en or. Entre Géorgiens et Arméniens, une division des tâches s’opère. Aux Géorgiens les cambriolages et aux Arméniens le recel. Maillon stratégique de la chaîne, les receleurs arrêtés dans l’Oise étaient domiciliés en Ariège et dans le Tarn, et ils remontaient vers la Belgique. L’enquête initiée en août 2010 a confirmé que la Belgique était « un axe de blanchiment pour les bijoux », en raison d’une réglementation libérale en matière de recel. « Les bijoux sont ensuite écoulés sur la place d’Anvers chez des bijoutiers peu scrupuleux », explique la direction régionale des douanes.

L’OCLDI, qui dirigeait les opérations avec l’appui de trois cents hommes du GIGN, ne cache pas sa satisfaction. « C’est la première opération menée de manière autonome en France qui visait la mafia russophone. » Vingt-trois suspects ont été arrêtés. Parmi eux, un « vor » (l’équivalent d’un parrain de la mafia sicilienne) à Millau (Aveyron). Une source proche de la Jirs de Bordeaux (juridiction interrégionale spécialisée), qui instruit le dossier, confirme : « Le réseau a été décapité. » Les forces déployées étaient à la mesure de l’objectif. L’OCLDI a travaillé en étroite collaboration avec le FBI américain et Europol (office européen de police criminelle).

Au total, vingt-trois suspects ont été interpellés et placés en garde à vue quatre-vingt-seize heures pour vols en bande organisée. Présentés devant un juge d’instruction bordelais, les Arméniens arrêtés à Senlis ont été incarcérés.

Pour l’instant, ils ne font que transiter par l’A 1. Et même si les cambriolages ont bondi de 10% en un an dans l’Oise, surtout en zone rurale, aucune filière géorgienne n’a été à ce jour identifiée.

Mais la traque entamée par l’opération Caucase ne fait que commencer. car ces réseaux se régénèrent en permanence.
Source : http://ofek-consulting.com/spip.php?article894

Voir également : Aveyron et Sud-Ouest : démantèlement d'un réseau de cambrioleurs arméniens et "géorgiens"

Gers : l'incroyable butin de la bande organisée de cambrioleurs arméno-géorgiens

Bruxelles : l'Arménien de Géorgie Shirin Muradian soupçonné d'avoir participé à une fusillade

dimanche 27 novembre 2011

Le gaulliste Edouard Balladur est d'origine persane et catholique-ottomane, et non pas arménienne (n'en déplaise aux communautaristes arméniens démentiels et mythomaniaques)

Yves-Marc Ajchenbaum, Les Présidents de la Ve République, Paris, J'ai lu, 2002, p. 127 :

"Amis ou ennemis, tous le disent : Edouard Balladur n'a cessé de composer son personnage, afin de « donner de soi l'image construite qui convient à sa fonction », selon un proche. Qui est le vrai Balladur ? Ses origines sont un sujet tabou. L'histoire des Balladur n'a pourtant rien d'infamant. Né à Smyrne (Izmir) en 1929 d'un père naturalisé français trois ans auparavant, descend-il, comme il le laisse entendre, d'une vieille famille européenne établie depuis des siècles au Levant, ou est-il, comme le dit la rumeur, un « Arménien honteux » ? Enquête faite, le Premier ministre n'est ni l'un ni l'autre. La vieille famille provençale implantée au Levant est une légende, mais il n'y a jamais eu non plus de « Balladourian », membre renégat de la communauté arménienne. Les Balladour, Balladur ou Balladury qu'on retrouve au fil des siècles sont catholiques romains et d'origine... persane !

Au début du XVIIIe siècle,
les Balladur font partie d'une petite communauté de catholiques, convertie et dirigée depuis le XIVe siècle par les dominicains, au Nakhitchevan, un morceau de Caucase arménien que se disputent les trois empires (perse, russe et ottoman) parce qu'il contrôle la route de la soie. La communauté prospère dans le négoce, protégée par la France, comme tous les non-musulmans de la région. Elle parle arménien et latin, mais se considère comme franque. Hélas, les guerres se succèdent ; en 1740, le Père Thomas Issaverdens, chef de la communauté (dont la petite-nièce épousera un Balladur), tranche : il faut partir. En bloc. Tous iront à Smyrne, où ils entretiennent depuis des lustres des relations d'affaires. En quelques générations, ceux qu'on appelle les « Persans » vont refaire fortune dans le négoce ou la finance et s'intégrer à la communauté catholique dirigée par le consulat de France. Edouard Balladur a raison de nier tout lien avec la communauté arménienne. Ses ancêtres n'en ont jamais fait partie."

A noter également ces propos de M. Balladur rapportés par Thierry Ardisson :

"Je ne suis pas turc, je suis ottoman. Oui, oui, c'est ça, ottoman."

Source : http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN02105ballacruted0/

Un autre exemple d'arménisation fallacieuse par les racistes arméniens : Mimar Sinan, ce Turc ottoman qui n'était pas arménien (contrairement à l'allégation des racistes arméniens)

Le "Gang des Lyonnais", un gang d'Arméniens ?

Mis à jour 21-11-2011 00:02

"Ce livre m'a permis de raviver la mémoire lyonnaise"
A l'occasion de la sortie mercredi du film d'Olivier Marchal "Les Lyonnais", entretien avec le journaliste du "Progrès" Richard Schittly, qui détaille le contexte historique du Gang, dans son ouvrage : "L'Histoire Vraie du Gang des Lyonnais"


Comment vous est venue l'idée d'écrire un livre sur cette histoire ancienne ?
Ça me trottait longtemps dans la tête. Ça fait partie de l'histoire lyonnaise. C'est même dans le code génétique des journalistes Lyonnais. J'ai remarqué que l'histoire complète du Gang n'avait jamais été racontée de manière et surtout pas dans son contexte historique. Avant le film, j'avais déjà noué des contacts. Ce livre m'a permis de raviver la mémoire lyonnaise.

Au fond, qu'apportez-vous de nouveau ?
Je pense apporter une connaissance exhaustive de ce gang. J'ai réalisé une vingtaine d'entretiens, j'ai eu la chance d'avoir accès à des archives inédites des dossiers d'instruction comportant 26 tomes. Cela me permet de raconter de façon chronologique cette épopée et notamment le contexte historique : en 1968 et 1969, la Police judicaire est décapitée avec à sa tête le commissaire Charles Javilliey, soupçonné de corruption. Le Gang des lyonnais va profiter entre 1970 et 1972 de cette désorganisation de la police qui mettra deux ans avant d'identifier les premiers protagonistes.

Qu'avez-vous pensé du film et des confidences d'Edmond Vidal racontées dans le livre "Pour une poignée de Cerises".
Ceux qui aiment le travail d'Olivier Marchal vont apprécier "Les Lyonnais". Mon livre est un complément du film qui est à 70% de la fiction, de l'invention. Concernant le livre, c'est le témoignage d'Edmond Vidal qui est très touchant, c’est sa vision personnelle. Le livre ne devait pas être édité, il a accepté ce projet pour laisser quelque chose à la jeune génération. Dans ce livre, Vidal dit beaucoup de chose mais c'est codé, il ne donne pas le nom des vrais lieux. Mon livre permet de décoder. J'ai aussi élargi à d'autres témoignages comme celui de Pierre Pourrat, surnommé Le Docteur, dont je dresse la biographie complète, il est aujourd'hui décédé. J'ai écumé des procès verbaux des années 60 pour dresser son portrait.

Vous rappelez que le gang des Lyonnais n'aurait pas vu le jour sans l'esprit d'un clan, c'est-à-dire ?
Je parle des Arméniens, l'histoire familiale de ces gens qui sont arrivés à Décines, qui ont partagé une jeunesse très tumultueuse. Je parle de la communauté Gitane. C'est en comprenant cette amitié entre Gitans et arméniens, liés dans la difficulté, les joies, qu'on comprend mieux le Gang. J'évoque aussi le fait qu'à l'époque, les parrains du milieu étaient très liés à la politique, au Sac notamment. Il y a eu un conflit entre les anciens liés à la politique et les jeunes, dont ceux du Gang, qui voulaient s'en affranchir. Jean Augé, qui venait du milieu, a voulu éliminer les membres du Gang.

Vous évoquez aussi la délinquance d'aujourd'hui, très différente du code d'honneur du Gang.
Au moment du tournage du film, on a eu à Lyon une série de braquages très violents. J'ai fait le parallèle. Ce sont des braqueurs sans foi ni loi, rien à voir avec le Gang des Lyonnais. Eux notaient dans des carnets leur plan de fuite au moment de projeter un braquage ; c'était ce qu'ils appelaient les cavales. C'était minutieusement préparé. Le Gang évitait à tout prix la confrontation, l'effusion de sang. Cela n'a rien à voir avec ce qu'on voit aujourd'hui à Lyon.

Que vous inspire l'affaire Neyret, le commissaire qui a même servi d'inspiration à l'un des personnages du film ?
Je suis très prudent mais cela est déconcertant, suscite l'incompréhension. Je n'ai pas encore démêlé cette affaire.
Source : http://www.metrofrance.com/lyon/ce-livre-m-a-permis-de-raviver-la-memoire-lyonnaise/pkkt!vv4AtAE0rSBhDYVL4MV7fQ/

Les amis d'enfance d'Edmond Vidal

Pierre Zakarian dit « Pipo » est né en 1940 à Lyon. Son casier ne porte que quelques condamnations pour proxénétisme. Il a effectué son service en Algérie. Personnage attachant et fidèle, il n'hésitera pas à rejoindre Momon avec lequel il a grandit. Il avait lancé avec Momon et un autre ami un grand magasin de discount en Isère dans les années 1980.

Michel Silmetzoglu dit « Michel le Grec » rejoint l'équipe à 33 ans. Il est le rigolo de la bande. Intelligent et plein d'humour, il aime amuser la galerie. Bien qu'étant soupçonné de proxénétisme son casier judiciaire est vierge. Il possède, avec Joseph Vidal dit « Galane » (le grand frère d'Edmond), des parts dans un bar-dancing de Vienne, le California.

Jean-Pierre Mercarian, la trentaine dit « Mardir », rejoint l'équipe pas solidarité à ses amis d'enfance. Il est un grand collectionneur d'objets militaires américains.

L'équipe sera compléter aussi avec le frère de Michel Silmetzoglu , Constantin dit « Guitou », Robert Gandeboeuf le frère de Jean-Pierre Gandeboeuf, Georges Manoukian dit "Chaim", Jean-Pierre Mardirossian... Le Gang des lyonnais aurai comporté 15 membres environ


Entre 1970 et 1974, la police attribua à cette équipe plus de 35 braquages dont celui de la poste centrale de Strasbourg, le premier braquage qui sera qualifié par la presse de « hold-up du siècle » en France. Le 30 juin 1971, le Gang des Lyonnais entre dans la légende en dérobant, sans violence, 11 680 000 francs (7 120 000 €).
Source : http://milieulyonnais.skyrock.com/2193892595-Les-amis-d-enfance-d-Edmond-Vidal.html

Voir également : La "French Connection" : la conjonction de la mafia arménienne et du narco-terrorisme arménien

La bonne blague de Jean Reno : "il n'y a pas de mafia arménienne"

Milieu arménien : l'assassinat de Félix Margarian

Décines : une altercation entre Arméniens se termine par un meurtre au couteau

Gers : l'incroyable butin de la bande organisée de cambrioleurs arméno-géorgiens

Vendredi 25 novembre 2011 à 06h00 | Mis à jour le 25 novembre 2011 à 09h20
Par blandine philippon
La caverne d'Ali Baba aux 1 600 scellés

L'incroyable butin de la bande organisée qui sévissait dans le Gers. Pierres précieuses, maroquinerie, fourrures figurent parmi les 1 600 objets récupérés par les gendarmes


Des visons, des bouteilles de champagne, du parfum, des ordinateurs portables, des écrans plats, des appareils photo, des Rolex et des Breitling comme s'il en pleuvait, et surtout des pierres. Non encore identifiées et manifestement desserties avec soin par les voleurs, mais assurément précieuses et dont on devine qu'elles n'ont pas été choisies au hasard dans les résidences des victimes.

Ce qui ressemble à des rubis, des aigues-marines, des saphirs, des diamants, des émeraudes, des opales, s'amoncellent dans des petits sachets en plastique dûment placés sous scellés. Il y en a pour une fortune dans cette salle de briefing de la gendarmerie d'Auch. « Rien qu'en or, on a pesé 7 kg de métal fin », souffle l'adjudant qui a soulevé le lièvre en août 2010, après un cambriolage dans un magasin de matériel informatique de Mirande. À 40 000 euros le kilo d'or, on vous laisse faire le calcul… À ce montant déjà vertigineux s'ajoute tout le reste, les fourrures, la hi-fi et la vidéo, les sacs à main de luxe, mais aussi tout ce qui tombait sous la main des cambrioleurs pourvu que cela se monnaye : saladier en cristal, matériel de chantier, aspirateur…

Il y a donc là, balayé de la main par le général de région Laurent Tavel, venu spécialement de Toulouse pour l'occasion, le butin saisi lors des perquisitions aux domiciles des 23 personnes interpellées la semaine dernière en Ariège. Vingt-trois Géorgiens, délogés à Foix et Pamiers, mais qui « tapaient » depuis des mois dans toute la région Midi-Pyrénées, et peut-être même un peu au-delà. Cette bande extrêmement bien organisée, qui accomplissait ses cambriolages en faisant preuve d'une organisation quasi militaire, n'a pas épargné le Gers. Elle y a sévi au moins sept fois, notamment à Gimont, Mirande et Castelnau-Barbarens.

Ensuite, ce sont des membres peu recommandables de la communauté arménienne implantée à Albi et Montauban qui recélaient. Après quinze mois d'investigation et de filatures, l'arrestation du chef de réseau présumé par le GIGN la semaine dernière en Ariège et d'une vingtaine de « simples soldats » qui volaient aussi bien chez les particuliers que dans les commerces, c'est une des tentacules de la pieuvre russe qui est tombée.

Car les gendarmes en sont certains, une partie des bénéfices des vols de cette bande remontait vers une organisation criminelle en Russie baptisée Vory Zakone. Comprenez « les voleurs de la loi », traduit l'adjudant de la brigade de recherches d'Auch.


La restitution aux victimes

Reste maintenant à retrouver les innombrables victimes. « Nous envisageons de créer un site Internet spécialement dédié à l'identification des biens volés et de leurs propriétaires », annonce le général Tavel. Mais d'ici là, les gendarmes devront remonter le fil, ici avec un numéro de série sur une montre, là avec un prénom ou une date de naissance sur une gourmette en or. À condition toutefois que les malfrats n'aient pas dissous ces « signatures » à l'acide…
Source : http://www.sudouest.fr/2011/11/25/la-caverne-d-ali-baba-aux-1-600-scelles-562656-2277.php

Pour rappel : Aveyron et Sud-Ouest : démantèlement d'un réseau de cambrioleurs arméniens et "géorgiens"

Voir également : Edvard Margaryan : mort d'un "voleur dans la loi" (sic) arménien

La mafia arménienne règle ses comptes avec d'autres mafias dites de l'Est sur la Côte d'Azur

samedi 26 novembre 2011

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 :

"En 1902, l'autorité militaire procéda, en secret, à un essai de mobilisation de quelques escadrons de cavalerie à Alaşkert, dans le vilâyet d'Erzurum.

Certains des officiers de l'armée régulière servant en Anatolie orientale étaient en fait impliqués dans les activités du Comité Union et Progrès (CUP) et se trouvaient en exil intérieur. Placés sous étroite surveillance, ils constataient les excès des chefs kurdes. Par exemple, en 1897, vingt officiers en garnison à Erzurum furent arrêtés car ils avaient été trouvés en possession de publications et de correspondances avec le CUP. Peu auparavant, un détachement de la cavalerie hamîdiye revenait d'Istanbul comblé de décorations, de cadeaux et d'argent par la bonté impériale. Alors que le nombre des officiers impliqués dans le CUP augmentait, leurs critiques à l'égard des hamîdiye et de leur chef (qui symbolisaient les travers du régime hamidien) furent de plus en plus partagées au sein du Comité. A tel point qu'ils projetèrent d'assassiner Zekî Paşa. Mais Mizanci Murad, le leader du CUP, les en aurait dissuadés.

Impopulaires, les hamîdiye faisaient l'objet de nombreuses plaintes émanant de divers segments de la société ottomane (agriculteurs, officiers de l'armée régulière et intellectuels, y compris des consuls européens, qui avaient chacun leurs propres motifs)." (p. 134)

"La proclamation de la constitution répandait aussi la liesse en Anatolie orientale. Cet appel à la liberté et à l'égalité laissait espérer la fin des pouvoirs quasi-féodaux des aga et la fin des exactions des hamîdiye. La seconde monarchie constitutionnelle sonnait le glas de l'institution militaire créée par Abdûlhamîd, les hamîdiye, qui étaient débandés. En fait, ils ne furent pas abolis, mais repris en main. En novembre 1908, le gouvernement annonçait qu'ils seraient désormais considérés comme une milice de réserve responsable de ses actes devant les juridictions civiles et militaires.

La constitution était perçue comme une menace pour tous les soutiens de l'ancien régime. Le premier à partir, dès le mois d'août, fut Zekî Paşa. Il fut remplacé par Ahmed Paşa, qui avait commandé des régiments de hamîdiye dans la région de Malazgirt. Ensuite à la fin du mois d'août, le nouveau gouvernement donna l'ordre d'arrêter Ibrâhîm Paşa (Millî). Ce dernier réussit à lever une force de 4000 à 5000 hommes, mais fut mis en difficulté par une importante force militaire ottomane qui l'encercla à Viranşehir. Il décéda lors de ces événements. La tribu des Millî, défaite par les autorités centrales, disparut comme unité de combat. Si la rapide défaite d'Ibrâhîm Pasa soulageait les populations de Diyarbakir, elle inquiétait l'ancienne classe des chefs de tribus, notabilités et şeyh, qui étaient les rouages du système hamidien. 

A l'automne 1909, un groupe de ces chefs, essentiellement d'anciens officiers hamîdiye, conduits par Hûseyîn Paşa (Hayderan) passa de l'autre côté de la frontière persane et fut accueilli par le Khân de Maku. Ils fuyaient non seulement la constitution, mais aussi des poursuites judiciaires et notamment des arriérés d'impôts non acquittés, antérieurs à l'année 1908. Certains, tel le müftî de Harput, ne prédisaient rien de moins que la fin de l'islam à l'annonce de la « révolution ».

Des şeyh commencèrent à fomenter une agitation locale, hostile au nouveau régime, fustigeant les réformistes unionistes et leur irréligion. Lors de la « contre-révolution de 1909 », des conspirations étaient ourdies à Istanbul, ainsi que dans le nord de la Syrie. Des conspirateurs se réunissaient dans le sud-est anatolien, sous l'égide d'anciens commandants hamîdiye et de şeyh." (p. 141-142)

"En 1910 le ministère de la Guerre donna l'ordre d'abolir les régiments de cavalerie des tribus sédentarisées auxquelles devaient s'appliquer les règles du recrutement. Si ces dispositions avaient été appliquées à la lettre, elles auraient réduit les effectifs de moitié. Elles le furent dans la province de Diyarbakir et une nouvelle législation vit le jour la même année. Tout d'abord, le régiments de cavalerie légère étaient formés par les tribus nomades et semi-nomades. Ensuite, on créait un nouveau régiment de cavalerie régulière tribale [aşiret nizâmiye süvari alayi]. Leurs soldats s'entraînaient avec les réservistes mais étaient détachés dans des escadrons spéciaux en temps de guerre. Il était prévu de ramener leur effectif de 64 à 24 régiments. Ces dispositions étaient une étape transitoire entre un système d'irréguliers et leur intégration dans l'armée régulière. Les exemptions d'impôt furent réduites : celle sur les moutons et la dîme furent supprimées. En 1913, il n'étaient plus que 25.

En 1914, suite à des rapports mitigés, on décida de les maintenir, mais en vue de les intégrer à l'armée régulière. D'ailleurs, ils étaient de plus en plus mis en contact avec les réguliers. Par exemple, en septembre 1910, on envoya 330 nouvelles recrues chrétiennes des Balkans à Van pour habituer les hommes des tribus à la cohabitation avec les chrétiens dans leurs rangs. Au mois d'avril 1914, on supprima quelques régiments de cavalerie dans le cadre de la réorganisation de l'armée.

Le CUP encadra et contrôla plus étroitement les chefs kurdes. Il leur infligea des peines sévères pour les intimider. Mais les pendaisons de şeyh et de chefs kurdes suscitèrent la haine. Le CUP cherchait à intégrer la périphérie dans l'espace ottoman par l'éducation, le service militaire et les autres institutions." (p. 145-146)

Voir également : L'alliance entre le Comité Union et Progrès et la FRA-Dachnak brouillée par l'agitation tribale kurde





1914 : le soulèvement kurde contre l'application du plan de réformes arméniennes

Questions diplomatiques et coloniales, tome 37, janvier-juin 1914, p. 493 :

"La révolte des Kurdes en Anatolie.

L'annonce de la prochaine application des réformes arméniennes a provoqué ces jours derniers à Bitlis, un mouvement offensif des Kurdes qui, fort heureusement, a pu être aussitôt réprimé par le gouvernement. Le chef de la révolte, Mollah Selim s'est réfugié au consulat de Russie avec trois de ses lieutenants pour échapper au châtiment que l'on déclare à Constantinople, devoir être exemplaire."

Correspondance d'Orient, n° 135, 1er mai 1914, p. 408 :

"La révolte kurde. — Le commandant de la division de Mouch est arrivé le 6 à Bitlis avec des troupes d'infanterie, de l'artillerie et des mitrailleuses.

Le chef kurde Molla Selim et deux de ses compagnons étaient toujours au consulat de Russie. Dix des autres Kurdes qui s'y étaient réfugiés ont essayé de prendre la fuite, mais ils ont été arrêtés dès leur sortie.

Au cours des combats qui ont eu lieu, 22 personnes, dont 2 chrétiens, ont été blessées. Parmi la population civile, deux musulmans, dont une femme, ont été tués. Les troupes turques ont eu 6 tués et 11 blessés ; en outre 2 gendarmes ont été tués, 1 autre a été blessé. Les Kurdes ont eu 150 tués ou blessés.

Les autorités ont arrêté 42 personnes qui se trouvaient mêlées au mouvement. Le calme fut alors rétabli dans la ville.

Le 13 avril, la Porte a été avisée que le gouvernement russe avait révoqué son consul à Bitlis qui donna asile aux insurgés kurdes dans le consulat."





vendredi 25 novembre 2011

L'alliance entre le Comité Union et Progrès et la FRA-Dachnak brouillée par l'agitation tribale kurde

Hans-Lukas Kieser, "Réformes ottomanes et cohabitation entre chrétiens et Kurdes (1839-1915)", Etudes rurales, n° 186, 2010/2, p. 52-55 :

"De nouvelles opportunités permirent après la « révolution des Jeunes-Turcs » de 1908 de résoudre les conflits entre Arméniens et Kurdes et de réparer, au moins partiellement, les crimes du passé. Le parti arménien FRA et le Comité Union et Progrès (CUP), chargés d’organiser la révolution, collaboraient désormais. La résolution de la question agraire, condition indispensable à un Etat de droit ottoman moderne, était au centre de l’accord entre les deux groupes à tendance progressiste. La reprise des idées constitutionnalistes des tanzimat fut affichée comme l’un des objectifs majeurs de la nouvelle coalition. Dans les provinces de l’Est, la restitution de la propriété foncière arménienne constituait un défi majeur à la création d’un Etat de droit. Les Arméniens optèrent pour des solutions élaborées par le gouvernement, et non par l’appareil juridique parce qu’ils ne lui faisaient pas confiance.

La FRA et le CUP envoyèrent des messagers (dont le fils d’Ubeydullah, Cheikh Abdulkadir) dans les régions kurdes afin de gagner les notables au nouveau régime. Des officiers des régiments hamidiye et des leaders kurdes furent arrêtés pour les crimes qu’ils avaient commis avant 1908. Il fut prévu que l’Etat rachète des terres pour les restituer à leurs propriétaires arméniens. Gouverneur d’Erzurum de 1909 à 1911, et membre du CUP, Celâl Bey s’investit particulièrement dans la nouvelle politique. Parfois, des milices arméniennes aidaient les forces de sécurité ottomanes à lutter contre les auteurs de délits [Reynolds 2003 : 113]. Contrairement à ce qui se passait en Cilicie, la plupart des officiers et gouverneurs des provinces orientales se montraient loyaux envers le nouvel ordre. En général, les Arméniens soutenaient davantage le nouvel ordre que ne le faisaient les musulmans. C’est pourquoi le mécontentement se dirigea avant tout contre eux [Şerif 1999 : 186-187 12 ; Kilicdagi 2005].

Celâl Bey résume ainsi la question agraire dans la province d’Erzurum :

Je voulais montrer qu’il y avait une loi égale pour tous dans le pays [...]. Des brigands prenaient par la force, ou par d’autres moyens, les terres qui leur plaisaient mais qui appartenaient à des gens plus faibles qu’eux. Autant que je me souvienne [il écrit en 1919], le chef de la tribu des Haydaranli, Kör Hüseyin Pacha, a occupé 5 ou 6 villages [...]. Une grande propriété entre Karakilise et Beyazid, que je traversais en quatre heures de voiture, faisait [de manière illégale] partie de la propriété d’un officier des régiments hamidiye. Dans bien d’autres endroits, les puissants s’étaient emparés de la propriété des impuissants. Ce qui a le plus préoccupé le gouvernement d’Erzurum a été le conflit foncier [...]. Cette question ne pouvait être résolue que si le gouvernement s’engageait. Or, si à cette époque [après 1908] cet engagement avait existé [...], il n’y aurait plus eu de cause de conflit entre les groupes [ethno-religieux]. Les deux années que j’ai passées à Erzurum comme gouverneur m’ont conforté dans l’idée que, parmi les non-musulmans, les Arméniens étaient le groupe le plus proche de nous et le plus disposé à marcher à nos côtés.

La plupart des leaders kurdes n’appréciaient pas le tournant de 1908 et s’opposaient à la dissolution des Hamidiye alaylari, structure qui avait facilité l’usurpation de la propriété arménienne.
Comme l’indiquait Janet Klein :

La peur de devoir rendre les terres qu’ils s’étaient appropriées était sans doute pour les chefs la meilleure des raisons de s’unir politiquement, de s’organiser et de promouvoir ce qui sera appelé vers 1910 « le mouvement kurde »
[2002 : 260 ; notre traduction].


Ce « mouvement national kurde » était en partie une réaction au nouveau régime du CUP, allié à la FRA. Soutenu par les Russes, il créa un comité de coordination appelé « İrşad » (« Direction »), qui comptait, parmi ses leaders, Abdurrezak, membre de la famille des Bedir Khans. Un diplomate français en poste à Erzurum rapporta que des aghas commençaient en 1910 à menacer de « passer au Caucase et se placer sous la protection russe dans le cas où la Sublime Porte ne leur donnerait pas : 1) l’assurance formelle de leur accorder pleine et entière amnistie pour tous les crimes et brigandages commis par eux durant les dix-huit dernières années ; 2) la promesse officielle de ne pas leur prendre les biens autrefois aux Arméniens et leur appartenant actuellement » [Bozarslan 1997 : 180 ; voir aussi Reynolds 2003 : 91-124].

Ainsi, une alliance solide CUP-FRA, des ressources financières, des convictions partagées et le soutien d’une communauté internationale unie étaient nécessaires à la réalisation, en Asie Mineure, d’un Etat de droit capable d’intégrer les tribus kurdes aux provinces orientales. Tous ces éléments n’étaient pas réunis en juillet 1912 lorsque la FRA mit un terme à son alliance avec le CUP. (...)

Lorsque les Etats balkaniques déclarèrent la guerre à l’Empire ottoman à l’automne 1912, le CUP, alors dans l’opposition, se repositionna en tant que parti des patriotes musulmans et turcs. (...) Pour les cadres unionistes, s’assurer le soutien des forces kurdes comptait dorénavant davantage qu’une cohabitation juste, égalitaire et pacifique, par ailleurs très difficile à réaliser. Au début de 1913, le socialiste allemand Parvus, installé à Istanbul et en contact avec des représentants turcs et des représentants arméniens, portait sur la situation le même regard que Celâl Bey : il faisait état d’une population arménienne rurale de plus en plus terrorisée par des aghas et des chefs de tribu kurdes, d’un gouvernement qui ne tenait pas ses promesses et ne punissait pas les crimes, préférant armer les Kurdes qu’il considérait comme « soutenant l’Etat [staatstragend] car musulmans ». Celâl Bey et Parvus soulignaient par ailleurs que des paysans turcs et kurdes étaient aussi victimes de cette situation.

Pourtant, tout n’était pas perdu. La diplomatie européenne s’entendit sur un véritable projet de réforme dans les provinces orientales, conformément à l’engagement pris à Berlin en 1878 et réitéré en 1894-1895. La sécurité sur le terrain devenant de plus en plus précaire, des représentants arméniens s’étaient adressés, fin 1912, à la diplomatie russe, qui élabora un plan s’appuyant sur celui de 1895. Malgré sa proximité avec le régime « Jeunes-Turcs » et son appartenance à la Triple Alliance, l’Allemagne reconsidéra sa politique jusqu’alors anti-arménienne et soutint la négociation entre la Sublime Porte, les représentants arméniens et la diplomatie russe. Ce qui aboutit à un plan révisé, signé avec réticence par le gouvernement ottoman le 8 février 1914.

Ce plan divisait les provinces orientales en deux zones, nord et sud, contrôlées par deux inspecteurs généraux issus de pays neutres, autorisait l’utilisation des langues locales dans les tribunaux et dans la publication des lois et communications officielles, préconisait la parité entre musulmans et chrétiens dans les conseils de sécurité, supprimait les Hamidiye et prévoyait que les conflits agraires soient tranchés par les inspecteurs généraux. Fort de l’appui de toutes les puissances européennes, ce plan semblait enfin promettre une cohabitation sous surveillance entre chrétiens et musulmans."

Voir également : L'antagonisme arméno-kurde

XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman


Le martyre des Arméniens sous le joug féodal des Kurdes


Les racines positivistes du nationalisme révolutionnaire arménien

La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

Le prétendu "massacre jeune-turc" d'Adana en avril 1909

La position équivoque des Arméniens, notamment dachnaks, durant les Guerres balkaniques (1912-1913)

1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l'Entente et contre l'Empire ottoman

Le choix difficile d'Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) devant le conflit arméno-kurde en Anatolie orientale

François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003 :

"En créant les régiments hamidiye, Abdülhamid montre clairement que, dans la question du contrôle de l'Anatolie orientale, il prend le parti des Kurdes contre les Arméniens. On aurait pu imaginer l'inverse, qu'Istanbul mise sur les Arméniens contre les Kurdes ; après tout, ces derniers, avec les révoltes qui se sont succédé tout au long du XIXe siècle, ont constitué une menace beaucoup plus grande pour l'Empire que les paysans arméniens de l'Est anatolien. Mais Abdülhamid est en train de mettre en oeuvre la politique du califat, en train d'essayer de créer, autour de l'islam, un principe d'unification pour préserver ce qui reste de l'Empire, et notamment l'Anatolie et les provinces arabes. Il note d'ailleurs qu'en toute logique, les provinces orientales de l'Asie Mineure devraient s'appeler « Kurdistan », puisque, dit-il, les Kurdes y sont plus nombreux que les Arméniens. Cependant, la mise en place des forces hamidiye est lente, elle se heurte à bien des résistances, provoque de multiples désordres et un accroissement des violences dans l'Anatolie orientale." (p. 268-269)

"Quels sont les moyens dont dispose le sultan pour s'opposer à la vague montante du nationalisme arménien ? Dans les Balkans, il peut lancer les Etats et les nationalismes les uns contre les autres : Grecs, Bulgares, Serbes, voire Roumains ont des intérêts conflictuels sur lesquels il est possible de s'appuyer et Abdülhamid est passé maître à ce jeu. En Anatolie orientale, la seule possibilité est d'utiliser les Kurdes. Mais les Kurdes eux-mêmes se sont maintes fois révoltés contre le pouvoir central au cours du XIXe siècle ; trop les renforcer peut être dangereux et c'est pourquoi le sultan cherche à les encadrer et à les contenir dans les régiments hamidiye." (p. 282)


Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 :

"Entre les mois de mai et de juin 1892, on distribua officiellement les drapeaux aux députations de 24 régiments kurdes.

Lors de la parade, les troupes régulières marchaient en premier, puis les régiments hamîdiye qui comptaient de 40 à 120 hommes. Au fil des cérémonies, on inventait une « nouvelle tradition » dans laquelle les allégeances tribales étaient sublimées par la loyauté à l'Etat ottoman et particulièrement à la personne de son souverain. Ces commandants de la périphérie étaient ainsi intégrés au cérémonial impérial, créant une nouvelle identité.

On jouait sur les effets de mise en scène et ces aspects psychologiques étaient très importants. Essentiellement composés par des Kurdes de tribus sunnites, ils comprenaient aussi un ou deux régiments formés de Turcomans. Toutefois, en 1898-1899, on projeta de recruter des Kurdes alévis du Dersim dans des régiments hamîdiye, mais d'infanterie. Quelques chefs signèrent, mais les régiments ne virent jamais le jour. Cette initiative était sans doute l'oeuvre de Zekî Paşa plus pragmatique qui cherchait aussi à enrôler des Yézidis, car le sultan privilégiait l'orthodoxie sunnite.

Poursuivant des buts multiples, ils furent un moyen de soumettre les tribus kurdes turbulentes à un certain contrôle et à « pacifier » la région, en luttant notamment contre les mouvements nationalistes arméniens. (...)

Le but ostensible de la cavalerie hamîdiye était d'ériger un rempart contre une attaque russe et d'institutionnaliser les Kurdes dans l'Empire ottoman, puisque certaines tribus avaient auparavant fait acte d'allégeance avec le tsar contre le sultan. (...)

Les hamîdiye avaient été constitués en unités de combat sur le modèle cosaque. Pour mettre à profit ce modèle, le sultan envoya un groupe d'officiers ottomans à Saint Pétersbourg afin d'étudier leur mode de combat. Ils retournèrent dans l'Empire à la fin de leur formation en 1896." (p. 123-125)


Voir également : Musa Bey, le boucher kurde des Arméniens de Muş






La place des Arméniens dans l'Etat hamidien

François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003, p. 323 :

"Sur le plan politique, quelle place pour les non-musulmans dans l'Etat hamidien ? A l'époque des Tanzimat, la montée des communautés s'est traduite par « l'ottomanisme », doctrine qui cherchait, sur la base de l'égalité entre les communautés, à créer une « nation ottomane ». L'expérience du Parlement de 1877-1878 a constitué le sommet de cette politique, puisqu'il reconnaissait une représentation nationale aux communautés. Après sa suppression subsiste leur participation plus modeste dans les assemblées provinciales et dans les conseils municipaux. Il reste aussi l'emploi des non-musulmans dans les ministères, dans le corps diplomatique, dans les différents degrés de l'administration, mais ils atteignent rarement le plus haut niveau de responsabilités. D'ailleurs, cette présence dépend de biens des facteurs. Après l'indépendance de la Grèce, les Grecs de l'Empire ont perdu leurs positions dans l'administration et ont été souvent remplacés par des Arméniens. Après 1895, la place des Arméniens tend à diminuer au profit de juifs ou d'Arabes chrétiens."

Voir également : Le règne du "sultan rouge" (sic) Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : une "belle époque" pour les Arméniens ottomans hors d'Anatolie orientale

Abdülhamit II (Abdul-Hamid II), un sultan entouré d'Arméniens

Le contexte de l'émergence du nationalisme et du terrorisme arméniens

Les prétendus "massacres hamidiens" de l'automne 1895

Le XIXe siècle, l'âge d'or des Arméniens d'Istanbul

Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

L'opposition des non-Turcs à la mise en oeuvre de l'ottomanisme

jeudi 24 novembre 2011

Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

Nicolas Werth, "La société et la guerre dans les espaces russe et soviétique, 1914-1946", Histoire, économie & société, 2004/2, 23e année, p. 194-195 :

"Si la guerre fit remonter à la surface des déséquilibres économiques et des fractures sociales existantes, elle inaugura aussi un certain nombre de pratiques de « gestion des populations » d’une extrême violence, qui n’avaient jusqu’alors été expérimentées que dans les espaces coloniaux. L’extension démesurée de la sphère militaire, bien au-delà de la ligne du front, créa de vastes zones de non-droit soumises à la loi martiale, où les chefs d’armée mirent en pratique un certain nombre de théories, développées depuis le début du siècle dans le milieu des statisticiens militaires, sur les « populations suspectes » en temps de guerre (indigènes musulmans, Juifs et sujets russes d’origine allemande notamment). De septembre 1914 à la fin de l’année 1916, plus d’un million de citoyens de l’Empire russe, d’origine juive ou allemande, furent brutalement expulsés, voire déportés sur ordre des autorités militaires du seul fait de leur origine ethnique. Les premières expulsions massives de Juifs eurent lieu dès septembre 1914 en Pologne ; elles se prolongèrent (début 1915) en Galicie, en Courlande, dans les pays baltes, et atteignirent leur point culminant durant l’été et l’automne 1915, lorsque plusieurs centaines de milliers de Juifs furent expulsés et déportés de Biélorussie et d’Ukraine occidentale. Un sort identique s’abattit sur les colons allemands (sujets du Tsar) installés en Ukraine occidentale (Polodie, Volhydie, provinces de Ekaterinoslav et de Kherson) : près d’un demi-million d’entre eux furent expropriés et déportés. Tous ces déportés, théoriquement assignés à résidence dans un certain nombre de provinces éloignées du théâtre des opérations militaires, grossirent le flot des millions de réfugiés fuyant l’avancée des troupes ennemies, mais aussi souvent chassés de chez eux par la politique de la « terre brûlée » mise en oeuvre, notamment sur le front sud-ouest, par l’armée russe en retraite. L’exode de millions de personnes eut un effet profondément déstabilisateur sur la vie politique, économique et sociale de la Russie en guerre. La question des réfugiés révéla les carences des autorités gouvernementales, rapidement débordées dès qu’il fallut organiser et canaliser les mouvements erratiques des réfugiés et leur venir en aide. Les migrations incontrôlées et les déplacements forcés ne désorganisèrent pas seulement les transports et les circuits de distribution. Elles contraignirent les autorités à reconfigurer l’espace réservé aux Juifs en faisant éclater la « zone de résidence ». Elles perturbèrent les hiérarchies sociales et les ordres figés de la société tsariste. En ce sens, réfugiés et déplacés contribuèrent largement à faire de la Russie en guerre une « société de sables mouvants » déjà « entrée en révolution » bien avant février 1917. Quant à la pratique des déplacements forcés de populations, elle allait être largement mise en oeuvre, au cours des années suivantes, notamment par les bolcheviks."


Catherine Gousseff, "Les déplacements forcés des populations aux frontières russes occidentales (1914-1950)", in La Violence de guerre, 1914-1945. Approches comparées des deux conflits mondiaux (ouv. col.), Bruxelles, Complexe, 2002, p. 179-183 :

"Lors du déclenchement des hostilités, le gouvernement [russe] décréta la loi martiale dans les provinces de l'Ouest, en premier lieu dans les territoires situés à l'ouest de l'axe Saint-Pétersbourg/Smolensk et au sud du Dniepr. Ainsi, à partir de l'été 1914, les autorités militaires commencèrent à régir la vie des civils dans une grande partie de la Russie d'Europe et portèrent l'essentiel de la responsabilité des abus commis à l'égard des populations locales. Le début des affrontements entraîna un fort mouvement de panique, perceptible surtout dans les pays de la Vistule, les premiers exposés au conflit. A la fin de l'automne 1914, Varsovie comptait déjà près de 80 000 réfugiés en provenance de Czestochowa et d'autres régions, qui avaient fui devant les troupes ennemies. Mais indépendamment de ces mouvements spontanés, on assista, dès le début de la guerre, à des actions de déplacements forcés. Ainsi, en septembre 1914, les autorités militaires ordonnèrent à la population juive de la cité forteresse de Pulawy de quitter les lieux dans les 24 heures. Des mesures similaires furent prises dans d'autres centres des provinces de Radom, de Lublin et de Lumja. Dans bien des cas, les actions arbitraires d'expulsion s'accompagnaient de saccages des biens et d'autres formes de violences. En l'absence de moyens de transport, les familles erraient, démunies, sur les routes en quête d'un proche refuge. Selon une estimation, plus de 600 000 juifs furent victimes de ces déplacements forcés avant les nouveaux flux de l'été et de l'automne 1915. Bien que le haut commandement militaire ait nié son rôle dans ces actes de violence, arguant notamment que les soldats ne distinguaient pas le yiddish de l'allemand, son encouragement explicite à la violence par la dénonciation des juifs comme espions au service des puissances centrales accompagna toutes les opérations conduites à l'égard de cette minorité. Un membre du gouvernement alla même jusqu'à dénoncer « l'humeur pogromeuse » du chef d'état-major Januskevic, dont le nom fut l'un des plus honnis par les juifs russes de l'époque.

Les colons allemands des régions frontalières (dont le nombre fut estimé à près d'un million) furent également l'objet de fortes discriminations dès le début de la guerre. La présence, au sein de cette minorité, de nombreux mennonites soustraits au service militaire, la reconnaissance par le gouvernement allemand de la double nationalité à ceux des anciens sujets vivant hors frontières confortèrent l'argumentaire développé par le commandement militaire et relayé par la presse, selon lequel cette minorité manquait de loyauté et constituait une réserve potentielle pour l'armée ennemie. D'après l'historien S. G. Nelipovic, les mesures prises à l'encontre des colons allemands de l'Empire relevèrent directement de l'initiative des différents commandants de l'armée russe. C'est ainsi que le 22 septembre 1914, le général Apuhtin, commandant de la 68e division, ordonna de déporter les Allemands de Livonie, que le 10 octobre le général F. V. Sivers, commandant de la 10e armée, donna l'ordre d'expulser tous les Allemands des lieux d'affrontement. De même, en novembre, le général Ruzkij, commandant des armées du front du Nord-Ouest, prit la décision de déplacer les Allemands de Courlande et de Riga. Sous l'autorité du général Kurlov, les Allemands de Suwalki commencèrent à être expulsés en novembre.

Appelé, en octobre 1914, à se prononcer sur les mesures à prendre face à la minorité allemande, le gouvernement se trouva divisé et le ministre de la Guerre Suhomlinov ne parvint pas à convaincre ses homologues de la nécessité d'engager une action énergique contre les colons des régions frontalières. Début novembre, l'état-major russe, par la voix du général N. N. Januskevic, réagit vivement à la position gouvernementale et exigea que les pleins pouvoirs lui soient donnés pour expulser les Allemands des régions frontalières.

La multiplication des opérations sur les fronts Nord-Ouest et Sud-Ouest, suivie de la grande retraite de l'été et de l'automne 1915, contribua à radicaliser le comportement des autorités, civiles et militaires, face aux populations frontalières. En février 1915, le gouvernement reprit l'examen des projets de lois concernant l'expropriation des colons allemands et adopta une loi sur la limitation de leurs droits d'exploitation, qui ouvrit progressivement la voie aux déplacements de masse du printemps. 200 000 colons de Volhynie furent expulsés et leurs terres redistribuées à 40 000 réfugiés. Durant l'été 1915, les Allemands de Podolie et de la région de Kiev furent l'objet de mesures similaires. Bien que la majorité de ces actions aient eu lieu en 1915, elles se poursuivirent également par la suite. Ainsi, lors de l'offensive de Broussilov en 1916, 13 000 familles de colons allemands durent quitter sous la contrainte la Volhynie.

La reprise de la Galicie par les puissances centrales et leur avancée vers la Baltique (occupation de Vilnius en septembre 1915) entraînèrent un regain de rare violence à l'égard des juifs de ces régions, expulsés arbitrairement et jetés sur les routes, sans pouvoir pénétrer dans les provinces de l'intérieur. Dès le début du mois de mai, tous les juifs de Kaunas et de Courlande furent sommés de quitter leurs foyers. Les mesures d'expulsion se répétèrent dans toutes les zones frontalières au rythme de la retraite des armées russes. Ainsi, en septembre et octobre, les troupes forcèrent les juifs à quitter plus de 30 villes et bourgades de la province de Minsk. Ces familles expulsées se trouvèrent mêlées aux foules de réfugiés qui se déversèrent vers les provinces de Tambov, de Rjazan, de Kostroma, de Penza, et le gouvernement finit par autoriser officiellement les juifs à pénétrer dans les régions de la Russie centrale, abolissant de facto la zone de résidence, en août. L'antisémitisme latent régnant en Russie, revivifié par l'ardeur guerrière du haut commandement militaire, de même que le sentiment anti-allemand, plus conjoncturel mais particulièrement virulent compte tenu de la géopolitique du conflit, ont joué un rôle moteur dans les violences perpétrées à l'encontre des deux minorités. Celles-ci, cependant, ne furent pas les victimes exclusives des actions engagées à l'égard de la population civile. Dans le climat de confusion et de panique qui accompagna les différentes percées des armées adverses, plusieurs tactiques furent successivement envisagées et partiellement réalisées dans les territoires les plus menacés, et notamment celle de la « terre brûlée » qui consista en particulier à déplacer des zones de front tous les hommes âgés de 17 à 45 ans, afin que l'occupant ne puisse les utiliser comme main-d'œuvre. Certaines régions furent très brutalement affectées par le mouvement des armées. Ainsi, dans la région de Riga, où le commandement militaire russe contribua activement au départ de plus de 500 000 Lettons au cours de l'été 1915."



François-Georges Dreyfus, "L'art de ne pas comprendre l'histoire de l'Allemagne", La Nouvelle Revue d'Histoire, n° 40, janvier-février 2009, p. 22 :

"L'antisémitisme de l'époque wilhelmienne n'a pas le caractère discriminatoire dont parlent les auteurs : avec 1 % de la population, il y a plus de professeurs israélites titulaires de chaire que de catholiques (34 % de la population). Il y a d'ailleurs une trentaine de députés juifs au Reichstag et dans quelques Etats confédérés du IIe Reich. Le président du Consistoire israélite local siège de droit à la Chambre haute ! Au reste, nombre de Juifs (Ballin, Rathenau) font partie de l'entourage immédiat du Kaiser." 




  

La politique de russification d'Alexandre III et les Arméniens du Caucase

François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003, p. 290 :

"Depuis l'assassinat d'Alexandre II et les débuts du règne d'Alexandre III, la Russie pratique une politique générale de russification, et celle-ci s'applique notamment aux Arméniens du Caucase ; une émancipation des Arméniens ottomans compliquerait la politique d'assimilation qu'elle est en train d'appliquer. D'autre part, le gouvernement russe s'inquiète de la contagion possible des mouvements révolutionnaires arméniens marqués par le radicalisme, le populisme, le socialisme et le nihilisme. Le comte Lobanov, devenu ministre des Affaires étrangères en mars 1895, déclare que la Russie ne veut pas voir se constituer avec les Arméniens « une deuxième Bulgarie » à ses frontières."


lundi 21 novembre 2011

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)

Jordi Tejel, "Les constructions de l'identité kurde sous l'influence de la « connexion kurdo-française » au Levant (1930-1946)", European Journal of Turkish Studies, 5 | 2006 :

"Le Khoyboun réussit à s’insérer dans un système d’alliances politico-militaires et, de la sorte, à devenir un acteur régional incontournable lors de la révolte de l’Ararat (1927-1931) sur le territoire turc. Parmi les alliances conclues par le Khoyboun, la collaboration avec le parti arménien Tachnak sera, sans doute, la plus fructueuse à la fois sur le plan organisationnel9 du comité kurde et sur le plan idéologique10. (...)

9 Le Tachnak et le Khoyboun signent en octobre 1927 un traité de collaboration, prônant la libération des Arméniens et des Kurdes. Selon cet accord, le parti arménien s’engage à faire de la propagande en faveur de la cause kurde auprès des puissances et opinions publiques occidentales ; à fournir « provisoirement » de l’aide économique et matériel au Khoyboun ; à établir des relations diplomatiques afin de rallier un état à la révolte kurde ; et enfin, à former les « organisateurs, propagandistes et techniciens kurdes ». En revanche, aucune clause n’engage seule la Ligue Khoyboun ce qui constitue une preuve des carences organisationnelles au sein du comité kurde en exil. « Traité conclu entre le Parti Révolutionnaire Arménien Daschaktzoutioun et la Ligue Nationale Kurde Hoyboun » (Bozarslan 1997: 182-186).

10 Faute d’un soutien économique ou logistique d’une puissance occidentale, les dirigeants kurdes et arméniens feront preuve d’audace en tentant de convaincre le gouvernement iranien de soutenir la cause kurdo-arménienne au nom de la fraternité aryenne. L’objectif final des deux partis est la création d’une « Confédération aryenne » formée par Arméniens et Kurdes, présidée par la Perse (Tatchjian 2004, Tejel 2007)."

Voir également : L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

Irak, 1941 : les Kurdes, "troupes de choc"... au service de l'Axe

L'instrumentalisation de la "carte kurde" par la Perse de Reza Shah Pahlavi

L'oppression des Kurdes dans l'Iran du Shah

L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine

La FRA-Dachnak et le PKK : la fraternité d'armes cimentée dans le sang entre les terrorismes arménien et kurde

La perception des Kurdes dans la littérature nationaliste arménienne, avant l'alliance nouée entre la FRA-Dachnak et le Khoyboun dans les années 20

La "Grande Arménie" (Miatsial Hayastan) de la Cilicie à la Caspienne : un projet colonial de type "européen" ?

Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

Européanocentrisme et racisme biologique au sein de l'intelligentsia nationaliste arménienne

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

La cinquième colonne arménienne en Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale

Les Arméniens de France sous l'occupation allemande

Grossière duplicité de l'activisme arménien

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

Gaïdz Minassian, "L'Internationale socialiste et les partis socialistes exilés du bloc communiste : le cas de la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun", Revue d'études comparatives Est-Ouest, volume 32, n° 3, 2001, p. 111-112 :

"En 1947, SFIO et FRA sont confrontées aux communistes : la première avec la rupture du tripartisme par Ramadier en 1947 ; la seconde avec le renoncement de Staline à la province de Kars-Ardahan. Plusieurs délégations de la SFIO participent à la fête de l'indépendance de l'Arménie tous les 28 mai et les socialistes français mettent leurs locaux parisiens à la disposition des Jeunesses dachnaks pour leurs congrès de 1947 et 1949 (Haïastan, déc. 1995). Cherchant à convaincre ses interlocuteurs, la FRA fait preuve de modération dans sa lettre de candidature. Elle appelle à « rétablir l'Etat socialiste démocratique arménien sur le sol natal historique de nos ancêtres » (Archives Dépreux). Les socialistes occidentaux étant très attentifs à leurs relations avec l'URSS, la FRA n'insiste ni sur le démantèlement de ses structures dans les pays communistes des Balkans, ni sur la restauration de l'Etat (puisqu'il est question de « l'Etat socialiste ») et encore moins sur l'URSS ; elle ne parle que de « sol natal historique » sans préciser sa forme juridique du moment. En proclamant « qu'elle n'est pas un parti d'état-major sans troupes », la FRA tient à distinguer sa candidature de celles des autres partis exilés qui, le Parti social-démocrate letton excepté, sortent peu à peu de la scène politique. Mais, malgré cette pondération, la SFIO s'oppose à l'affiliation des exilés car elle ne veut pas donner l'impression que la future organisation socialiste refuse le dialogue avec l'URSS. Le socialiste français Daniel Mayer, chef de la tendance la plus opposée à l'adhésion de la FRA, prend en compte le rapprochement entre certains dachnaks et l'Allemagne nazie pendant la Deuxième guerre mondiale pour conclure que la FRA n'est pas un mouvement socialiste et qu'elle n'a donc pas sa place dans l'organisation socialiste internationale."

Voir également : Le socialisme de la FRA-Dachnak

L'objectif principal de la FRA-Dachnak, hier comme aujourd'hui

Une question légitime à se poser : la violence terroriste est-elle consubstantielle au parti Dachnak ?

La FRA-Dachnak et le PKK : la fraternité d'armes cimentée dans le sang entre les terrorismes arménien et kurde

Le parti Dachnak et le trafic de drogue

Grossière duplicité de l'activisme arménien

Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

La cinquième colonne arménienne en Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale

Les Arméniens de France sous l'occupation allemande

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

L'émigration arménienne (FRA-Dachnak, Union arméno-géorgienne) et le fascisme italien dans les années 30

Le parti Dachnak et l'Italie fasciste

dimanche 20 novembre 2011

La "Grande Arménie" (Miatsial Hayastan) de la Cilicie à la Caspienne : un projet colonial de type "européen" ?

Mikaël Varandian (idéologue de la FRA-Dachnak), L'Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :

"Et c'est un grand problème sociologique que cette éternelle immobilité de la race kurde, qui ne manque cependant pas de qualités positives, cette humeur éternellement inquiète, pareille à celle des Tziganes que la civilisation européenne ne parvient pas à domestiquer.

C'est aussi un grand problème politique qui se posera demain devant l'Europe poursuivant la réalisation de ses vastes projets, dans ces régions lointaines d'Anatolie et de Mésopotamie, où des masses de Kurdes sont fixés avec leurs habitudes invétérées de vie nomade, de razzias et de brigandage." (p. 30)

"Lorsque les Puissances de l'Entente proclament hautement que le principe des nationalités est à la base de la guerre, lorsque la Grande République Transatlantique, elle aussi, entre en lice au nom des mêmes intérêts des nationalités subjuguées, lorsque enfin la Révolution Russe, renonçant à toute conquête, préconise la création d'un régime assurant à tous les peuples leur libre développement, il est impossible qu'on oublie le plus grand martyr de l'histoire, le peuple qui a fait tant de sacrifices au Moloch de la guerre et à la cause de la civilisation.

Il faudra bien tenir compte des aspirations nationales des Arméniens. Celles-ci tendent à la création d'une Arménie autonome, protégée par les Puissances. Tel parait être le voeu des démocrates et des socialistes russes, même des anti-annexionistes. Car, comme le déclaraient récemment Branting et Vandervelde, le fait de renoncer aux annexions ne veut point dire qu'on tient au rétablissement du statu quo ante bellum. Délivrer l'Arménie de la Turquie, ne serait pas annexer, mais désannexer.

L'Arménie autonome, selon le voeu unanime de tous les Arméniens, engloberait les six vilayets d'Erzeroum, Van, Bitlis, Sivas, Kharpout, Diarbékir et la Cilicie.


Cette vaste région dont le territoire est à peu près égal à la moitié de celui de la France, est aujourd'hui presque déserte. Un grand nombre de Musulmans, Kurdes et Turcs, se sont retirés à la suite des progrès russes, vers le Kurdistan et l'Anatolie, tandis que la population arménienne fut en partie exterminée, en partie déportée en Mésopotamie, ou évacuée au Caucase. Les centaines de milliers d'Arméniens qui se sont réfugiés en Arménie russe, vont rentrer dans leurs foyers, maintenant qu'avec le régime de liberté il n'y a plus d'obstacle à leur rapatriement. D'autres centaines de mille vivent en ce moment à Constantinople, à Smyrne, en Anatolie et dans les déserts arabiques. Il y a enfin la vaste Diaspora (dans la seule Amérique du Nord, il y a plus de 100.000 Arméniens), qui n'attend que la libération de la Patrie pour y rejeter une grande partie de sa population.

N'oublions pas que la Grèce n'avait guère plus de 400.000 habitants aux jours de la fondation du Royaume Grec ; de même, les Serbes et les Bulgares n'étaient qu'au nombre de 6 à 700.000 lors de la création de la Serbie et de la Bulgarie indépendantes.

N'oublions pas surtout d'envisager avec le problème de la quantité celui de la qualité ou du degré de civilisation. Les Arméniens ont eu et auront toujours la supériorité en maturité politique et en culture générale sur leurs voisins musulmans qui représentent, malheureusement, un degré trop inférieur de civilisation. Il suffit de mentionner qu'avant la guerre les 2.000.000 Arméniens avaient entre leurs mains la plus grande partie du commerce de l'Empire Ottoman, qui compte plus de 20.000.000 d'habitants. Il en est de même au Caucase où les Arméniens ne représentent qu'un septième de la population totale (2.000.000 sur 14.000.000)." (p. 102-103)

Du même auteur : Le délire raciste et mortifère des ethno-nationalistes arméniens (dachnaks en l'occurrence) dans le texte

La perception des Kurdes dans la littérature nationaliste arménienne, avant l'alliance nouée entre la FRA-Dachnak et le Khoyboun dans les années 20

Voir également : Le saviez-vous ? Comment la "Grande Arménie" s'est vidée de ses Arméniens au cours des siècles

Les revendications irrédentistes du dachnak Mourad Papazian

Des victimes oubliées du terrorisme nationaliste arménien en Anatolie : les Juifs d'Hakkari et les Grecs de Trabzon

Le délire de la "Grande Arménie" (Miatsial Hayastan) : les visées des nationalistes arméniens sur Ourmia en Iran

Européanocentrisme et racisme biologique au sein de l'intelligentsia nationaliste arménienne

Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921