samedi 19 novembre 2011

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

L'Ouest-Eclair, 28 octobre 1939 :

"PARIS, 27 octobre (de notre rédaction parisienne). — Les informations de source anglaise concernant la concentration de 300.000 soldats turcs sur la frontière soviétique, près de la République d'Arménie, sont confirmées.

Simple précaution, nous disait une personnalité compétente. En voici la raison :

Quand, en 1920, l'Arménie fut bolchevisée, Moscou céda à la Turquie, dont il sollicitait à ce moment l'appui, des territoires arméniens : Kurs [Kars] et Ardahan. Il s'agissait de deux régions moins importantes pour leur richesse que pour leur valeur stratégique. Bien que soumis aux Soviets, les Arméniens protestèrent. La perte de ces territoires exposait leur jeune République, soi-disant autonome, au danger d'une invasion turque. Moscou mit fin à cette réaction par ses méthodes habituelles.

On peut s'imaginer après cela l'étonnement de M Saradjoglou, le ministre des Affaires étrangères turc, quand, au cours de ses négociations à Moscou, l'autre semaine, il s'entendit réclamer la cession de Kurs et Ardahan. Naturellement, Ankara a repoussé cette prétention, en même temps que les autres formulées au sujet des Balkans et de la Mer Noire.

Presque aussitôt, une agitation irrédentiste a éclaté en Arménie, près de la frontière turque : des meetings ont été organisés à Erivan et Lénihakan, et ailleurs, sous les auspices des autorités soviétiques. On y a voté des motions et des adresses à Staline, afin que les frères de race soumis à la Turquie soient libérés bientôt. On avait entendu des slogans semblables en U.R.S.S., à la veille de la libération des Ukrainiens et des Blancs Russes opprimés par les Polonais.

Résolu à couper court à la manoeuvre, le gouvernement d'Ankara a pris des dispositions militaires appropriées, celles qui ont été annoncées hier. Très probablement le dictateur rouge s'arrêtera ou laissera traîner les choses dans le Sud, pendant qu'il est occupé encore dans le Nord avec la Finlande. (...)"

Voir également : Hitlérisme et stalinisme, les deux tentations des Arméniens dans les années 40

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